Désillusions et fausses promesses : témoignages derrière le boom des écoles superieures privées
A Rennes comme dans de nombreuses villes moyennes, le nombre d’établissements d’enseignement supérieur privé a explosé.
Ils captent désormais 55% des nouveaux étudiants, soit pas moins de 22 000 étudiants
Si certaines écoles sont bien ancrées sur le territoire et proposent des formations reconnues par le milieu professionnel, d’autres ne remplissent pas vraiment les promesses faites aux étudiants et à leurs familles.
Un reportage de Maylen Villaverde et la rédaction de France 3 Bretagne
Intervenants :
Adilson Borgès
Directeur général de Rennes School of Business
Louis
Ancien étudiant à Studio M Rennes
Arthur
Ancien étudiant à Studio M Rennes
Hervé Drezen
Réalisateur, formateur en cinéma documentaire à Studio M Rennes
Maître David Nabet-Martin
Avocat de deux anciennes salariées de l’ESMA
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C’est le plus gros établissement privé de la métropole renaise. La Ren School of Business fait partie du petit réseau des grandes écoles de commerce. management, gestion, finances ou marketing. L’école forme les futurs cadres d’entreprises françaises et internationales. On est au cœur de Ren School of Business justement et ici on en a toute la vie associative, toutes les associations qui sont dans ce que nous appelons la rue de l’entrepreneuriat qui est la rue centrale de notre campus à l’école. Bonjour. Bonjour. 5000 étudiants transitent ici chaque année pour suivre différents cursus. Le parcours dit d’excellence de la filière Grandes écoles en bac + 5 et désormais deux programmes en bac + 3 appelés Bachelor qui délivre un grade de licence car cet établissement privé à but non lucratif est reconnu d’intérêt général par l’État. Toutes nos diplômes, ils sont validés par le ministère d’éducation sur des processus très rigoureux qui valident la typologie de recherche, l’accompagnement qu’on fait pour nos étudiants et qui sont validés du coup justement par ce ministère là. Sur d’autres bachelors, vous avez parfois des gens qui peuvent mettre euh le titre Bachelor sur leur diplôme mais qui n’ont pas forcément cette validation et ces gages de qualité qui nous donne le ministère d’éducation. En France, le Bachelor est un nom commercial protégé et de nombreuses écoles en profitent. Elles vendent des formations qui donnent droit à des certifications répondant à des listes de compétences métiers établies par le ministère du travail, mais elles ne sont pas toutes reconnues par les entreprises. Bachelore en banque et assurance, Bachelor en animation et design graphique, en mode, sport, journalisme. En quelques années, les offres de formation et les écoles privées ont poussé comme des champignons. Rien que sur la métropole renaise, on compte aujourd’hui une centaine d’établissements qui attirent de plus en plus de bâcheliers. Mais parfois les belles promesses ont laissé un goût amè. Louis et Arthur sont deux passionnés d’audiovisuel. Arthur est branché son quand Louis rêve plutôt de réaliser des films. Ils se sont rencontrés en 2022 à Studio M, une nouvelle école d’audiovisuel qui propose des bachelors mais aussi des BTS. Dès le début de leur scolarité, les deux étudiants vont déchanter. On s’est retrouvé dans des bâtiments qui n’avaient rien à voir avec ce qu’on avait vendu. Et pareil pour le le matériel, il y avait que du matériel qui était semi-professionnel, donc loin d’avoir des caméras de cinéma, de documentaires. Pareil pour l’équipement en lumière. Les studios, il y en avait juste pas parce que le bâtiment c’était un couloir et trois salles de cours. On a eu énormément de changement d’intervenants pour un seul cours en fait. Euh ce qui fait qu’on revenait sur les bases à chaque fois. Ce qui fait que on a perdu énormément d’heures de cours euh parce que les intervenants ne savaient pas ce qu’on avait fait avant. Il y avait aucun suivi en fait. Au final, on n pas eu les cours dont on avait besoin, même si sur le papier les heures sont là en fait. Contrairement au Bachelor, pour l’abtention d’un BTS, il faut valider des épreuves nationales identiques pour tous les candidats quel que soit l’école. Pour cela, les étudiants de Studio M ont dû se rendre dans des établissements situés selon les épreuves à Roubé. Snevin ou encore Monteigu. Des déplacements coûteux, fatiguants et qui s’avèront aussi tristement révélateurs. On s’en est rendu compte aussi devant le devant les examens qui manquait énormément de de connaissances. Même en pratique aussi, il y a je j’avais des collègues qui sont qui sont sortis en pleur parce qu’ils avaient pas du tout fait certaines choses qu’on nous a demandé lors des épreuves. Donc ça pouvait être compliqué. Euh le résultat c’est cinq personnes qui ont décroché le BTS toute option confondue. 