[Musique] Juillet 1959, le tour de France cycliste existe depuis plus d’un demi-siècle. Selon ces organisateurs, la course attire tous les étés plus de dix millions de spectateurs sur les routes de France et des pays voisins qu’elle traverse. Depuis 1903, les reporters des compagnies de cinéma et maintenant de la télévision française sont passés mettre dans l’art de filmer cette compétition. Cette année, pour la première fois, une épreuve de montagne est filmée d’un hélicoptère. Ces images vidéos passent à la télévision et en direct dans neuf pays du jamais vu. Pourtant, elles sont assez décevantes ces images par rapport à ce que le public a l’habitude de voir. Elles ont coûté une fortune mais elles sont tellement tremblantes, tellement floues qu’il est presque impossible de reconnaître les maillots de ces deux coureurs qui peinent en côte. Alors, quel intérêt ? Pourquoi avoir choisi de filmer en hélicoptère une étape de montagne ? Un demi-siècle plus tard, c’est dans plus de 120 pays que des images comme celle-ci sont maintenant diffusées. Le Tour de France est devenue la plus prestigieuse de toutes les compétitions cyclistes. Revenons en 1959, le 25 juin au matin à Mulouse. C’est le maire Émile Müller qui a l’honneur de couper le ruban pour lancer le 46e Tour de France. Selon la tradition, les coureurs défilent avant le départ de la première épreuve prévu à 10h30. Et c’est parti. 23 jours de course et plus de 4000 km à parcourir. C’est la plus longue de toutes les courses cyclistes au monde. À peine plus de la moitié des 120 coureurs vont arriver au bout. Dans la voiture, en imperméable blanc, c’est Jacques God. Tous les journalistes l’appellent respectueusement monsieur Godet. C’est le patron du plus populaire des journaux de sport, l’équipe. Et depuis 1934, c’est lui qui organise et dirige le Tour de France. Le ploton traverse un passage à niveau et pourtant là-bas il y a bien un train. Mais le conducteur n’a pas hésité à s’arrêter en race campagne pour laisser passer les cyclistes. Et les passagers sont même autorisés à descendre des voitures. Les premières étapes, c’est pour la mise en jambe. Lui, c’est le luxembourgeois Charlie Gaul. On l’appelle l’ange de la montagne. Vainqueur du dernier tour, il a l’honneur cette année de porter le numéro 1. Du côté de l’équipe de France, les prétendants au titre n’ont jamais été aussi nombreux. La bataille va être acharnée. Celui qui s’arrête déjà, c’est un français, Louison Bbobet. Avec quelques autres coureurs, Bobet a leur rare privilège de porter son nom sur son cuissard. Pourquoi cet arrêt ? Pour se faire pomader le genou par un soigneur. Mais comment le caméraman qui filme s’est-il retrouvé là au bon moment ? C’est tout simple. Renvoyons l’arrivée de Bobet. Le triple champion du Tour de France a fait savoir qu’il avait besoin d’aide. L’homme en imperméable a été envoyé en avant du ploton avec un motard, un caméraman et des photographes l’ont suivi. La presse engrange des images et le héros peut reprendre la course. Cette année, le Tour de France est parti de Mulouse en direction du nord. Il traversent le Luxembourg, la Belgique puis de retour en France longent toute la côte ouest, passe par les Pyrénées, le centre, les Alpes en Italie et en Suisse avant de rejoindre Paris comme tous les ans. Cette fois sont prévues six retransmissions en direct. à Namur en Belgique, au col d’Aspin, au puit de Dôme, au col de l’Isran, à Saint-Vincent et à Paris. Des coururs qui passent devant nous, presque tous dans ce pleton en ploton très étiré. Voilà les images de la première retransmission lors de l’arrivée à Namur. Ces images passent en direct à la télévision. Bien sûr, la qualité est un peu décevante, mais en 1959, c’est encore une belle prouesse technique. Avec plusieurs caméras judicieusement placées sur le parcours, on a l’impression de tout voir. Enfin, presque. Outre prouesse technologique. Ces images passent en même temps dans plusieurs pays d’Europe. Pour les Français, elles sont commentées avec beaucoup de passion par un ancien coureur cycliste, Robert Chapat. Écoutons va virer en tête. C’est lui sans doute, sans aucun doute même qui va gagner à moins qu’il ne prenne pas bien son virage. Non, il l’a très bien pris. Fao va gagner. Alors que depuis sa naissance il y a presque 10 ans, la jeune télévision française s’intéresse beaucoup au Tour de France. Le cyclisme est un sport très populaire et cette course a le grand avantage de s’étaler sur près d’un mois. C’est en juillet 1950 que pour la première fois un résumé filmé de chaque étape a été montré à la télévision. Mais en 1950, il y a à peine 4000 téléviseurs en France. Le public découvre les images sur des écrans installés dans des vitrines de magasin ou dans des cafés qui les ont louaient. 