Le sabotage est-il légitime ? Les luttes écologiques actuelles imposent désormais la question, à laquelle on essaye de répondre avec mon invitée pour cette vidéo, mon amie @CamilleReporter go découvrir son super travail :
https://www.youtube.com/@CamilleReporter
Si vous voulez signer la pétition contre l’A69 :
https://stop-a69.agirpourlenvironnement.org/
Ainsi que donner dans la caisse de lutte :
https://www.helloasso.com/associations/cacendr/collectes/caisse-de-solidarite
Cette vidéo est soutenue par le partenaire le plus cool de la terre, le jeu de carte indé créé par les sans culottes en 1793 et remis au goût du jour par Virgile, un guide passionné d’histoire de Paris : Révolution
Oubliez pas d’utiliser le code promo AUTREHISTOIRE
https://www.etsy.com/fr/shop/RevolutionsdeParis
Et allez suivre leur compte insta :
https://www.instagram.com/revolutionsdeparis/
◾Texte/voix/montage : Manon Bril
◾Documentation : Vincent Girard
◾Image : Nicolas Thomas
◾Production : Marie Camier
https://www.instagram.com/mariecamiertheron/
◾Musique :
Wax Tailor
https://www.waxtailor.com/
Epidemic sound
◾Sous-titres : Léa Massiani
◾Remerciements : @CamilleReporter
◾On se retrouve sur les réseaux :
Tiktok : https://www.tiktok.com/@manonbrilcuah
Instagram : https://www.instagram.com/manonbrilcuah
Twitter : https://twitter.com/BrilManon
Facebook : https://www.facebook.com/cestuneautrehistoirelachaine
◾Sources :
▫️Ouvrages
Sébastien ALBERTELLI, Histoire du sabotage, de la CGT à la Résistance, Perrin, 2016
Andreas MALM, Comment saboter un pipeline, La fabrique éditions, 2020
Victor CACHARD, Emile Pouget et la révolution par le sabotage, Editions Libre, 2022
Articles et sites internet
Cécile, DUCOURTIEUX, Thomas WIEDER, Audrey GARRIC, “Londres, Paris ou Berlin : Extinction Rebellion lance des blocages dans le monde entier“, article paru sur lemonde.fr, 8 octobre 2019 : https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/10/08/londres-paris-ou-berlin-extinction-rebellion-lance-des-blocages-dans-le-monde-entier_6014648_3244.html
R.H LOSSIN, “sabotage as Environnemental Acitvism“, Public Seminar, 3 juillet 2018
Notice dédiée à Emile Pouget dans le dictionnaire biographique du mouvement social et ouvrier, le Maitron : https://maitron.fr/spip.php?article155495
Site internet des archives du Pas-de-Calais, page dédiée au Carnet B : https://www.archivespasdecalais.fr/Decouvrir/Chroniques-de-la-Grande-Guerre/Histoires-de-la-Grande-Guerre/De-l-utilisation-du-carnet-B
Vidéos et reportages
Nota Bonus – L’art du sabotage social par Horizon Gull – Montbazon 2016 https://www.youtube.com/watch?v=hSXSdr9hoMk
Une histoire du sabotage, entretien avec Victor Cachard, chaine youtube de Lundimatin : https://www.youtube.com/watch?v=EKRbRcV1JqU&t=34s
Blast – A69, pourquoi une telle aberration écologique et démocratique ? :
Le Média – Contre l’autoroute A69, il est prêt à mourir :
Partager C’est Sympa – Le Mur de l’Autoroute A69 : La Voie est Libre ! :
Partager C’est Sympa – Le Carnage de l’A69 : Comment en est-on arrivé LÀ ?!
Le jeudi 23 novembre a eu lieu le premier procès d’un militant écologiste qui protestait contre la création de l’autoroute A69, en train d’être construite entre Toulouse et Castres. Et il a été en partie relaxé. C’est le premier procès et il devrait y en avoir une quinzaine
Pour juger certains de ces militants et militantes qui ont choisi la désobéissance civile pour protester contre l’inaction des autorités face au désastre écologique que représente la création de cette autoroute. Hé oui, ok, le projet a été déclaré d’utilité publique par les autorités et pourtant,
Il a reçu un avis défavorable du Conseil national de la protection de la nature, puis de l’Autorité environnementale qui estime que ça porte trop atteinte à l’environnement et surtout que le bénéfice socio-économique ne compense pas suffisamment pour que ce projet soit justifié. Après que les collectifs de militants et de scientifiques
Ont essayé longtemps de protester pacifiquement, de monter des pétitions, de faire des manifestations, de faire des tribunes et ont constaté qu’ils n’étaient pas entendus. Certains et certaines sont donc passés au cran supérieur, ont escaladé des arbres qui devaient être abattus, ont tenté de créer une ZAD,
Ont entamé des grèves de la faim ou encore ont eu recours au sabotage en mettant le feu à des bétonnières afin de gêner le chantier. Là, je ramasse juste tout ce qu’on vient de prendre sur la gueule. Voilà, c’est tout… C’est ça…
C’est ça qu’on a pris en une après-midi. Et c’est comme ça que l’État communique avec nous. Nous, ça fait des années qu’on parle et qu’on essaie de faire changer les choses, et puis c’est ça la réponse qu’on a. Voilà. Bref,
Des militantes et des militants se sentent obligés d’aller plus loin pour faire entendre leur voix et celle des scientifiques qui sont ignorées par les décisionnaires. Et devant ce mur qu’ils se prennent, en effet, on a envie de dire : “Bah ouais, est-ce que le sabotage, ça serait pas légitime ?”
Alors, pour répondre à cette question, on va retracer l’histoire du sabotage et comprendre comment ce mode d’action émerge avec la mise en place de nos sociétés modernes qui reposent sur la technologie. Et comme l’Histoire, c’est ce qui permet d’éclairer le présent en comprenant par quel chemin on est passé pour en arriver là,
En deuxième partie de vidéo, on va parler du présent et notamment du sabotage écolo avec mon invitée pour cette vidéo, Camille Courcy, qui a couvert de nombreux terrains de ce type et notamment le conflit autour de l’A69, comme vous avez pu le voir en extrait.
Et donc Camille, après avoir travaillé pour différents médias, elle travaille maintenant en indépendante sur sa propre chaîne YouTube : “Camille Reporter”. Bref, à travers le sujet du sabotage, on va discuter de son métier de reporter. On y revient donc en deuxième partie de vidéo.
Et avant de commencer la vidéo, je précise qu’on a un partenaire ULTRA stylé pour cette vidéo. Il s’agit de ce petit jeu indé. C’est un jeu de cartes révolutionnaire dans le sens “créé pendant la Révolution”, mais révolutionnaire également. En gros, un jeu de cartes des sans-culottes
Qui a remplacé le roi, la dame et le valet royalistes par d’autres cartes. C’est beaucoup trop cool, on en reparle en fin de vidéo. Alors c’est parti pour répondre à la question : “Le sabotage est-il légitime ?” Et avant de retracer l’histoire du sabotage,
On a besoin, comme d’habitude, de poser les définitions. Des définitions qui, cette fois, évoluent avec le temps. Alors, le sabotage, ça n’est pas n’importe quel type de casse, ça relève de critères bien précis. Mais surtout, vous allez voir tout au long de ce sujet
Que qualifier ou non une action de “sabotage”, ça dépend surtout de quel point de vue on s’exprime. Mais tout d’abord, il faut savoir qu’à l’origine, le sabotage, ça veut pas du tout dire ce qu’on entend aujourd’hui, ça désigne tout simplement la fabrication des sabots. Sabot, sabotage.
Alors pourquoi ça a changé de sens ? Il y a une hypothèse qui dit que ça vient des ouvriers qui ont lancé leurs sabots dans les engrenages de métiers à tisser pour les casser. Mais honnêtement, c’est pas hyper convaincant comme explication.
En revanche, il se pourrait bien que ça vienne plutôt de l’argot parisien du XIXᵉ siècle où un sabot, c’est un mauvais ouvrier. Donc en gros, les mecs, ils se font traiter de chaussure quoi. “Sale pantoufle !” “Espadrille va, retourne travailler !” Du coup le sabotage,
Ça serait devenu le mot qui désigne le fait qu’on fait exprès de mal travailler pour ralentir la production et nuire au chef. D’une manière générale, méfiez-vous des théories qui expliquent les origines des expressions et des mots. Je sais que ça a beaucoup de succès sur les réseaux sociaux,
Mais c’est très souvent des légendes urbaines. En tout cas, ce n’est qu’à partir de la fin du XIXᵉ siècle en France qu’on constate l’utilisation de ce mot sabotage dans le sens moderne du terme. Et pour définir exactement ce que c’est, ce sens moderne du terme,
Je m’appuie sur les travaux de l’historien Sébastien Albertelli, qui a publié en 2016 l’“Histoire du sabotage”, tout simplement, et qui est notre source principale pour la vidéo, mais pas la source unique. Vous avez tout ça en description. Pour Sébastien Albertelli, il y a quatre points qui définissent le sabotage.
Premièrement, ce sont des actes illégaux mais qui s’en prennent à des biens matériels et non à des personnes. Ça peut arriver qu’il y ait des victimes collatérales, mais ce n’est pas le but. Quand c’est le but, c’est là qu’on parle de terrorisme. Deuxièmement, ce sont des actes réfléchis.
