Enseignement 2023-2024 : Politiques de l’amour
Cours du 23 janvier 2023 : Politiques de l’amour (3)
Professeur : Patrick Boucheron
Chaire Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle
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[Musique] [Musique] bien bonjour à toutes bonjour à tous Je ne parlerai pas de l’amour de Dieu c’est sur cette bonne résolution que commençait l’article fameux de George dub que sait-on de l’amour en France au 12e siècle mais le mois de janvier s’achève et on sait bien ce qu’il advient généralement des bonnes
Résolutions je ne parlerai pas de l’amour de Dieu et pourtant comment ne pas en parler ah bah ça a pas tenu longtemps cette affaire dès la deuxème phrase il se renit puis vient la troisième je ne parlerai pas de l’amour de Dieu et pourtant comment ne pas en parler des raisons impérieuses devraient
Contraindre de commencer par là et suis une page sur la place centrale de la Caritas dans la pensée de l’église impérieuse en effet et vient ensuite un nouveau revirement mais je ne parlerai pas de l’amour de Dieu et pour un sérieux motif parce que je ne suis pas
Historien de la théologie ni de la morale voyez comment ces sujets continuent d’une certaine manière à produire leur effet d’intimidation je suis historien de la société féodale je cherche à comprendre comment cette société fonctionnait alors évidemment c’est intéressant cette justification ça nous permet de suivre la je dirais la
Tectonique des intérêts de George dub qui l’ont mené de l’histoire de l’agriculture à l’histoire de des généalogies nobles puis au politique et pratique matrimonial jusqu’à celle de la vie privée et comment cette pente l’a mené à l’histoire des femmes confluant vers les trois volumes paraissant la dernière
Année de sa vie sous le titre dame du 12e siècle mais comment tout cela ne l’a jamais en somme diverti de ce qui fut sans doute la plus constante et pour le coup la plus impérieuse de ces questions d’historien des sociétés médiévale comment tient la société féodale où sont les assises de sa
Puissance sauf que dub était attentif à ce qu’il a appelé dans sa leçon inaugurale les désajustement entre les structures matérielles et les structures idéales idéelles ce qui fait que que d’une certaine manière il n’a jamais voulu être au centre de du métier il voulait travailler sur la diversité des
Allures d’un temps social dont il aimait dire la consistance comme un enchevêtrement d’articulation et de résonance d’autres aujourd’hui à cette question mais comment tient la société féodale euh amène une réponse plus massive plus compacte ce qui fait tenir cette société c’est l’eclésia c’est-à-dire précisément ce que George dub a toujours
Soigneusement évité lui reproche–on aujourd’hui soigneusement évité d’aborder de front lorsqu’il disait par exemple le cartulaire de l’abaye de Cluny c’était pour y traquer la société laïque et c’est à critiquer la compacité de cette architecture de l’Ecclésia qu’on n oppose aujourd’hui à Dubi qui était consacré la séance de la semaine
Dernière partant de l’impossibilité symétrique de n’y parler que de l’amour de Dieu mais de voir effectivement comment la notion même de Caritas trouvait à se troubler dès lors qu’on analysait un peu soigneusement les noms qui a disait mais le questionnaire d’un histori ne répond pas seulement aux injonctions de
L’historiographie la demande sociale y a sa part et sans doute aussi des interrogations plus intimes lorsqu’il se demande en 1983 que sait-on de l’amour en France au 12e siècle George dub est inquiet peut-être se sent-il même menacé dans son rôle d’homme public et aller savoir d’hommes tout court comme on dit
Euh menacé par le succès de certains ouvrages à grande diffusion qui présentaient le moyen-âge comme l’âge d’or de l’épanouissement du féminin c’était le cas du livre de Régine pernou paru en 1980 sous le titre La Femme au temps des cathédrales alors on doit pas s’exagérer l’importance scientifique de
Cet ouvrage mais on doit pas non plus en sous-estimer la portée idéologique hein comme souvent en histoire intellectuelle ce sont des livres qui sont irréprochable sur le plan de la méthode qui produisent le plus grand effet et d’une certaine manière comme la sorcière de monacholet l’aristocrate de Régine
Pernou a créé une une mythologie contemporaine celle d’une puissance invaincu des femmes toujours réprimé mais toujours susceptible d’être relevé le passé agissant là moins comme ils ont ressources d’intelligibilité que comme ressource d’encouragement politique et étrangement ça l’avait énervé George dubby de même qu’il avait pris ombrage du succès d’un roman très populaire de
Jeanne bourin la chambre des dames publiée en 1979 vendu à un million et demi d’exemplaires adapté pour la télévision comment était-il possible s’énervait-il que le public que le public préfère ces fades idiles dont nous entretient aujourd’hui en France le roman historique dans son impétueuse et inquiétante floraison liton dans
L’article dont je parle comment peut-on préférer ça c’est fatesitil aux recherches savantes sur le mal Moyen-Âge l’amour courtoi mais ce n’est pour lui qu’une fiction littéraire ou des simulacres de désir se déploi autour de l’épouse du Seigneur la femme n’est qu’un l’URE dans cette parade du pouvoir qui divertit les jeunes chevaliers