3 ans plus tard, en juin 1953, ces Parisiens ont assisté à un spectacle qui a fait une extraordinaire promotion de la télévision. Les cérémonies de couronnement de la reine d’Angleterre filmé à Londres sont passées en direct dans cinq pays. S’il y a autant de monde devant les vitrines, c’est parce que c’est l’heure du déjeuner. Quelle chance de suivre de près ce que la foule sur place aperçoit seulement avec des périscopes en carton. Et quand la reine est filmée dans la cathédrale, on voit aussi bien que ses invités. En 1953, le coût d’un téléviseur est encore élevé. Ici, on le propose au comptant à 147000 francs, soit 6 mois d’un revenu moyen. Mais après le succès du couronnement de la reine d’Angleterre, les ventes sont montées en flèche. Revenons à Namur le 27 juin 1959, 3è jour, 3è étape. Comme tous les matins, les reporters de la télévision font des images juste avant la course. Des images qui vont passer le soir même au journal de 20h et ils en profitent pour filmer de près des vedettes comme Louison Bobet. À 32 ans, le triple champion du Tour espère encore une victoire. Là, c’est aussi un français, Jacques Angtil, vainqueur du tour il y a 2 ans et grand spécialiste des courses contre la montre. Et lui, c’est Roger Rivière. Il vient de battre le record du monde de l’heure. C’est le plus jeune et les journalistes ont flairé le grand champion de demain. Encore un français. Ce sont les quatre favoris : Bobet, Angtil, Rivière et Charlie Gaul. le dernier vainqueur que cette année la télévision va tenter de suivre au plus près. Le tour a été imaginé en 1903 par et pour un journal, le quotidien loto. Deux autres quotidiens ont hérité de son organisation, l’équipe et le Parisien. Des étapes de quelques heures, c’est parfait pour la presse écrite comme pour la télévision. En faisant un résumé de l’épreuve qui passe le soir même, elle propose à son public un véritable feuilleton sportif. Un feuilleton dans lequel on retrouve toujours cinq situations. Première situation, les paysages. Très patriote, Henry Desgrange, le concepteur de cette course, tenait à vanter la richesse et la diversité des régions françaises. Au fil du temps, montrer des paysages pendant le tour a pris le sens d’une visite touristique. Deuxè situation, le rituel du départ. Avec 10 à 12 millions de spectateurs sur l’ensemble du parcours, les records des plus grandes manifestations sont pulvérisés. Pour les villes d’étape, c’est une chance de pouvoir accueillir le Tour de France et elle participe au financement de l’épreuve. L’événement est si important que même les motos de la gendarmerie nationale font la promotion des deux organisateurs du tour. 3è situation, les incidents. La télévision ne manque jamais de montrer les petites misères vécues par les coureurs. Chute, crevaison, roue voilée. Les petits incidents sont fréquents sur le tour. 4è et avant-dernière situation incontournable dans les résumés, le ravitaillement. Les étapes durent en moyenne plus de 5 he nourrir un peu et boire surtout. Revenoyons ça beaucoup plus lentement. L’homme de dos a une bouteille dans la main et une autre qu’il se prépare à donner un coureur qui porte le maillot italien et le remercie d’un sourire. Regardons attentivement la suite. C’est maintenant un coureur belge qui approche tend la main. Raté. À l’évidence, notre homme préfère les Italiens comme ce troisième coureur. Ces rendez-vous pour les ravitaillements, c’est bien pratique pour ceux qui filment parce qu’ils savent précisément à quelle heure et où faire ce genre d’image. 