Formation par Roger Narboni
Le 1er Grenelle de l’environnement en 2007 et les suivants, et les nombreuses commissions de travail et de préparation des arrêtés et des décrets sur les nuisances lumineuses, auxquelles j’ai participé en tant que représentant de l’ACE, m’ont convaincu de l’importance des sujets environnementaux pour notre profession et de l’impérieuse nécessité de s’en emparer pour éviter que d’autres (astronomes amateurs, biologistes et écologues) ne décident à notre place des prescriptions à établir en termes d’éclairages publics durables et respectueux de l’environnement.
La mise en place des Trames Verte et Bleue en 2009 au niveau européen, la montée en puissance de l’enjeu Biodiversité en France avec la prise en compte de ses nombreuses trames et sous-trames, m’ont conforté dans l’idée qu’il fallait se préoccuper de la dimension nocturne de ces défis, en établissant dans nos études de Schémas directeurs d’aménagement lumière (Sdal), des plans de sauvegarde et de mises en place de l’obscurité en ville et en zone périurbaine, à la fois géographiques et temporels.
Depuis 1987, année où j’ai inventé l’urbanisme lumière et développé la méthodologie des Sdal (avec à ce jour plus de 150 études de ce type réalisées), nous nous sommes naturellement et progressivement interrogés sur les rapports à inventer entre lumière et obscurité dans et autour des villes.
En 2011, est donc né pour la ville de Rennes, le premier concept de trame noire urbaine (dont le terme a été beaucoup discuté à l’époque), et c’est là que nous avons développé la méthodologie d’étude correspondante à mettre en place. J’étais loin d’imaginer alors que ce concept fondateur allait essaimer partout en France et depuis novembre 2023 qu’il serait dorénavant promu par la Commission européenne. Aujourd’hui et après l’étude d’une trentaine de trames noires, pour des villes françaises et étrangères de toutes tailles, et pour des territoires naturels de très grandes dimensions, je constate avec plaisir et soulagement que de nombreux acteurs se sont approprié ce concept novateur de trame noire mais aussi
hélas qu’ils dérivent parfois vers une approche réductrice de recherche d’obscurité centrée uniquement sur les corridors biologiques et les réservoirs de biodiversité.
Pour moi, l’étude d’une trame noire doit nous offrir aussi l’occasion de repenser notre rapport en tant qu’humains à l’éclairage public, à sa rénovation comme aux nouveaux usages nés des changements
sociaux et sociétaux.
La quête d’équilibre entre lumière et obscurité, de nouveaux gradients, doivent rester au cœur de nos études de trame noire si nous souhaitons éviter un problème d’acceptation sociale et un danger d’appauvrissement des ambiances lumineuses nocturnes urbaines. Réenchanter la nuit doit donc aussi nous guider sans se centrer uniquement sur la biodiversité.