16 % je crois que c’est oui quelque chose comme ça. Pourtant sur son site internet Studio M annoncé en juin dernier des chiffres bien différents comme celui de 100 % de taux de réussite en BTS audiovisuel métier de l’image. Et dans cette école le sort réservé aux intervenants professionnels n’est guère plus réjouissant. Entre 202324, j’ai à peu près exercé 300 he à studio studio M, c’était environ 9 semaines et j’avais 29 élèves. Donc ça faisait déjà beaucoup d’élèves. Et la 2è année, l’année dernière, donc de 2024 à 2025 euh mon taux horaire a été diminué par de J’avais plus que 5 semaines de cours, mais par contre j’avais le double d’élèves. J’avais quasiment 50 élèves. Du côté du personnel administratif, une source interne évoque une surcharge de travail et en management toxique. 15 salariés auraient démissionnés de Studio M depuis l’ouverture en 2022. Le problème, c’est qu’on est managé par des investisseurs qui ont un tableau Excel dans le crâne. Dénonce un salarié. Studio M est une entreprise du groupe et du service qui détient une vingtaine d’enseignes de formation et revendique plus de 17000 étudiants. Leur slogan, les entrepreneurs de l’éducation. Et ces entrepreneurs semblent avoir pour objectif premier de maximiser la rentabilité de leur structure au détriment parfois de leurs étudiants qui déboursent plus de 7000 € par an pour Studio M. Et du service a bien compris que sur tout ce qui était métier de type créatif, il y avait un marché à prendre alors qu’il n’y a pas d’emploi derrière. nous confie ce salarié. J’ai des amis qui aujourd’hui travaillent dans des tafs alimentaires comme la poissonnerie. Ils ont travaillé aussi dans la poste ou à Morino pour essayer de souvenir à leurs besoins parce qu’ils ont fait des prêts. Ça a un peu brisé des rêves pour certaines personnes parce qu’ils pensaient que à la sortie de cette école là, ils allaient avoir un diplôme, être embauché dans des télés ou autres ou à la fin de votre message si vous souhaitez le modifier tapez diè. Oui, bonjour Maan Villaverda, France 3, Bretagne. Je me permettais de vous rappeler concernant sollicité à plusieurs reprises, la direction de Studio Mama répondu. Le rêve d’un autre étudiant qui a souhaité rester anonyme était de travailler dans les jeux vidéos. Ce jeune homme qu’on appellera Mathieu s’inscrit alors dans un bachelore en conception des jeux vidéos de l’École supérieure des métiers artistiques de Rennes. Pour ces 3 années de formation, il va débourser environ 18000 € de frais de scolarité financé pour partie par un emprunt bancaire. Mais depuis sa certification obtenue en 2023, il n’a jamais trouvé d’emploi dans le secteur. Là, du coup, ça fait plusieurs mois que je suis retourné chez mes parents. Euh pas d’indépendance financière, un prêt à rembourser, euh donc aucun pouvoir d’achat aussi. Donc difficile de faire quoi que ce soit en fait. Donc c’était urgent pour moi de trouver quelque chose peu importe où. Mathieu s’est résolu à partir à l’étranger dans un pays de l’Est où il a obtenu un travail dans un centre d’appel et sa situation n’est pas une exception. Pour les 40 élèves qui étaient dans notre promotion dont je suis sûr il y en a quatre qui ont qui ont trouvé un emploi dans l’industrie du jeu vidéo. On a l’impression d’avoir perdu 3 ans de de notre vie au final. Désormais, le Bachelor jeux vidéo est passé de 3 à 4 années d’étude. Sur le site internet de l’école, les taux d’insertion professionnel culmine pourtant à 81 et 82 % pour les promotions 2022 ou 2021. Par la voix de son avocat, le groupe icône propriétaire de