Donc il y a une stratégie, une idéologie et donc non, casser un panneau de signalisation parce que t’es bourré, ce n’est pas du sabotage. Troisièmement, ce sont des actes qui se font dans le secret, même s’ils peuvent être revendiqués après. Quatrièmement, il y a une notion d’asymétrie, c’est-à-dire qu’on vise
Un gros résultat avec une petite action qui doit enclencher toute une dynamique. Par exemple, vous immobilisez tout un réseau de communication en détruisant un seul pilone. C’est un peu comme l’effondrement du château de cartes. Et ça c’est pas mal lié au fait que souvent le sabotage,
Mais pas toujours, c’est une action du camp dit “faible” contre le camp dit “fort”. Ok, on a les définitions et du coup maintenant, on va se demander : “Il existe depuis quand ce fameux sabotage moderne ?” Dans notre Histoire européenne occidentale, c’est au XIXᵉ siècle que le contexte économique
Et social réunit toutes les conditions pour l’émergence du sabotage. Car le XIXᵉ siècle, c’est l’industrialisation. Oui, c’est une époque avec une société ultra inégalitaire, avec des conditions de travail très dures pour une bonne partie de la population. L’industrialisation, c’est donc beaucoup de gens pas contents.
Et c’est aussi une très grosse dépendance à la machine ainsi qu’à tous les réseaux mis en place pour organiser la production : le chemin de fer, le télégraphe, le téléphone, etc. Et si machine cassée, machine plus fonctionner. Toute la mécanique de l’industrialisation s’enraye, si je puis dire.
Comme on a dit, ça n’est qu’à la fin du 19ᵉ qu’on utilise le mot sabotage au sens moderne du terme. Mais avant ça, dans ce 19ᵉ siècle de l’industrie, on a déjà des cas d’action qui rentrent dans notre définition moderne où des travailleurs industriels nuisent à la production en la ralentissant
Ou carrément en cassant leurs outils de travail. L’exemple le plus connu, c’est les luddites anglais qui ont cassés les métiers à tisser. On en a déjà parlé dans notre vidéo où on discutait de si oui ou non le progrès était linéaire, je vous y renvoie.
Et du coup, je vous cite un exemple FRANÇAIS, pardon, c’est mon patriotisme enfoui, que j’ignorais, qui était là. Bref, c’est les télégraphistes qui, en 1881, paralysent pendant plusieurs jours les communications et réussissent à obtenir ainsi une augmentation de salaire. Bref, en gros, pendant ce siècle,
On commence à conscientiser ce mode d’action Donc vraiment à le penser. Et si au début, c’est désordonné, petit à petit, les mouvements s’organisent. En France, ça vient d’abord du monde anarchiste et syndical. Par exemple, un des défenseurs du sabotage le plus connu,
C’est le journaliste anarchiste et CGTiste Emile Pouget , qui disait qu’il fallait faire de l’action directe pour déclencher une révolution des minorités. En Angleterre, on a les suffragistes et oui, je dis les suffragistes et pas les suffragettes parce qu’à l’époque le terme “suffragette” est péjoratif et c’est le camp adverse
Qui l’utilise pour désigner comme ça ces femmes qui militent pour leur droit de vote. Donc, dans les suffragistes, il y avait notamment les femmes de la Women’s Social and Political Union qui, dans les années 1900 et 1910, décident
De passer à la violence en constatant qu’elles ne sont pas écoutées autrement. Entre autres, elles foutent le feu à des boîtes aux lettres, des villas, des églises, des théâtres, des aqueducs, etc. En gros, elles sabotent la vie des bourgeois et des gens qui prennent les décisions pour avoir gain de cause.
Même si d’autres gens diront bien sûr que c’est du vandalisme. Toujours une question de point de vue. Pourtant, malgré ces théoriciens et théoriciennes du sabotage, cette doctrine a du mal à s’installer. Par exemple, Émile Pouget est en opposition avec la majorité de ses collègues syndicalistes.
Eux, ils sont pour la mobilisation de masse, les grèves générales pour enrayer le système, mais pas pour un petit groupe qui fait une action à gros effets. Et encore moins pour casser l’outil de travail. D’abord parce que les marxistes estiment que c’est un progrès technique
Qui émancipe le travailleur dont le travail est de plus en plus facilité par la machine. Ensuite, parce que beaucoup estiment que ça décrédibilise le mouvement. Car, de fait, les dirigeants sont intransigeants avec les mouvements ouvriers. Clémenceau notamment, lorsqu’il était président du Conseil de la troisième République,
On l’appelait “le briseur de grève”. Le man il a quand même envoyé l’armée aux grèves de 1907 et 1908 et ça a fait des morts et tout. Et oui, évidemment, à chaque fois, la classe dirigeante surjoue le danger que ces actions représentent.
Et puis, bien sûr, il arrive aussi qu’il y ait des accidents non voulus. Et du coup, la CGT prend très vite ses distances avec le sabotage et préfère d’autres moyens de lutte. Mais figurez-vous qu’à la même époque, il n’y a pas que l’extrême gauche qui utilise le sabotage comme moyen d’action.
Car c’est aussi une méthode de l’armée. Le milieu militaire a forcément énormément recours au sabotage, tout autant qu’il en a peur. Ça dépend qui le pratique : vous, ou le camp d’en face. Alors, on peut faire remonter à très loin dans le temps
Les exemples qui s’apparentent à du sabotage à la guerre. Mais on va surtout s’y intéresser à partir de cette période du 19ᵉ siècle, parce que la mécanisation et les réseaux prennent la place dans la société qu’on a expliqué. Pour la France, il faut citer en particulier la guerre franco-allemande
De 1870-1871 où on cherche à détruire les infra-structures que les Allemands nous ont prises afin de ralentir leur progression. Donc en pratique, c’est exactement les mêmes trucs qu’on cible en fait, les voies ferrées et les lignes télégraphiques. En plus, depuis 1867, il y a Alfred Nobel
Qui fait breveter sa dynamite et qui devient très riche au passage. Donc oui, le nom du prix Nobel, ça vient d’un marchand d’armes BREF. Ça a eu tellement de succès chez les saboteurs qu’on se met à les appeler les dynamiteurs, figurez-vous. Donc quand on est en temps de guerre,
On utilise le sabotage pour ralentir l’ennemi. Et après, quand c’est re la paix, on a peur que ce même vieil ennemi ne fasse infiltrer ses agents sur notre sol pour nous espionner, nous saboter et par exemple, préparer une nouvelle attaque. C’est l’époque de l’affaire Dreyfus, tout ça.
Du coup, pour se prémunir, on fait exactement pareil. On crée des services de surveillance qui mènent des actions clandestines au nom de l’État : ce sont les premiers services secrets. Alors, vous constatez que ce qui se dessine très clairement, c’est que si le sabotage social a très mauvaise presse, en revanche
Le sabotage militaire est grave valorisé par l’opinion. Bref, vous l’avez bien compris maintenant, le sabotage, c’est avant tout une question de point de vue et de quel côté de la dynamite vous vous situez. Le saboteur, jeune héros patriote
Prêt à prendre des risques pour sauver sa maman patrie : on adore. Celui qui prend des risques pour les droits sociaux, c’est un terroriste ou un vandale. Encore plus s’il fait du sabotage CONTRE sa propre patrie. Hé oui, une partie des mouvements sociaux est très hostile à la guerre.
L’internationalisme ouvrier qui veut unir tous les prolos du monde contre les patrons oppresseurs, rappelle qu’en vrai, à la guerre, ce sont les pauvres qui se font dégom et qui servent de chair à canon. Donc tous les ouvriers du monde entier doivent se rassembler dans le même panier,
Camp ennemi, ou pas. Les anarchistes, en tout cas, sont très antimilitaristes. D’autant plus depuis que l’armée, qui est le bras droit du pouvoir, a écrabouillé la Commune dans le sang et maté plein de mouvements sociaux, comme on l’a dit. Du coup, au moment de la mobilisation pour la Première Guerre mondiale,
On essaye de saboter la préparation de la guerre, de faire sauter les voies ferrées pour empêcher les troupes d’aller au front, etc. La vérité, c’est que ces sabotages ont été très ponctuels. Par contre, la peur du gauchiste antipatriote, qui sabote la patrie de l’intérieur,
Ça, ça faisait flipper le pouvoir, et on nourrit volontiers un imaginaire qui dépasse de loin la réalité afin de surtout pas voir les petits français refuser d’aller se faire massacrer. Notamment en 1886, on met en place le carnet B qui est un carnet dans lequel
Chaque gendarme inscrit les personnes qu’il soupçonne d’espionnage. En 1909, on élargit ça aux personnes, je cite : “susceptibles d’entraver le bon fonctionnement de la mobilisation par le sabotage ou la destruction.” Et carrément, en 1911, on arrête préventivement toutes ces personnes inscrites en cas de déclenchement de mobilisation.
Apparemment, elles étaient quand même environ 2500, principalement des ouvriers, des syndicalistes et des anarchistes. Alors que dans la pratique, il y a eu en effet des actes de sabotage contre la guerre, mais ils étaient sporadiques et pas tellement coordonnés.
En vrai à l’époque, être contre la guerre, c’est une totale unpopular opinion. Et d’ailleurs, ces actions ont absolument rien changé au cours du conflit. Allez hop, tout le monde à la guerre, là-bas, vous allez pouvoir mener du sabotage digne, celui reconnu par votre patrie. Mon cynisme est à peine perceptible.
