@philippevandeur2674
Cette affaire démarre trois jours avant le Tour de France 1998, dont le départ est donné à Dublin en Irlande. Elle est menée principalement par la ministre de la Jeunesse et des Sports, Marie-George Buffet et la ministre de la Justice, Élisabeth Guigou sous le gouvernement Lionel Jospin. Le 8 juillet 1998, à 5 h 40 du matin, au détour d’une petite route à la frontière franco-belge (rue du Dronckaert 59250 Halluin), Willy Voet, un soigneur de l’équipe Festina, est interpellé par la douane française au volant d’une voiture Fiat mise à disposition de l’équipe Festina par la société du Tour de France et aux couleurs de l’équipe. Ce qui devait être un contrôle de routine aboutit à la fouille du véhicule : dans le coffre, les douaniers mettent la main sur des sacs isothermes contenant plus de quatre cents flacons de produits dopants et stupéfiants (235 ampoules d’érythropoïétine (EPO), 120 capsules d’amphétamines, 82 solutions d’hormone de croissance, 60 flacons de testostérone et des corticoïdes). Une rumeur circule rapidement dans les caravanes du Tour, voulant que Willy Voet ait été dénoncé « aux services douaniers par le directeur sportif d’une équipe concurrente, inquiet de la suprématie grandissante des Festina ». Selon Bruno Roussel, directeur sportif de Festina, lorsqu’il apprend à Richard Virenque la nouvelle de l’arrestation de Voet, la première question du cycliste français est : « Comment vais-je faire pour mes produits ? ».
Placé en garde à vue, Willy Voet avoue trois jours plus tard et dénonce un dopage organisé et médicalisé au sein de son équipe. Une information judiciaire est ouverte par le juge d’instruction lillois Patrick Keil le 10 juillet pour importation en contrebande et circulation irrégulière de marchandises prohibées. La direction du Tour organise une réunion de crise le 11 juillet entre Jean-Marie Leblanc, Jean-Claude Killy le président d’Amaury Sport Organisation (ASO) et Bruno Roussel. Selon Roussel, Killy souhaite minimiser l’événement, le dopage n’étant pas pour lui — comme pour Hein Verbruggen président de l’Union cycliste internationale (UCI) — « un problème en soi » à cette époque.
Bruno Roussel et le médecin de l’équipe Eric Rijckaert sont interpellés par un commissaire de la police judiciaire de Lille, le 15 juillet 1998, à l’arrivée de la 4e étape à Cholet puis mis en examen et écroués à leur tour le 17 juillet pour « administration et incitation à l’usage de produits dopants » selon la loi Bambuck du 28 juin 1989. Roussel avoue lui aussi l’existence d’un dopage organisé au sein de l’équipe. Voet, Rijckaert et Roussel dénoncent très vite des coureurs comme Richard Virenque, Laurent Brochard et Alex Zülle. En premier lieu Virenque qui, selon Voet, a lui-même demandé et obtenu d’un cadre hospitalier de Marseille de l’hémoglobine synthétique et qui est selon Rijckaert, le vrai patron de l’équipe qui incite ses coéquipiers à se doper. D’autres coureurs, de cette même équipe, sont également impliqués à l’image de Laurent Dufaux, Armin Meier, Christophe Moreau, Pascal Hervé et Gilles Bouvard. Le docteur Rijckaert déclare ainsi : « Par exemple, avant une compétition, si un coureur constate qu’il est en bas d’hématocrite, il sait qu’il ne sera pas performant pendant trois semaines. De lui-même, il se fait trois injections sous-cutanées d’EPO par semaine ». L’avocat de Roussel, Thibault de Montbrial, parle d’une gestion concertée des produits dopants : « M. Roussel a expliqué aux enquêteurs, lesquels avaient les éléments, les conditions dans lesquelles une gestion concertée de l’approvisionnement des coureurs en produits dopants s’est organisée entre la direction de l’équipe, les soigneurs, les médecins et les coureurs », précisant que « l’objectif était d’optimiser les performances sous strict contrôle médical, afin d’éviter l’approvisionnement personnel sauvage des coureurs dans des conditions susceptibles de porter gravement atteinte à leur santé, comme cela a pu être le cas par le passé ».