5e et dernière situation, l’arrivée. En 1959, presque toutes les arrivées ont lieu sur un vélodrome ou un stade. C’est spectaculaire, mais ce n’est pas la seule raison. Le Tour de France est une entreprise qui coûte extrêmement cher, 80 millions, une fortune. Alors, les places payantes, c’est une recette qui compte beaucoup. Voilà l’arrivée à Roubet pour la troisième étape. Là, c’est l’arrivée de la 8e étape au vélodrome de Bordeaux. Et puis il y a le baiser au vainqueur ici à la 4e étape, là à la 5e et à la 13e à Oriak. Quant au rituel du maillot jaune, il date du tour 1919. Et pourquoi cette couleur ? parce que c’était celle du papier du journal Loto, son sponsor. Un instant là sur ce maillot, ces deux lettres stylisées, un H et un D, ce sont les initiales du fondateur Henry Desgranges. Encore maintenant, on les retrouve sur tous les maillots jaunes comme là en 2008 sur celui de l’australien Cadel Evans. Les jours où il n’y a pas d’épreuve, la télévision en profite pour faire un peu d’autopromotion. Elle montre à son public les prouesses de ses reporters. Ni casque ni tenue de protection et celui qui filme est même en bras de chemise. Encore une fois, sa caméra une Belle Ol avec une autonomie de moins de 3 minutes de film 16 mm noir et blanc. Les images que nous regardons sont probablement faites avec le même modèle. Une bobine de trois minutes de film, c’est peu. Il faut être économe. Chaque seconde compte. Et maintenant commence une étonnante course contre la montre. Une autre prouesse dont la télévision est assez fière. Revenvoyons ça. La petite bobine terminée est vite confiée à un motard qui va d’un caméraman à l’autre et f ensuite livrer tous leur films à un laboratoire aménagé dans un camion. Les images sont développées au plus vite, puis elles sont rapidement montées et un commentaire du résumé de l’étape du jour est enregistré. Sans perdre une seconde, le reportage est ensuite livré à un hélicoptère qui va le déposer à la station de télévision la plus proche. Et à 20h, les spectateurs auront leur résumé en image de l’étape du jour. Belle performance. Cette année sur le tour, il y a trois caméraman à moto. Avec leurs images, on est au cœur de l’événement. Le spectateur a l’impression d’être dans la course. En revanche, pour ceux qui filment, c’est un peu de l’équilibrisme. Déjà en 1910, les reporters faisaient leur possible pour filmer les coureurs en traveling. Mais ces images sont prises depuis une voiture. Impossible de tourner la manivelle d’une caméra en étant assis à l’arrière d’une moto. En 1910, c’est la première fois que le Tour de France dispose de deux véhicules pour suivre ou précéder les coureurs et les surveiller plus facilement. Parce qu’il y a des resquilleurs, des cyclistes ont même triché en prenant le train. Les organisateurs font maintenant des contrôles au départ, sur la route et aux arrivées. Comme ici à MT la jolie le 31 juillet. Les coureurs vont signer là sur cette table et après on va leur offrir à boire. Ils sont partis à 6h30 ce matin de la ville de camp qui est à 209 km. Les voilà, il est à peu près 13h30 et il roule donc depuis 7h. Cette année, trois marques de vélo ont engagé des coureurs. Lui, par exemple, il court pour la marque Leniano. C’est un italien, Ernesto Adzini. C’est d’ailleurs lui qui va gagner l’étape. [Musique] Autre chose, ce n’est pas par hasard si le contrôle se fait là devant ce magasin qui vend des automobiles et des vélocipèdes. Son propriétaire Eugène Darnis est aussi le correspondant du journal Loto. Mente la jolie est le dernier contrôle avant l’arrivée à Paris. Plus que 53 km à parcourir. [Musique] Et voilà l’arrivée au vélodrome du Parc des Princes. Il vient de pleuvoir. La chaussée est boueuse et très glissante. Inauguré en 1897, le vélodrome est géré par le directeur du journal Loto. [Musique] 10 juillet 1959. La quinzième étape est une épreuve de montagne contre la montre et ces images vidéos passent en direct à la télévision. Lui, c’est San Etherio de l’équipe d’Espagne. À l’évidence, il peine beaucoup. Quatre caméras ont été postées près de l’arrivée sur les hauteurs du puit de dô. La télévision a choisi cette étape parce qu’il y a un émetteur pour relayer les images et les sons. Il a été installé au sommet là il y a 3 ans. Ces images ne peuvent être faites qu’à une petite distance de l’émetteur. Pas question de tirer des câbles sur des kilomètres. Mais par comparaison aux prises de vue de quelques petites secondes faites en moto ou en voiture, c’est déjà formidable de pouvoir suivre les efforts des coureurs sur plusieurs centaines de mètres. Et voilà Federico Bahamontes, beaucoup plus à l’aise que son coéquipier, celui que la presse a pris l’habitude de surnommer l’aigle de Toled va gagner l’étape. Et maintenant, le jeune champion français Roger Rivière, il va arriver 4e. Revenvoyons les dernières images. petit coup d’œil à la caméra qui le filme et malgré l’effort, Rivière parvient à faire