l’esma explique les promotions diplômées par filière font l’objet d’une enquête d’insertion à 6 mois et 2 ans post diplôme selon le cahier des charges de France Compétence. Le secteur du jeu vidéo est dans une crise passagère comme beaucoup de secteurs d’activité en ce moment. Nous avons également rencontré un intervenant de l’Est Maren. Ce professionnel du jeu vidéo travaille dans l’école Renaise depuis 4 ans. Pour un temps partiel de 15 à 20 he de cours selon les semaines, il est rémunéré 1000 € par mois, ce qui ne couvre pas, selon lui la charge réelle de travail. l’école, notre emploi nous prend 100 % notre temps mental, que ce soit pour la mise en place des cours, la correction des copies ou juste pour créer quelque chose qui soit viable pour l’avenir des étudiants. Ce n’est pas possible. Euh d’autant plus qu’en terme d’horaire, on a des heures qui diminuent chaque année euh et des et des classes de plus en plus grosses chaque année et c’est pas tenable. Ces accusations sont là aussi réputées par la direction du groupe. Nos enseignants bénéficient de contrats de travail qui peuvent être à temps partiel et qui respectent les heures de face-àface pédagogique et les heures induites de préparation et de correction. Aucun enseignant n’est amené à effectuer plus d’heures que ceux pour lesquels il est rémunéré. Des conditions de travail difficile au sein du groupe Iconne, il en a aussi été question dont deux affaires arrivées devant les Prudomes de Toulouse et de Rennes. Dans ces dossiers, deux salariés de l’esma contesté leur licenciement pour insuffisance professionnelle intervenue pendant un arrêt de travail. En préparant leur défense, leur avocat a pu rassembler une vingtaine de témoignages de salariés. Alors nous on fait toujours très attention dans le cas d’un dossier parce qu’on on défend des parties. On a une vision qui est nécessairement subjective mais en tout cas beaucoup de témoignages revenaient et expliquai euh la réalisation d’économie un petit peu de bout de chandelle euh la difficulté d’exercer leurs activités qu’elles soient administratives ou pédagogiques. Puisque vous le savez une école privée, c’est une école qui va chercher à réaliser du bénéfice. C’est l’objectif de la société créée et parfois au détriment de la qualité de travail, des conditions de travail ou de la qualité éducative. Les tribunaux ont retenu le caractère injustifié de ces deux licenciements. Les situations décrites dans ce reportage ne sont pas des exceptions. Dans d’autres écoles, des témoins évoquent la multiplication de modules d’enseignement en ligne, des cours délocalisés dans des salles extérieures sans chauffage ni internet, mais aussi souvent la promesse de contrat en alternance qui selon les filières n’aboutissent jamais.
19 Comments
On ne parle pas d’éducation mais de business…
J'ai du mal à m'émouvoir. C'est connu quand même ce système. Depuis quand Bachelor c'est un diplôme en France ? Et pour n'importe quel "produit", si on vous vend pas l'original mais un truc similaire, c'est qu'il y'a un truc. Et c'est tout aussi connu qu'il y'a peu d'emploi dans ces domaines. Pour terminer le gars qui va travailler dans un pays étranger en centre d'appel, c'est la palme là.
Responsable de l'école Nathalie Grassaud, Responsable Marketing Groupe EDUSERVICES
Compétences de Nathalie Grassaud
Conseil d’administration
Gestion des opérations
Développement commercial
Analyste marketing
Bravo. Je ne vois pas enseignant ou formation professionnelle. C'est minable. Et ces gens ce revendiquent des autorités éducatives françaises.
L'entreprise de jeux vidéos ROCKSTAR située à Lincoln, en Angleterre, recrute régulièrement des jeunes (dont des français) avec des contrats intéressants. Les arrivants sont bien accueills.
C'est une arnaque que beaucoup jeunes se sont fait floués depuis des années. Promettre rêve et merveille et en fin de compte un poste de directeur de magasin avec un salaire de 2200€.
Bachelor en recherche d'emploi.
La grande fabrique des inutiles qui ne comprennent pas pourquoi ils se tapent tous 2ans de chômage à la sortie de l'école pour ensuite ouvrir un "restaurant éphémère" avec des buckets de coquillettes à 9,50€ en centre-ville.