La Première Guerre mondiale, c’est la première fois qu’on s’investit autant dans les logiques de sabotage pour mener une guerre. Hé oui, parce que c’est une guerre à une toute autre dimension : une dimension mondiale, donc. Et pourtant, Sébastien Albertelli nous dit qu’il semble que, comme pour le sabotage antipatriotique,
Le sabotage contre l’ennemi n’a a priori pas modifié le cours de la guerre. Mais on peut noter quelques actions spectaculaires qui ont été réussies. Par exemple, la nuit du 29 juillet 1916, trois saboteurs allemands infiltrés sur le territoire américain ont réussi à faire péter treize entrepôts,
Des centaines de wagons et six embarcadères au port de New York d’où partaient les munitions pour la France. Donc le résultat, c’est quand même une perte de 20 millions de dollars. On peut dire qu’ils ont pas fait semblant. Bref, la Première Guerre mondiale,
C’est là que finit de se mettre en place l’image positive du saboteur qui aide de ouf sa patrie et qu’on appellera alors “l’agent secret” ou “l’espion”. Ensuite, quand revient la paix, on va à nouveau se préoccuper des saboteurs en interne. À l’entre-deux-guerres, celui dont on se méfie, c’est le communiste.
Peut-être qu’il prépare une révolution bolchévique, comme chez son cousin en U.R.S.S. En plus, il y a énormément d’étrangers réfugiés en France depuis la guerre d’Espagne, la montée du nazisme ou l’U.R.S.S. Alors est-ce qu’on peut leur faire confiance ??? Bref, les services secrets sont au taquet
Pour les débusquer, alors que les communistes, eux, ont plutôt tendance à répondre que faire sauter un train, c’est menacer des camarades ouvriers au travail. Et finalement, les enquêtes montrent que la plupart des actions malveillantes de l’époque, c’est pas des saboteurs, c’est des gosses qui s’ennuient ou des gars bourrés.
Mais bon, on renforce les contrôles de la police dans les usines, on sait jamais. Bref, heureusement qu’on arrive à la Seconde Guerre mondiale pour vite retrouver nos bons saboteurs, ceux qui se battent pour la patrie, les vrais héros ! Alors, le sabotage glorieux et salvateur de la résistance,
Ça, c’est très très ancré dans notre imaginaire national. Et de fait, c’est un truc que les résistants font énormément. Mais pareil, ça reste des initiatives locales avec pas beaucoup de coordination et ça n’a pas eu de conséquence au-delà de la région sur le conflit. On peut tout de même
Décerner la palme à la commune de Condé-sur-Noireau, dans le Calvados, où les câbles allemands sont sectionnés 9 fois à 28 endroits différents, le 2 février 1941. Par contre, un des effets que ces sabotages ont, c’est qu’ils dressent les Français contre les Allemands, parce qu’à chaque acte, ces derniers répliquent de manière
Extrêmement sévère en punissant bien plus que juste les saboteurs. On se rend compte que les Allemands sont aussi très dépendants des infrastructures françaises qu’ils utilisent et par exemple, le journal clandestin de la CGT, “La Vie ouvrière”, appelle à des actes de sabotage que les ouvriers peuvent faire facilement
En détournant des wagons, en travaillant mal, en foutant la pagaille, etc.. Alors par contre, je rappelle que l’État français, à ce moment-là, c’est Vichy et donc un état collabo qui n’est pas d’accord avec ça et qui met en place une loi relative à l’assurance des dommages d’actes de sabotage ou de terrorisme.
Hé oui, les résistants, pour l’instant, ils sont antipatriotiques, voire terroristes aux yeux de l’État et ne seront désignés comme des héros qu’après la guerre, bien sûr. Tout est une question de point de vue, comme on l’a dit. Ils sont en revanche considérés comme des héros
Par les ennemis de l’État français et des Allemands, donc les Alliés, et ils participent aux actions de sabotage militaire de ces derniers pour préparer les différents débarquements, etc. Bref, une fois les guerres mondiales terminées, le sabotage est désormais un mode d’action totalement adopté. Et il faut dire que sa dimension clandestine
Va particulièrement être utile pour le conflit indirect qu’est la guerre froide, censée être un temps de paix. Pour cette partie plus contemporaine, notre source principale, est cette fois le livre d’Andreas Malm : “Comment saboter un pipeline ?”, publié en 2020, mais c’est toujours pas notre unique source,
Comme je disais, il y a tout en description. Dans cette deuxième moitié du 20ᵉ siècle, ce qui change, c’est qu’on s’en prend maintenant énormément aux infrastructures énergétiques. Et si ça préfigure les sabotages écologiques dont on va parler après, là, on n’y est pas encore.
On est simplement dans un contexte d’explosion de la mondialisation et de la production, et donc de la dépendance à l’énergie. Pour ne citer que quelques exemples, en 1960, en Afrique du Sud, l’African National Congress lance des actions contre les centrales électriques pour affaiblir ses adversaires et faire fuir les capitaux étrangers.
Ils avaient en effet capté que l’approvisionnement en pétrole était un des points faibles de l’apartheid. Dans les années 80, ils ont également visé les infrastructures de la compagnie Sasol, qui était un des symboles du pouvoir. Et en Europe aussi, des saboteurs ont mis des bombes dans les installations
Des compagnies qui continuaient de commercer avec le régime de l’apartheid. Pareil en 1972, des militants palestiniens ont fait exploser un pipeline appartenant à Esso, près de Hambourg. Plus de 200 pipelines sont également visés quand les Américains débarquent en Irak en 2003.
En 2005, le Mouvement pour l’émancipation du delta du Niger fait toute une série de sabotages contre les compagnies pétrolières, au point de provoquer une baisse d’un tiers de la production du pétrole du pays qui était le plus grand fournisseur d’Afrique.
Bref, il y a plein d’exemples où on attaque l’économie et l’énergie pour des raisons politiques. C’est logique, c’est 100% sur ça que reposent nos sociétés d’aujourd’hui et on n’est plus foutus de rien faire sans. Pire, on pourrait perdre de l’argent sans.
Oui, c’est la base de notre capitalisme et donc de notre pollution. Ça y est, on en vient à parler du sabotage utilisé par les militants et les militantes écolo. Ce sont toujours des petits groupes qui agissent dans l’illégalité avec toujours cette idée de la minorité qui se bat contre Goliath.
Je vous cite qu’un exemple, même si y’en a plein, parce que après on va en parler plus longuement avec Camille. Mais donc on a par exemple les militantes Jessica Reznicek et Ruby Montoya au sein du groupe catholique pour le climat des Catholic Workers qui, après avoir constaté l’échec de la mobilisation pacifique,
Décident d’attaquer un pipeline en construction le jour de l’élection de Donald Trump en 2016. Elles ont fait cramer des engins du chantier, ont revendiqué les actes et ont été condamnées à la zonzon. Et oui, elles ont revendiqué puisqu’une des caractéristiques principales du sabotage aujourd’hui, c’est de faire du bruit.
Le sabotage militant contemporain aspire plus que jamais à la visibilité puisque le but, c’est la prise de conscience générale face à l’urgence climatique. Par exemple, dans une campagne de dégonflage de pneus de voitures polluantes, bien souvent, on pose un tract sur le pare-brise qui renvoie
Au site Internet du mouvement, qui explique les motifs de l’acte et qui prévient que les pneus ont simplement été dégonflés pour éviter les accidents. C’est aussi la logique des blocages à très grande échelle, sorte de nouvelle forme du sabotage qui ne se fait plus en cachette cette fois,
Et qui requiert beaucoup de monde et non plus juste l’action d’un petit groupe. Ils ont aussi pour but de stopper les installations, comme c’est le cas des mouvements de Sainte-Soline contre les méga-bassines ou de l’occupation contre la construction de l’autoroute A69 dont on parlait en introduction et que Camille a couvert.
On va donc attaquer la deuxième partie de vidéo et l’entretien avec Camille et je profite de cette transition pour vous demander si vous êtes abonné à la chaîne? Si jamais ce genre de format mi-histoire, mi-interview vous plaît, il y en a d’autres sur la chaîne.
Pour moi, c’est top pour montrer à quoi ça sert l’Histoire, à comprendre le contexte qui nous précède, pour éclairer celui d’aujourd’hui en ayant un ou une invité qui nous parle du présent, comme on a fait par exemple avec Salomé Saqué sur la jeunesse ou avec Yeo Annan sur l’art du drag.
Mais comme ce sont des formats très longs, c’est aussi énormément de taf, donc n’hésitez pas à vous abonner. Je fais plus de financement participatif parce que j’estime que j’ai trop de partenariats et que ça serait pas décent de en plus, demander de l’argent aux gens.
En revanche, si vous voulez soutenir, vous pouvez vous abonner et partager pour faire grandir la chaîne. C’est top. Merci beaucoup et on passe à l’entretien avec Camille. Euh, j’ai vraiment écrit : “Hello Camille, comment ça va, tout ça”… Ouiii, on est avec Camille ! Je suis avec Camille Reporter !
Bienvenue Camille sur C’est une autre histoire. Merci de m’accueillir ! – Avec plaisir Camille, c’est une amie, mais surtout j’adore son taf et depuis quelques temps elle est en indépendante sur YouTube. Donc une super chaine à vous faire découvrir. On va parler de son travail.