un sourire. Les cyclistes professionnels comme lui sont déjà bien conscients de l’importance de l’image. Leur revenus dépendent de contrats publicitaires. Et pour les marques, ces nouveaux reportages en direct ouvrent des perspectives alléchantes, surtout quand on sait que les mêmes images passent dans plusieurs pays. Le prochain direct est prévu le 14 juillet pour l’une des étapes les plus difficiles du tour 1959, la 18e. Les coureurs vont passer ici au col de l’Isran. C’est le plus haut col routier des Alpes. Le 14 juillet est en jour férier en France, la télévision va profiter de cette étape pour offrir à son public des images en direct comme personne n’en a jamais vu. Des moyens considérables ont été déployés. Il a fallu monter ce car rég tonnes à 2770 m par de petites routes de montagne interdites au poids lourd. Les équipes ont installé un émetteur provisoire et quatre caméras comme celle-ci. Mais le clou du spectacle, ce seront des images faites par une 5è caméra embarquée à bord de cet hélicoptère et transmise elles aussi en direct dans neuf pays. En 1959, ces images c’est magique. Stupéfiant. Le commentateur George de Cône ne manque pas de souligner que c’est un privilège réservé à ceux qui regardent la télévision. Vous voyez en ce moment ce que les spectateurs mass ici au col de l’Isran sont absolument incapables de voir. Ces deux points suivis par des motocyclistes sont Gismandi et Christian. Ce n’est que 9 minutes plus tard que l’une des caméras installées au sol voit enfin apparaître un premier coureur. Voilà comment sont disposées les quatre caméras au sol reliées par des câbles au car régie. Elles permettent de suivre les coureurs sur près de 600 m de part et d’autre du col. 600 m, c’est déjà bien. Avec l’hélicoptère, on passe à une autre échelle. L’émetteur qui est à bord a une portée maximale de 2 km. C’est donc dans ce rayon d’action que la caméra va pouvoir filmer et transmettre des images. Au total, la distance couverte est 10 fois plus grande qu’avec les quatre caméras au sol. Ces prises de vue réalisées le 14 juillet 1959, c’est le début d’une aventure télévisuelle grâce à laquelle le Tour de France va devenir le spectacle sportif que nous connaissons. Ces images en haute définition ont été enregistrées un demi-siècle plus tard en juillet 2007. Et ces prises de vue faites à moto trouvent elles aussi leur origine dans l’expérience de 1959. La caméra est équipée d’un émetteur et ces images sont transmises à un hélicoptère juste au-dessus qui reçoit et émet à son tour les images sur tout le parcours. Revenons à la 18e étape du tour le 14 juillet 1959. Pendant que la télévision innove invente, c’est encore une petite caméra film qui depuis une moto réussit à capter une scène émouvante pour les nombreux admirateurs de Louisbobet. Épuisé, le célèbre champion flanche. Il n’est pas loin de jeter l’éponge et regarde ailleurs. Revoyons ça. Le motard ralentit pour que la caméra passe très près de Bobet qui fin de l’ignorer. C’est au cours de cette étape qu’il va définitivement abandonner le Tour de France. Pendant ce temps-là, l’Espagnol Bahamontes et le luxembourgeois Gaul avec son numéro 1 sont une nouvelle fois roue d’en roue. La veille déjà à la 17e étape, ils ont été très remarqués. Federico Bahamontes que l’on voit là a hérité du maillot jaune et c’est Charlie Gaul qui a gagné l’étape. Bahamontes va garder le maillot jaune encore cinq étapes jusqu’à l’arrivée à Paris où il sera déclaré vainqueur du Tour de France 1959. Les trois favoris français Louison Bbobet a abandonné. Quant à Jacques Angtil et Roger Rivière sont concurrents directs ont beaucoup déçu leur public. au point d’être sifflé. Quelques jours plus tard, après sa victoire, Federico Bahamontes fait une entrée triomphale dans sa ville natale de Toled. Les autorités de la ville lui ont prévu une escorte composée de quatre cyclistes. C’est la première fois qu’un espagnol remporte le Tour de France. Du côté des médias, pas de télévision. En Espagne, elle est à peine née. Seul les actualités au cinéma, la presse écrite et la radio vont rapporter l’événement. Aujourd’hui, ces images du champion de la plus célèbre des courses cyclistes seraient passées dans plus de 120 pays. La semaine prochaine, mystère d’archives revient sur le 5 juin 1989. Ce jour-là, placeen à Pékin, un homme barré la route au char. Ah. [Musique]

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