L'état est le plus minable dans notre système de la formation à des metiers apres le bac.
Avant même de s'intéresser aux centres de formations privés ,il y a un sérieux ménage à faire dans les études supérieures . Combien d'entre elles sont obsolètes, ou avec un niveau d'enseignement des années 70 ou bien les enseignants produisent des contenus insuffisants avec un sérieux manque de compétences dans la matière enseignée , par exemple les écoles d'archi en dessous de tout . Combien d'université où les diplômes d'états obtenus debouchent sur zéro metier .
Et l'etat obèse pleins de fonctionnaires n'est-il pas en capacité de délivrer un certificat d'excellence annuel pour ces établissements privés ?
C'est tout bonnement de l'abandon de notre jeunesse. C'est carrément dégueulasse !
Et ne croyez pas que ce soit nouveau, c'est installé dans notre pays au moins depuis cinquante ans sauf que maintenant il y a la compétition internationale.
Le niveau intellectuel de ces jeunes pour croire qu'ils vont etre recrutés en tant qu'ingé audiovisuel ou son en France… quant à ceux qui espérent bosser dans le jeu vidéo, j'en parle meme pas….
Faites un bts tertiaire. Au hasard gestion finance. A la portee de tout le monde. 1200 heures de formations "coeur de metier" accompagnee de francais anglais management economie et droit. He oui. 2 annees en lycee avec controle des absences etc… mais un diplome reconnu depuis 70 ans. Avec poursuite possible en licence pro en fac ou concours passerelle ou expertise comptable. Du boulot assuré. Des filieres demandeuses d emploi. Et avec un vrai salaire. Reflechissez 🥳
Ils n'ont qu'à arrêter de vendre du rêve aux jeunes…Et pas que les écoles privées…L'université de Rennes à du ménage à faire aussi…Mais bon le système est bien fait, ils seront assistés
Qui sont ces parents qui se laissent aussi facilement flouer par les promesses de ces "écoles"… ? A partir du moment où une école se vend comme un produit, pas besoin d'être un génie pour comprendre que l'étudiant n'est rien d'autre que le client. Il faudrait aussi faire comprendre à ces jeunes que les secteurs créatifs (de même que la com' ou l'évènementiel) en terme d'emplois sont ultras bouchés/précaires/compétitifs, et cela même si vous sortez diplômés des plus grandes écoles comme Arts Deco ou la Fémis. Il y a TROP d'étudiant dans ce secteur pour une offre d'emploi quasi NULLE. Concernant la technique, les écoles pouvaient être le levier nécessaire pour se mettre à niveau il y a 20 ans. Aujourd'hui dans ces écoles privées avec 40 élèves par classe, vous trouverez de meilleures formations sur youtube. Sortez de l'école et faites vous votre propre réseau, c'est de loin la meilleure solution car ces diplômes ne valent plus rien. Bon courage à tous ces jeunes !
Les écoles supérieures post Bac poussent sur les ruines de l’éducation supérieure publique !
D’ailleurs on dit que la Rennes School of Business vous propose une nouvelle formation : « Création de bachelor bidon pour tes copains qui trouvent pas d’écoles » Ça va cartonner !
en tant qu'ancien intervenant auprès des BTS et 'grandes écoles management', je peux vous dire que ces 'établissements' (des entreprises) sont à fuir–cours chargés d'élèves, aucun consigne expliqué, règlements de sécurité au cas par cas, changement de missions au milieu du cursus. Bref, le paquet. A fuir et mettre en valeur les formations traditionnelles, malgré les difficultés derrières. Ce système d'écoles privées ne fonctionnent que par un modèle de résautage et encore… à un niveau aussi médiocre que ses gestionnaires.
Tout cela ressemble à du scam dont on essaye de se prémunir chaque jour.
en france on forme trop dans des domaines qui ne sont pas porteur…
Il y a une offre de formation du à la demande mais pas une offre du besoin.
La France fait de la croissance bidon. Pendant ce temps en Chine/US/Indonesie/Bresil…
En même temps Bachelor…..ça englobe tout et n'importe quoi, on l'a bien vu ses dernières années.
C'est triste de voir des jeunes s'endetter ou leurs parents, pour au final avoir des cours minables et pointer à France travail ( pôle emploi) .