Je lui ai dit : “Viens on fait une collab, quel sujet as-tu envie de traiter ?” et c’est elle qui m’a proposé le sujet du sabotage, et j’ai adoré. Avant toute chose, Camille, pour les personnes qui te connaissent peut-être pas, est-ce que tu veux te présenter ? Je suis journaliste reporter,
Ça fait plus de dix ans que je fais beaucoup de terrain. Qu’est-ce que c’est un ou une reporter exactement, d’ailleurs ? Alors, on utilise le terme “reporter” parce que ça permet aux gens de tout de suite situer qu’on n’est pas un journaliste de bureau, mais un journaliste de terrain.
En réalité, c’est plutôt une grille salariale, donc ça ne veut pas dire grand chose. Mais bon, c’est une façon de s’exprimer pour que rapidement les gens comprennent. En gros, ça désigne dans le langage courant les gens qui vont sur le terrain. Ouais, et donc journaliste depuis plus de dix ans
À la base pour des grandes chaînes françaises en documentaires, des longs documentaires, beaucoup sur les zones de conflits la Syrie, l’Irak, le Yémen, l’Afghanistan. J’ai bossé aussi pas mal pour YouTube, pour d’autres médias en ligne. Et puis là, depuis quelques mois, je suis sur ma chaîne YouTube.
Yes, donc la chaine “Camille Reporter”. Tu dis que tu es reporter notamment sur les terrains de conflits. Oui. Mais nous, aujourd’hui, on veut parler du sabotage. Ouais. Tu as aussi couvert beaucoup de mouvements sociaux notamment. Oui, les Gilets jaunes, Nuit debout et les récentes luttes écolos en ce moment,
Qui sont de plus en plus présentes dans le paysage médiatique français, qui s’est intensifié quand même ces dernières années, et notamment les actes de sabotage autour de ça. Sur ta chaîne, on peut voir notamment une vidéo qui parle des méga-bassines. La bassine de Sainte-Soline,
Qui est une des 16 bassines contre lesquelles on résiste depuis six ans, dont on exige aujourd’hui que le gouvernement cesse le chantier. Le gouvernement s’obstine à vouloir imposer un projet immonde à un territoire qui n’en veut pas. Et puis on est pas les seuls à pas en vouloir.
C’est hyper impressionnant, il y a des milliers et des milliers de personnes. Il y a des gens qui vont arriver de partout en France et d’Europe pour dire non aux méga bassines, pour dire non à l’agro-industrie. On doit sortir des pesticides,
Se re-nourrir de nos terres, on doit arrêter de tuer nos sols. Et une vidéo qui parle de l’A69 dont vous avez vu des petits extraits au début. Donc là, on a des actes qu’on qualifie de sabotage par rapport à cette définition
Qu’on a donnée, qu’est-ce que t’as vu toi ? Tu en as vu ? Alors, c’est vrai que maintenant, dans les luttes écolos, on parle pas de “sabotage”, en fait le vocabulaire a vachement changé, on parle de “désarmement”.
En fait, comme si on s’attaquait à une arme climatique. C’est vraiment le discours des militants écolos qui a fait pas mal changer d’ailleurs le curseur sur l’acceptation des gens par rapport à ces actes-là, c’est ça qui est intéressant. On en reparlera juste après.
Donc à Sainte-Soline, il y en a eu, du désarmement, du sabotage, mais je ne l’ai pas vu de moi-même, de mes propres yeux. Mais à force d’être présente sur ces mouvements-là, les gens me font de plus en plus confiance. Et du coup, j’ai pu, pour l’A69
Suivre des actes de sabotage, notamment dans une cimenterie qui travaille pour la construction du chantier de l’autoroute A69. Donc on a fait brûler des bétonnières. Oui, et pas que, aussi il y a eu des matériaux de construction qui ont été cassés, des tags,
Des vitres brisées, des Algeco qui ont été abîmées, brûlés… Dans le but de ralentir le chantier donc, pas de “juste casser”. Non, voilà, il faut vraiment fait la différenciation entre les casseurs qu’on a pu voir aussi pendant très longtemps dans des manifestations
Ou lors parfois d’émeutes, où là, il y a vraiment de la casse qui peut être considérée comme gratuite parce que pas politique, pas avec un message derrière. Là, on est vraiment sur des actes hyper ciblés envers les entreprises qui participent à la construction
D’un chantier et on estime que ça peut ralentir le chantier. Après on en reparlera, ça c’est un peu théorique. Mais en tout cas il y a un message politique derrière ces actions-là. Ce qui était un des points très importants dans notre définition du sabotage.
Donc c’est pas les gars bourrés qui pissent ou qui s’ennuient et qui veulent s’amuser. Non, clairement pas. On est sur des actes qui ont été réfléchis vraiment en amont, en plus qui ont été cherchés, alors qu’ils sont évidemment hyper confidentiels et préparés
Entre guillemets un peu dans l’ombre avec des petits groupes et compagnie. Même si… On garde la dimension “petits groupes qui préparent l’action”. Bah, c’est connu : plus de gens sont au courant, plus on risque d’avoir des fuites et dans ce cas-là,
Que les sites soient protégés en amont et donc pas accessibles aux militants. Et puis on sait que dans ces moments-là, il y a forcément des indics, des gens qui donnent des informations à la police d’une manière ou d’une autre. Les militants qui participent acceptent de ne pas savoir ce qui va se passer.
Il n’y a que, vraiment quelques personnes… On ne sait même pas qui organise ça. Et une fois sur place, on suit un cortège avec une personne, on dit : là c’est le moment ou jamais, on y va. Ceux qui veulent saboter, c’est par ici.
Ceux qui veulent faire diversion, c’est par là. C’est fou, ça implique quand même une sacrée confiance. Ouais, mais il y a une légitimité qui s’est installée au fil des ans. Ce sont des gens qui organisent bien. Ils ont fait pas mal d’erreurs, mais ils apprennent de leurs erreurs
Et commencent à être de mieux en mieux organisés justement pour réussir à faire ces actes-là qui, attention, durent quelques minutes, quelques secondes en fait, parce qu’on sait très bien que les forces de l’ordre ont des hélicoptères partout, il y a des drones, les forces de l’ordre vont réagir très rapidement.
Donc c’est vraiment une action coup de poing très rapide. Et ensuite, les personnes se refondent dans le groupe. Et c’est qui ces gens d’ailleurs ? Toi t’as observé une évolution des profils de personnes qui ont recours au… on va dire “désarmement” du coup,
Qui a changé par rapport à quand tu as commencé il y a dix ans, et que tu couvrais ce genre de sujet ? Il y avait pas les mêmes luttes écolo il y a 10 ans. Déjà, parmi les militants écolos, la…
On va pas dire la “violence” parce que je suis pas d’accord. Pour moi, quand on s’attaque à des biens, à du matériel, et on s’attaque pas à des personnes, pour moi, ce n’est pas de la violence, mais en tout cas le sabotage était quand même mal vu,
Avait mauvaise réputation, parce qu’on estimait qu’il y avait un débat démocratique, qu’on pouvait faire des manifestations, faire des grèves de la faim… Ce qu’on disait déjà pour le 19ᵉ quoi. Ça a pas tant pris parce que il y a une bonne partie des militants
Qui considèrent que ça décrédibilise la cause. Exactement. Et ça, ça change ? C’est en train de changer. C’est vrai qu’avant on se disait : si on fait ça, il va y avoir une image médiatique négative et que la personne lambda derrière son écran de télévision
Va dire : “C’est quoi ces fous qui cassent tout ?” Mais là, on est arrivé à un point où quand j’interroge les gens sur place, on se rend compte déjà que ce sont des gens… C’est pas du tout des militants chevronnés. On n’est pas du tout sur des gens qui ont l’habitude
De participer à ces mouvements-là. Ce sont par exemple des locaux qui sont des professeurs, des architectes, des médecins, des étudiants, des retraités qui ont essayé tous les recours démocratiques possibles : les pétitions, les marches, les manifestations, les blocages et qui se rendent compte qu’en fait le débat démocratique
A été totalement rompu et que l’exécutif n’écoute pas la demande des gens, en fait. Alors attention, il y a toujours des gens qui sont pour ces projets-là aussi. Il y a des industriels qui sont pour, il y a toujours une partie de la population qui est pour aussi, attention.
Mais les gens ne se sentent plus écoutés. Je pense aussi que les nombreux 49-3 qu’il y a eu, successifs, la réforme des retraites aussi, je pense qu’il y a eu un gros coup au débat démocratique et les gens ne croient plus en ces méthodes-là.
Et on arrive à un stade où il n’y a que en cassant qu’on va nous écouter, en fait. Et c’est vrai qu’on entend souvent dans les commentateurs, dans les médias qui disent : “oui, c’était une manifestation pacifique, il y a juste un tout petit groupe d’une dizaine
D’individus violents qui s’en est pris à cette usine-là.” Ce n’est pas du tout comme ça. Quand j’assiste aux réunions, aux débats qu’il y a en interne, avant, pendant, après ou les débriefs, certes, il y a une grosse partie des gens qui ne veulent pas participer
Au sabotage parce qu’ils ont peur. Mais en fait les “non-violents” et “violents” se parlent et se tolèrent. On est d’accord que certaines personnes aillent faire du sabotage, on pense que c’est utile pour le mouvement. Eux ne veulent pas y participer, mais par contre, ils vont aller protéger,
Essayer de cacher et essayer de faire diversion pendant que d’autres vont saboter. Il y a des papis de 80 ans qui vont essayer de faire la diversion, par exemple. On n’est pas dans une opposition violents/non-violents, saboteurs/non-saboteurs. Ce sont des actions complémentaires.
Il y en a qui ont fait des recours juridiques, il y en a qui vont saboter, il y en a qui font diversion, il y en a qui organisent la bouffe il y en a qui organisent l’infirmerie et tous ces gens-là cohabitent et s’aiment bien.
C’est pas juste des individus qui viennent de nulle part, qui n’ont pas été invités, non ils sont invités, Ils sont là légitimement pour le mouvement. J’ai été très étonnée le soir avant la mobilisation, le jour de la mobilisation et de la marche à Sainte-Soline parce qu’en général, dans ces endroits-là,
Il peut y avoir un peu la fête, des gens qui boivent ou des choses comme ça. Là, à Sainte-Soline, le mot d’ordre c’était : tout le monde va se coucher parce que demain, c’est debout à 7h pour aller marcher.
Et à partir de 22h, plus personne ne faisait un bruit. Personne n’a bu une bière, il n’y avait pas de musique, il y avait pas d’enceinte, il y avait rien. Et tout le monde le lendemain matin, à 7h, était prêt, avec son sac à dos, à partir.
Et frais. – Et frais ! Et j’avais jamais vu ce niveau d’orga, de détermination, de sérieux par rapport à la lutte. Est-ce que par rapport aux définitions historiques qu’on a donné du sabotage et aux modalités selon lesquelles ça s’exprimait avant, tu vois d’autres évolutions, différences ou des points communs ?
Ça se ressemble beaucoup. De toute manière, c’était pas des luttes écolos dans le 19ᵉ, pas du tout, mais par contre, c’est le même sentiment d’impuissance, d’impuissance face à ça. Les gens ne veulent pas et préfèrent rester tranquillement chez eux. Ils veulent pas aller casser,
Ils préféreraient être écoutés ou qu’il y ait des référendums, et tout ça. Moi je pense que dans le 19ᵉ c’était déjà ça. Mais ça fait chier de faire ça. On ne nous écoute pas, donc… – Ça fait plaisir à personne. Clairement, les gens ils ont autre chose à faire.
Ils pensent juste que c’est encore une fois la seule manière d’envisager un monde viable plus tard, c’est de se mobiliser parce qu’on considère qu’il y a une urgence climatique, que nos dirigeants ne sont pas du tout à la hauteur
Face à ça et que la seule façon de se sortir de ce marasme écologique et de cette catastrophe qui a lieu, c’est de s’opposer physiquement à tout ça. Il y a la dimension d’être visible et de susciter la prise de conscience
De gens qui, peut-être n’y sont pas très sensibles ou passent à côté du truc. Ou juste, ils sont pas courant. – Ou sont pas au courant, carrément. Avant qu’il y ait eu les actes de sabotage et la manifestation de Sainte-Soline, je pense que très peu de gens,
Même pas 1% de la population française, était au courant de ce projet de méga-bassines. Moi je l’était pas, clairement. Moi j’en ai vraiment entendu parler lors de la première manifestation de Sainte-Soline qui avait déjà un peu dégénéré. Sinon avant, ce sont des projets qui sont complètement inconnus, comme l’A69.
Après, il y a le rôle des réseaux sociaux qui est hyper important. C’est la différence avec le 19ᵉ siècle, où là, les actes de sabotage peuvent être filmés par les personnes qui les pratiquent elles-mêmes, sans être encombrées, avec des journalistes qu’on ne connaît pas vraiment. Oui, on peut s’exprimer soi-même directement
Via les réseaux sociaux. Et maîtriser le message. – Exactement. Et de voir ça, évidemment, ça peut donner des idées à d’autres personnes. Après, t’avais déjà autrefois des trucs par rapport à ce qu’on imprimait, les tracts qu’on distribuait, les affiches… C’est un peu comme les ancêtres des réseaux sociaux.
Mais la diffusion est bien moins large qu’une vidéo de réseaux sociaux aujourd’hui, + ça supposait de savoir lire, donc c’était quand même que pour un certain public quoi. Oui, et puis là, c’est transnational. – Oui aussi ! Je pense que la volonté aujourd’hui du sabotage, c’est plutôt :
“Attention, on est là, on ne vous laissera jamais tranquille, ayez peur, vous êtes sous pression. – On lâche pas. On lâchera pas. Et je pense qu’on en fait les frais, c’est pas tant les frais de réparation parce que les frais de réparation, ils sont pris en charge par les assurances.
Ce sont les frais de sécurisation qui vont avoir lieu par la suite parce que du coup ils ont peur. Comme pour Sainte-Soline, que les pompes soient à nouveau démontées, que les bâches soient coupées, et donc du coup, ils sont obligés d’engager des gens pour sécuriser, de mettre des grillages partout.
C’est plutôt un sentiment de “on ne vous oublie pas, et vous ne pourrez pas continuer tranquillement.” Oui, et ça reste aussi toujours un mode d’action des faibles, entre guillemets, contre les forts. En fait, les militants n’ont pas une armée de CRS à disposition donc c’est un des moyens d’expression
Qu’il peut y avoir. Bon, après au 19ᵉ, on envoyait l’armée, il y a eu des morts et tout ça. C’est extrêmement rare en France, pour le moment on se limite aux gendarmes. Mais il y a de fortes violences quand même. Il y a des grosses violences.
Les flash-balls ça fait mal, quand même. Comme on a vu à Sainte-Soline, il y a quand même des gendarmes en quads qui vont utiliser des flash-balls, ce qui est complètement illégal. Les mecs ont été relaxés en disant que c’était de la légitime défense
Alors que bon, ça c’est très discutable quand même. D’ailleurs, juste pour revenir sur Sainte-Soline, juste qu’on remette en contexte quand même, vu le dispositif policier qui a été mis autour de cette bassine alors que ce n’était qu’un trou. Ce n’est pas une centrale nucléaire, c’est pas une usine, c’est pas…
C’est un trou. Quel danger de le prendre… Zéro ! En fait, s’il n’y avait pas eu d’action policière qu’est-ce qui se serait passé ? S’il n’y avait pas eu de gendarme sur place ? Les militants seraient allés dans ce trou. Ils auraient mis une banderole,
Ils auraient fait une photo et seraient repartis. Personne n’aurait entendu parler des méga-bassines. Personne. Donc en fait, c’est vraiment bête de la part de l’exécutif, je trouve ça hyper contreproductif d’avoir ce genre de répression parce qu’en fait ça fait parler de la lutte.
Il y a un côté quand même, vraiment : c’est l’autorité, point barre. On supporte pas que vous vous opposiez à l’autorité, quel que soit notre avis, surtout, on ne changera pas d’avis. Non. Alors la justice, par contre, a donné raison aux militants.
C’est-à-dire que là, il y a eu quinze projets de méga-bassines qui ont été annulés. Mais la justice, c’est pas le gouvernement. Non, mais heureusement la justice, en ce moment est de plus en plus, en faveur de ces actions-là. Alors évidemment, ils vont condamner.
Mais les peines restent quand même “OK”. C’est pas des grosses peines, en tout cas c’est plus symbolique qu’autre chose. Il n’y a pas eu de vrai… Même, on a vu que le Conseil d’État a annulé la dissolution des Soulèvements de la Terre.
On se rend bien compte quand même que les actions qui sont engendrées commencent, même auprès des gens qui sont dans les hautes sphères, à devenir légitimes. Mais il y a toujours cette répression policière qui à mon avis, fait plus parler de la cause écolo qu’autre chose.
Les moyens de l’anti-terrorisme sont utilisés aussi pour ficher ces personnes-là et dans l’imaginaire des gens, maintenant, les militants écolos sont fichés S à côté de djihadistes. Alors, c’est pas exactement les mêmes fiches S, mais dans l’imaginaire collectif, ce sont des djihadistes contre le climat.
Il y a des méthodes complètement hallucinantes contre des militants à Bure, contre le projet d’enfouissement des déchets nucléaires où il y avait plus de 85 000 heures d’écoute. Ils mettaient des balises GPS sous les véhicules des gens et tout… Et c’était Hervé qui habitait dans le coin,
Qui était surveillé comme ça, comme si il préparait un attentat. On a l’impression qu’il y a une surdimension par rapport à la dangerosité que ça représente, qui est zéro, en fait. Ça correspond vraiment totalement à ce qu’on a dit pour le 19ᵉ, et 20ᵉ aussi.
L’État a fait : “Oh non, mon dieu, vite !”. On fait les carnets B, c’est la même, c’est ouf. En fait, ça fait quand même vraiment trembler les puissants, régulièrement. Même des toutes petites actions, finalement, ça les fait bien chier du cul quand même.
Bah ouais, ça leur fait peur, justement, qu’une majorité des gens se rallient à la cause, je pense, d’une manière ou d’une autre, donc ils essaient de nous discréditer au maximum pour faire peur aux gens et qu’ils ne se joignent pas à ce mouvement-là, parce que…
Rien qu’en ça, ça marche finalement. Oui ça marche. Bien sûr que ça marche. Et là, en ce moment, on est vraiment sur une manipulation médiatique extrêmement grave. Parce que quand Gérald Darmanin parle d’écoterrorisme, c’est vraiment pas anodin. Ouais, le terme est fou. Et ça, c’est hyper grave.
Je pense que c’est vraiment indécent envers les vraies victimes du terrorisme, déjà, de parler de ça, je trouve ça hyper déplacé pour des gens qui ont vécu le Bataclan et les terrasses, de parler d’écoterroristes. C’est hyper déplacé. Il y a jamais eu de mort, attention.
Alors, je ne dis pas qu’il y a que des enfants de cœur, il y a des gendarmes qui sont blessés aussi parfois, lors d’altercations, mais ce n’est pas le but. Le but, c’est pas de casser du gendarme. Le but, c’est de casser les infrastructures.
Donc si les gendarmes se mettent au milieu, il peut y avoir des affrontements. Ça c’est la vérité. Mais ce n’est pas le mot d’ordre. Le mot d’ordre, c’est plutôt d’arrêter le chantier, de l’occuper, de le casser, de créer une ZAD. Et le terrorisme, c’est pas ça.
Et d’ailleurs, on l’a vu parce qu’il y a une grosse action sur l’usine Lafarge il y a quelques mois à côté de Marseille, où vraiment, il y a eu les White Blocks, donc ces gens qui sont tous habillés en blanc pour pouvoir
Se fondre dans la masse plus rapidement et protéger ceux qui font du sabotage. Là vraiment il a parlé : “C’est de l’écoterrorisme” pour terroriser tout le monde, mais les militants, quans ils sont arrivés sur le chantier, ils ont été voir les employés en disant
Ne vous inquiétez pas, on ne s’attaquera jamais à vous. On est là pour casser le matériel. Ne paniquez pas, on n’est pas du tout là pour s’attaquer à des personnes. Et d’ailleurs, les employés en témoignent. Ils n’ont eu aucun souci.
Ils ont appelé la police, évidemment, mais les mecs ont été tellement rapides. Il y a eu des millions d’euros de dégâts, et je trouve que ce qui est vraiment hallucinant, c’est que les directeurs de com de Lafarge comme le ministre de l’Intérieur parlent de terroristes.
Alors que Lafarge a été condamné pour avoir financé le terrorisme en Syrie. Oui, et s’il y a bien des écoterroristes, le mot écoterroriste devrait désigner juste les gens qui crament la planète. C’est ça le type de terrorisme que c’est. C’est ça qui bute les vies, quoi, au final.
C’est quand même incroyablement ironique qu’il ose utiliser ce terme. Surtout Lafarge qui a financé l’État islamique en Syrie et qui a été condamné à des millions voir des milliards d’euros d’amende pour avoir donné de l’argent à des vrais terroristes, qui vraiment terrorisaient les gens, tuaient, décapitaient, enfin des trucs horribles.
C’est hyper important parce qu’il manipule médiatiquement l’image de ces militants-là en essayant de faire peur à Micheline derrière à sa télévision, en disant : “Attention, il faut qu’on emploie des moyens de répression très importants pour stopper ces militants parce qu’ils vont vous faire du mal,
Ils vont s’attaquer à vous, à vos biens, à vos maisons.” Ils parlent de cellule d’ultra-gauche ultra organisée qui envoie des drones. Mais c’est pas du tout ça. On parle de monsieur et madame lambda, qui juste voilà, essaient de faire des actions pour essayer de sauver la planète.
On n’est pas sur des cellules terroristes organisées dans l’ombre à acheter des armes, pareil, à chaque manifestation comme ça, il dit : On a arrêté des mecs avec des armes dans le coffre, et tout. Et tu peux être sûr que si tu vas vérifier l’information
Après qu’elle est passée en justice, que ces gens ont été passés en justice, c’était faux, ils n’avaient pas d’arme avec eux. Alors des fois, c’était un pistolet à bille, des fois c’est des gens qui n’avaient rien à voir avec la manifestation
Qui étaitent en train de partir à la chasse, mais qu’on a assimilé à cette manifestation pour faire peur au public qui ne se renseigne pas là-dessus. Et qui écoute juste certains médias, qui redonnent la parole de Ministre de l’Intérieur, sans même la vérifier, et c’est grave.
Total trait commun avec ce qu’on disait sur comment déjà au 19ᵉ, le pouvoir fait toute une montagne des actions ou pour la mobilisation pour la Première Guerre mondiale, il faudrait surtout pas que les gens ne veuillent pas se mobiliser, ça serait vraiment très effrayant.
Et toi, tu trouves que c’est légitime du coup, le sabotage ? Est-ce que c’est légitime ? En tant que journaliste, normalement je suis censée donner mon avis. T’es pas obligée de répondre si tu veux pas. Non mais le problème, c’est que faire d’autre ?
C’est ça la vraie question, au bout d’un moment. T’as trop bien répondu : j’ai pas répondu mais je poserai une autre question à la place. Qu’est-ce qu’on fait du coup ? Ben oui, parce que le problème, c’est que si t’as des centaines de scientifiques
Qui se mettent d’accord en disant qu’il ne faut pas faire ce projet-là, qu’il y a plein de locaux, des gens qui habitent dans le coin, qui disent : “on n’en veut pas de ce projet-là” et pourtant ils le font. Donc au bout d’un moment, qu’est-ce qu’on fait ?
Qu’est-ce qu’on fait pour que tout ne se casse pas la gueule et puis que nous, ou même les générations futures, aient le moindre espoir de pouvoir survivre sur cette planète. Aucun engagement n’est respecté. Les accords de Paris sont pas respectés.
Là encore, ils viennent de ré-autoriser l’usage de pesticides, de machin… Au bout d’un moment, qu’est-ce qu’il faut faire ? Qu’est-ce qu’il faut faire pour que le massacre s’arrête ? Et si il y a autre chose que le sabotage, ça serait génial.
Mais pour le moment en tout cas, les militants, ils ont pas vraiment trouvé d’autres solutions. Et on les prend plus au sérieux quand ça sabote. Enfin, ils ont essayé toutes les autres solutions, surtout. Oui bien sûr. Donc on en arrive à la fin d’un cycle
Où forcément les gens passent à l’action. Et l’Histoire le montre toujours, au bout d’un moment, quand t’écoutes pas les gens, ils passent à l’action. OK. Trop bien. Non mais, en même temps… Et bon dimanche ! C’est important…
Et toi, du coup, Camille, t’as des actus à nous partager? Ou que tu as envie de nous partager ? Ben là, je reviens, il y a une dizaine de jours d’Israël-Palestine. Encore un sujet…! Un sujet gai, exactement. Ça donne le moral.
Pour lier à notre sujet, t’as constaté des trucs de sabotage là-bas, tu me disais ? Oui, j’étais étonnée. Alors, de violence… Oui, bah ça, malheureusement… Mais de sabotage précisément ? Ben oui, et c’est quelque chose que je n’avais encore jamais vu sur le terrain.
En fait, j’étais en Cisjordanie, donc à Jénine, qui est un peu le haut lieu de la résistance palestinienne, on l’appelle la petite Gaza. Bref, c’est un lieu où il y a énormément de groupes armés palestiniens et des incursions de l’armée israélienne plusieurs fois par semaine, avec des morts, des blessés.
Putain mais c’est l’enfer. C’est très dur de filmer, je suis désolée parce qu’il faut… Et en fait, pendant la nuit, je dormais dans une petite chambre dans le camp de réfugiés de Jénine et j’entendais des bulldozers blindés de l’armée israélienne,
C’est des énormes bulldozers blindés qui raclaient le sol, raclaient les routes. Bon, je me suis dit, ils ont du détecter un engin explosif, je ne sais pas, par satellite, donc ils essayent de le déterrer. Et en fait, le lendemain, en me réveillant, en sortant, toutes les routes avaient
Complètement explosé, toutes les routes principales du camp. Et en fait, quand j’ai demandé aux gens, en fait c’est quelque chose de très habituel en Cisjordanie. Il y a vraiment un sabotage de l’armée israélienne, des services publics palestiniens, des infrastructures publiques, donc l’eau, l’électricité, les routes,
Les choses de base comme ça qu’on vient détruire un peu gratuitement. Mais pour un peu démoraliser les gens. Je pense aussi peut être essayer de… que la population se retourne un peu contre les groupes armés, en disant : c’est votre faute si les infrastructures sont cassées.
On est dans le truc inverse, pour le coup, du faible sur le fort. Là clairement, c’est le fort qui vient écrabouiller. Mais en effet, en pratiquant une forme de sabotage. Ben oui, c’est du sabotage d’infrastructures publiques. Après, est-ce que c’est illégal ou pas ?
Bah du coup, la conclusion de la vidéo, c’est vraiment que ça dépend de quel côté on… On se place, oui. En particulier quand c’est du sabotage militaire d’une nation contre une autre. En fait, ça dérangeait les populations civiles plus qu’autre chose. Plus que les groupes armés.
Je pense, c’est une supposition que c’est tenter de mettre en opposition la population locale aux groupes armés en disant : c’est à cause de vous qu’ils viennent faire les incursions. Mais ça marche pas du tout. Ils sont extrêmement soutenus par la population, parce qu’Israël
Depuis 70 ans, pratique une politique ségrégationniste sur les gens et les gens sont humiliés constamment, donc pour eux, ils se raccrochent à leurs groupes armés, parce que c’est leur armée légitime de défense. C’est ça, c’est de l’humiliation. Oui c’est de l’humiliation, c’est ça. Oui, c’est un combat psychologique autant que physique.
Oui. Bon, attention, de l’autre côté aussi ils le pratiquent. On parle de cet exemple. Là c’est quelque chose que j’ai vu de moi-même. Parce qu’évidemment que les Palestiniens sabotent, font plein d’autres choses ou essaient de lutter contre l’État d’Israël.
Mais ça, c’est ce que j’ai pu constater de mes propos et c’est pour ça que j’en parle. Donc dans tes actus, t’étais en Palestine… Israël-Palestine, exactement. J’ai fait juste avant les reportages sur l’A69 et je vais lancer une émission de podcast aussi.
Ça a un peu rien à voir, un podcast filmé. Je pense qu’il va être vachement sur les femmes et notamment le premier épisode qui va être “meuf, mère et reporter”. Je vais inviter trois copines à moi qui sont grand reporter, qui partent tout le temps sur le terrain
Et qui ont des enfants. Vous allez pouvoir répondre à plein de questions, j’imagine, qu’on n’a pas traitées là parce qu’il y avait déjà 1000 trucs. – Oui – Des questions que les gens se posent… “Mais comment tu fais quand t’as un enfant pour aller sur le terrain ?”
Il y a des questions qu’on se pose nous-mêmes aussi. Parce que c’est vrai qu’on est d’une génération, moi, je sais que je suis comme ça, des fois, tu te culpabilises, tu te dis : comment je gère avec mon gamin ? Est-ce que je pars trop longtemps, pas assez longtemps ?
Est-ce que machin et tout… Et il n’y a aucune ressource sur Internet, d’habitude t’as des forums entre daronnes où les meufs parlent, on fait comme-ci… ou d’ailleurs, des darons aussi, et en fait, il y a tellement peu de femmes qui partent longtemps sur le terrain pour leur boulot.
Attention, y’a les journalistes, les humanitaires, des choses comme ça, j’en connais pas mal, mais il y a aucune ressource. Tu vas sur des forums, la meuf elle dit : “Je suis partie 24h, est-ce que mon bébé va survivre ?”
Et nous on parle de semaines, de mois, sur des terrains de conflit, avec des problématiques très particulières parce que nos enfants, du coup, voient les actualités, voient où on part, ils ont peur. Il y a une peur de mourir et laisser son enfant orphelin, des choses comme ça.
Le fait de partir sur le terrain quand tu es enceinte, à quel point c’est toléré ou pas… Et des remarques que tu peux avoir sur le terrain aussi, en tant que mère, parce que t’es classifiée dans une autre catégorie
T’es plus vraiment une femme, t’es une mère, au bout d’un moment. Comme ça vous allez pouvoir traiter ces sujets-là qui sont je pense, des questions que les gens se seront posées en entendant parler de ton métier, vu que tu es une femme, mais que peut-être, ton collègue masculin
Il ne se serait pas posé, ces questions ? – Absolument pas. – Mais du coup, vous allez y répondre, voilà. Il y a toujours le côté héroïque du mec qui part sur le terrain, en mission, le marin qui part…
Toute l’histoire de l’homme qui part… et qui revient de la guerre. Ce qui est vraiment très nouveau pour les femmes. – Il y a pas d’imaginaire pour les femmes. – Non. Ok, trop bien. – Merci beaucoup de m’avoir invité ! – Avec plaisir.
Ça m’a beaucoup intéressé de voir toute cette histoire du sabotage détaillée Bah trop cool ! L’Histoire ça permet de comprendre le contexte d’aujourd’hui… Attendez, ne partez pas ! Car c’est le moment pour moi de vous parler d’un des placements de produit les plus cools qu’on ait jamais eu.
Il s’agit de ce paquet de cartes “Révolution” avec le sous-titre “Liberté, Égalité, carte à jouer”. Alors vous vous dites : “Ok, un paquet de cartes, super Manon !”. Eh bien figurez-vous que c’est un paquet de cartes, justement, saboté. Hé oui, parce que si vous regardez bien le jeu,
Petite pause, je sors les cartes, vous avez les numéros classiques, mais les figures monarchistes ont été remplacées par des figures révolutionnaires. Oui, car ce jeu a été conçu pendant la révolution, il y a exactement 230 ans, en 1793. En gros, c’est un jeu sans culotte.
Et c’est Virgil, un guide passionné, qui est tombé dessus dans un musée et qui a dit : “Mais c’est trop bien, je vais le rééditer.” Il l’a un petit peu adapté pour qu’ils correspondent à nos besoins de jeu aujourd’hui. Je vais vous le présenter.
Dans ce jeu, pas de rois, mais des génies, pas de dame, mais des libertés, pas de vallée, mais des égalités. Et si vous vous dites “oui, mais on a pas l’habitude, on va se mélanger…”. Honnêtement, en un coup, vous avez tout capté. C’est très simple.
Voilà le génie, c’est celui qui est au dessus comme le roi. La liberté, c’est un nom féminin, comme la dame. Et l’égalité, c’est ce qui nous met toutes et tous au même niveau zéro, celui du valet. Alors sachez que moi qui ai fait ma thèse sur les images
Et les symboles politiques, je suis comblée en observant ces nouvelles figures, les attributs qu’elles ont, donc les objets, les symboles qui les accompagnent qui ont une signification, les libertés, par exemple, elles ont toutes le bonnet rouge des esclaves affranchis romains, celui qu’après la Révolution, on a fait porter à Marianne.
La liberté de mariage, elle a un mât avec écrit “divorce” juste sous le bonnet de liberté. Ça me fait trop rire. Il y a des figures trop stylées comme la liberté de couleurs. Hé oui, le jeu, il a été conçu à la révolution. On est avant Napoléon qui a rétabli l’esclavage.
Gros bâtard. Cheh Ridley Scott. Il y a la liberté de la presse, le génie du commerce, car n’oublions pas que la révolution est bourgeoise avant tout. L’égalité de devoir, c’est-à-dire faire la guerre, les mecs. Bref, ce jeu, il est fascinant parce qu’il est vraiment
Le reflet de l’idéologie de l’époque. Et pour qu’il soit bien jouable, Virgile a ajouté l’équivalent des jokers : le mat au roi. En gros, ce sont les bouffons du roi qui ont pris le pouvoir maintenant qu’il est destitué. Bref, c’est un petit jeu indé que je suis trop contente de vous partager.
En plus, avec un code de réduc de 15%, le code : AUTREHISTOIRE. Vous avez le lien en description. Vous pouvez également acheter le paquet avec un livre qui raconte l’histoire de la révolution, à travers les douze figures du jeu. Avec la réduc, ça coûte 20 €. Franchement, ça fait un super cadeau de Noël
Et en plus, c’est du papier responsable fait dans une imprimerie française. Bref, allez soutenir ce super projet indé. Et vous pouvez aussi suivre le compte insta @revolutiondeparis. Je vous le mets en description pareil Et moi, je dis merci à Virgile pour ce travail,
Et pour le soutien qu’il nous a apporté à moi et mon équipe avec cette sponso. Voilà… Elle est trop bien cette sponso. C’est la fin de la vidéo, merci beaucoup de l’avoir suivie jusqu’ici. N’hésitez pas à aller voir la chaîne de Camille, c’est trop bien.
Il y a plein de sujets d’ailleurs très variés, parce que là, on a parlé de terrains de conflits et de mouvements sociaux, d’écologie. Mais il y a aussi un super documentaire sur une jeune fille sourde. Je me souviens d’un sujet sur une travailleuse du sexe. Tout à fait. La colline du crack.
Vous avez peut-être vu cette vidéo qui avait beaucoup tourné sur Internet et bien Camille vous raconte aussi les coulisses. Bref, donc plein de trucs chanmé à aller voir. Si vous voulez soutenir la lutte contre l’A69, on ne peut pas tous et toutes aller manifester,
Par contre, il y a une pétition à signer, c’est toujours quelque chose, donc je vous la mets en description également pour protester contre cette construction. Même si, comme on a vu, les voix démocratiques ne sont pas entendues, ce n’est pas pour autant qu’il faut arrêter de les utiliser.
Il faut tout faire. Et si vous avez estimé que, par exemple, dans ce cas, le sabotage était légitime, même si on n’a pas essayé de vous orienter (si totalement). Bref, ok. Je pense que je fais pas semblant, vous avez bien compris de quel côté de la dynamique je me trouve.
Je veux pas faire semblant. Vous vous faites votre propre avis, avec les éléments qu’on a donné, mais si vous voulez soutenir le mouvement, il y a aussi une caisse de solidarité pour les militantes et militants pour notamment les frais judiciaires pour le matériel qu’il faut remplacer. – Confisqué…
Les frais de déplacement, etc… Donc pareil, vous avez ça en description également. Et moi je vous dis à très vite pour une autre histoire. – Merci beaucoup Camille ! – Merci Manon ! Allez bisous ! *rot* Pardon. C’est bon je l’ai !
C’est le premier procès et il devrait y en avoir une quinzaine, une… Ahhh on est près de Toulouse là, ça y est, ça s’enteng. C’est mon pays.
21 Comments
Petite précision parce que je vois des commentaires réguliers sur ça : quand on parle de la distinction entre la soit disant bonne casse et la soir disant mauvaise, ça n'est pas un jugement de valeur, simplement une observation des modifications des actions et des profils qui les appliquent qui ont interloqué Camille et qui a été son point de départ pour travailler sur le sujet mais on n'a pas dit que c'était mieux ou moins bien que ce soit la bourgeoisie, les intellos et monsieur madame tout le monde qui s'y mettent, ni que les autres types de casse et le pillage ne sont pas politiques, en tout cas si ça rend ça ce n'est pas notre intention, donc je le reprécise, il s'agit juste d'observer des changements sur le terrain.
Waw je tombe par hasard sur la vidéo juste après avoir fini Adreas Malm merci beaucoup !
Manon, Camille et un piti bout de mon travail : parfaite combinaison ahah 😁 (et sinon, vidéo géniale ! sujet génial ! bravo les meufs)
Un petit point supp sur l'histoire du sabotage, mais rien d'important. Simplement, le sabotage pouvez dans son ancienne définition comme tu dis, prendre des formes moins matériel a ses débuts et notamment quand les horloges ont vu le jour dans les usines (je prends cette exemple mais yen a d'autres). Par exemple, les ouvriers avez tendances a bouger les aiguilles (car a l'époque c'était assez simpne), pour rallonger les temps de pauses, finir plus tôt, couvrir des camarades en retards etc… Action qui avait pour finalité de ralentir la production, notion qui a vu vraiment le jour également avec l'arrivé de l'horloge, car on pouvait enfin mesurer de manières plus précise le temps de profuctions d'un ouvrier et donc en mesurer son efficacité. Un réel fardeau pour les ouvriers de l'époque qui pouvez souffler de moins en moins. (On ne parlera pas de toute les lois autoritaires qui sont apparu après l'arriver du "temps" dans les usines, notamment en Anglettere ! (CF: "le temps des ouvriers" documentaire Arte.)).
Pourrais-tu traiter le sujet de la disparition de la classe moyenne dans certains pays ?
referencement.
Trop bien le jeu de carte j'vais surement buy.
Au lieu de se tirer dans les pattes, il faut emmerder ceux qui ont le pouvoir : les super riches financiers. Bloquer les aéroports des jets privés, les grands restaurants, leurs propriétés, les ministères, les ports de grands yachts etc
Autour de José Bové il y avait déjà eu un paquet de procès.
Et avec kes zadistes aussi j'imagine ?
Alfred Nobel n'était pas un "marchand d'armes".
La dynamite n'est pas une arme. Ça peit servir à faore sauter des ponts ou des voies ferrées, dans le pire des cas quand l'ennemi passe histoire de faire des dégâts et des morts en plus.
Mais ça ne peut pas servir de poudre pour les canons ou les fusils par exemple.
Après on oeut aussi détruire un pont avec une pioche. Les marchands de pioches sont-ils des marchands d'armes ?
La dynamite ça à surtout servi dans kes mines, ou dans le génie civil pour creuser des tunnels, préparer les terrains pour faire des barrages, des écluses, des routes, des canaux, etc…
Un truc que les marxistes devraient apprécier en fait. Un moyen de realiser en quelques instants le travail de dizaines d'hommes pendants des jours.
Et avant la dynamite on faisait ça avec de la nitro glycérine…
Un explosif instable et très dangereux, qui avait tendance à arracher kes mains des artificiers, ou à tuer des dizaines de gens selon la gravité de l'accident…
Oui parce-que le contexte autour de linvention est un petit important.
Nobel à inventé sa dynamite, ainsi qu'un tas de règles de sécurité autour des manipulations d'explosifs et du travail dans les ateliers de fabrication. Après que sont frère se soit fait exploser avec plusieurs ouvriers à cause d'une erreur de manipulation dans leur ateliers de fabrication d'explosifs (qui n'étaient PAS des explosifs militaires)
Coucou, merci pour cette vidéo qui était passionante ! Est-ce qu'il serait possible de rajouter des sous titres pour les personnes malentendantes stp? 🙏
❤❤❤
Les gendarmes sont des fragiles, ils se cassent un ongle , 15 jours d ' ITT 😅
Quel hasard! Je viens juste de lire un texte écrit par Elizabeth Gurley Flynn sur le sujet qui s’appelle simplement “sabotage”
Je salue les références et autres trouvailles, merci pour avoir relevé tout ceci ! En revanche, selon moi il y a un problème dans cette conclusion, il y a des choses inexactes, à moins que je n'ai pas compris tous les détails.
– Anderton reste plus au moins debout mais utilise quand même ses mains à la fin par exemple, rien que pour enlever sa capuche par exemple. On le voit aussi se déplacer, toucher son écouteur entre autres. Il n'est donc pas tout à fait immobile.
– Le film a des facilités scénaristiques (l'opération de l'œil d'Anderton, autant qu'il existe encore un trafiquant de la sorte ou le fait qu'il s'en sorte in extremis), donc ça ne me gêne pas autant que son ex puisse le sauver. Elle est décrite par Lamar de femme non ordinaire. Elle peut utiliser de plus la preuve qu'elle a que John a également, elle a un pistolet… John a pu entrer dans un des centres les plus sécurisés du monde facilement aussi. Et il est normal de parfois avoir des raccourcis, surtout dans un long film.
– Agatha dit qu'Anderton n'a pas de rapport minoritaire… Mais il est dit à plusieurs reprises, surtout dès qu'on doute du système d'ailleurs, que Precrime n'est pas infaillible. De plus, le titre peut très bien jouer sur l'ambiguïté (peut-on être innocent d'un crime prédestiné) sans que l'on parle de John. Donc dire que le titre est mensonger, non.
– Éventuellement le soleil de fin est placé étrangement… J'avais pensé à un faux raccord. Ça peut arriver. Pour moi le malaise de fin montre surtout que les Precogs… ne sont pas vraiment libres. Ils sont toujours entourés d'eau, et Agatha semble regarder le caméra, comme si qqn les observait encore. (Et je vais loin, mais ils ont repris quelques unes de ces idées pour la série).
– Et surtout, faux, la vision d'Agatha sur Lamar existe, le film la mentionne, en filigrane, mais quand même. Enfin, Spielberg n'est pas Dick, comme l'adaptation de Next n'est pas une vision fidèle à celle de Dick. Il dit ce qu'il veut de l'univers de Dick, comme il a déjà changé des détails majeurs du livre d'ailleurs.
Si vous dîtes être des résistants alors il y en a qui diront de vous que vous êtes des terroristes. Donc faire du sabotage ce sera comme perpétrer un attentat.
Au final tous dépendra de qui gagnera.
Et vous ? Terroriste ou résistant ? 🤫
Trop bien le montage !!
Non le sabotage n'est PAS légitime même si la cause est légitime. Ici le parti est pris (la cause est légitime, c'est dit dès le début) donc c'est un simulacre de questionnement pour justifier une dérive anarchiste. Commencer à saboter c'est la fin de la démocratie et de l'organisation de la société. Le seul moment où cela a historiquement été reconnu comme "justifié" c'était pendant la résistance. Je suis personnellement convaincu que nous devons beaucoup plus résolument faire évoluer nos politiques en matière d'ecologie mais le faire ainsi c'est renier toutes nos institutions et aussi in fine monter les gens les uns contre les autres en perdant au passage en crédibilité.
Si les décisions politiques ne vous plaisent pas il faut changer d'élus dans votre pays… Ou changer de pays. Si je sabotais chaque fois que qqch ne me plait pas j'arrêterais de payer le restau quand j'ai mal mangé pour trop cher. Et je vais aussi aller crever les pneus du gros 4/4 de mon voisin car il n'est passé à la Zoé alors que je suis passé au vélo pour aller au boulot. Et assassiner un criminel car j'aurai trouvé la justice trop tendre avec lui… Je ne suis pas d'accord avec l'élection de Biden, alors je prends d'assaut le capitole… Sauf que non. Car si on se fait justice soi même et bien c'est le début de la fin de la vie en "société". Je pense vraiment que certaines causes sont mal défendues par nos politiques et je comprends que cela génère de la frustration, que je partage d'ailleurs sur la question de cet autoroute dont la construction est anachronique, mais pour moi on ne devrait pas justifier ces actions car mêmes celles qui semblent bénignes ne le sont pas car finissent le plus souvent par entraîner une dérive plus violente.
Avant de parler de sabotage, comme si c'était l'ultime réponse à une lutte, il serait bon de souligner que plusieurs députés EELV et Cie siègent à l'assemblées depuis maintenant 2017 et que donc ils peuvent maintenant porter leurs messages de façon non violente et de manière démocratique.
Mais au lieu de ça, ils préfèrent faire les clowns, se ridiculiser quand ils interviennent…..et toujours dans l'attaque et de façon violente dans les mots (je citerais Sandrine Rousseau comme exemple)…..et après ça, on doit les prendre aux sérieux ???????
S'ils étaient plus sérieux et plus cohérents dans leurs propositions (au lieu d'être dans cette écologie punitive et agressive), ils auraient bien plus de monde derrières eux. Mais malheureusement, ils font de leurs militants des casseurs haineux, anti polices, anti tout en fait…….et là, on en arrive à décortiquer le mot "Sabotage" !!!! la France va mal !!!! très mal !!!!
Merci pour cette vidéo! J'aime bien le passage vers 26:44 où elle met en avant que l'interprétation médiatique des "bon.nes militant.es pacifiques vs petit groupe violent méchant" est souvent peu pertinente! J'ai l'impression que c'est pareil dans beaucoup de mouvements sociaux en général et il ne faut pas tomber dans ce piège (combien de fois j'ai entendu des mecs dire avec assurance que le feminisme c'est ok mais pas les "féminazies extrêmes" qui vont trop loin)
(aucun rapport avec la vidéo, je précise)
Manon qui perd ses phones hahaha!
(50 nuances de grecs)
Hé toi, t'as bien suivi ? Dis-moi, tu as compris pourquoi le premier procès d'un militant écologiste a eu lieu le 23 novembre et pourquoi il a été en partie relaxé ?
Je te conseille le Reflǝct de cette vidéo -> 5BOFKixm-AQ
Bonne réflection !
(P.S. Vidéo vraiment très bien faite, merci !)