Soumis au rigueur de l’ordre lignagé de même qu’elle n’est dans le discours d’éclair jamais qu’un reflet d’une une image de Dieu et peut-être a-t-il un peu forcé cette analyse on le verra ensemble justement pour répondre puisqu’il croyait devoir y répondre à cette mythologie contemporaine un reflet on le sait bien
N’agit pas de lui-même l’homme seul est en position d’agir c’est en quoi évidemment pour le coup l’histoire des femmes aujourd’hui dont Dubi a été un un allié dont il a réussi d’une certaine manière à promouvoir la légitimité mais qu’il a très largement dépassé ce à quoi donc cette nouvelle historiographie
Oppose évidemment la puissance d’agir des femmes et lui dit qu’il a sans doute exagéré pour des raisons héroïques cet effacement qui lui permettait d’avoir le beau rôle de celui qui dévoile et c’est sur ce constat faussement désenchanté qu’il prend congé de ces dames du 12e siècle siècle je n’ai entrevu que des
Ombres flottantes insaisissables aucun aucune de leurs paroles ne m’est directement parvenu mais mais revenons à cet article de 1983 à le relire aujourd’hui on comprend que son objet est beaucoup plus réduit qu’on le croit il traite et il ne traite que de l’amour dans le mariage comme souvent chez Dubi et
Notamment dans ce genre de texte qui n’est nullement une étude savante mais un essai très libre d’alure sans notes issu d’une conférence ce qui veut pas dire qu’il n’y ait pas une érudition derrière elle y est mais les était ont été enlevés les références ne sont guère explicitées il est une page
Extraordinaire où Dubi évoque mais d’assez loin une lettre édifiante que l’abbé Adam de persigne adresse dans la dernière déc décennie du 12e siècle à la comtesse du Perche pour lui enseigner l’usage des plaisirs qu’il convient d’accorder à l’affection de son époux l’affectus conjugal qu’elle n’oublie pas dit l’abbé qu’en tant que femme mariée
Elle est partagée corps et âme Dieu ne permet pas que l’âme passe en possession d’un autre lui écrit-il il s’en réserve donc l’usage exclusif ce qu’il a con cédé à l’époux par la loi du mariage qu’il a lui-même institué c’est uniquement le droit sur le corps de la
Femme et on retrouve effectivement cette opposition stricte entre le spirituel et le charnel et donc ce droit qu’ lui a concédé sur le corps de la femme et bien Dubi dit bah au fond à la manière paysane c’est-à-dire que le mari en est le tenancier il s’en sert il l’exlooite
Il lui fait porter fruit mais il en a justement que l’usufruit et non le pouvoir éminent et si la comtesse de perche s’interroge sur son débitou sur ce qu’elle doit ce qu’elle doit à son mari qu’elle ne s’avise pas de lui donner autre chose que son corps
Et je cite Adam perigne quand l’époux de chair s’unit à toi mais toi ta joie à demeurer fixé spirituellement à ton époux céleste et cette image d’une femme clivée de marbre levant littéralement les yeux au ciel sans aucun frémissement de l’âme écrit George dub le terrorisit car enfin la fine amour c’est
Une école de la jeunesse mais pour les hommes faits pour les senes disons les quincagénè il n’y aurait que ça à espérer cette femme bûche qui donne sa joie à Dieu et quel échappatoire alors sinon l’adultère parce que eux les quinc génèent les hommes faits et c’est
La dernière phrase du texte il brûlaient encore quant à nous retirons-nous discrètement sur la pointe des pieds en cet endroit du texte qui sans doute frôle la confidence et consolons-nous dans les joies simples de l’érudition sans doute cette image effectivement doit-elle être davantage contextualisée d’abord parce que la lettre est aisément identifiable c’est
La 15e des 64 missives d’Adam de persigne édité par Jean Bouvet en 1960 et si elle l’mane bien comme le dit justement George dub d’un de ces monastères cisterciens où l’on travaillait alors aux ajustements d’une morale à l’usage des laïques son auteur est aujourd’hui mieux identifié non pas
Comme le pensait Dubi du côté de de de la Champagne et de la cour de Marie de champagne mais du côté plutôt de l’espace plantagenis Adam persagne est un directeur spirituel un habile prêcheur il participa à la 4e croisade donc c’est quand même quelqu’un de un homme disons qui a une fonction
Politique il ass su même plusieurs missions diplomatiques il a été probablement le confesseur de Richard cœur de Lyon et on verra ensemble que il y avait du travail quand même euh en particulier du point de vue moral et la comtesse de perche auquel il adresse cette missive en forme de petit
Traité sur la sanctification dans le mariage est la nièce de Richard cœur de Lyon Mathilde qui l’épousa qui épouse en 1189 Geoffroy i comte de perche qui est euh le fils de Mao de champagne donc comme l’a montré une étude récente d’Aurélie Reinbolt laamiciia circule dans cette correspondance pour dessiner les les
Cercles d’une amitié qui est à la fois spirituelle et sociopolitique et c’est aussi comme ça que doit se comprendre cette lettre mais évidemment ce qui nous intéresse nous c’est que elle exprime bon quelque chose de l’anthropologie ordinaire du corps qui chez àam de persig n’est assurément guerre valorisé sinon pour nous
Enseigner l’humilité il y a peu tu n’étais rien tu n’as été pour commencer qu’une ville semence tu n’es en la présente vie qu’un misérable sac d’ordure dans peu de temps tu seras la pâure des ver bonjour ça va bon ça c’est évidemment tout à fait classique mais
Euh euh encore une fois euh on peut pas s’arrêter là et c’est ce que je vais essayer de montrer aujourd’hui il y a quelque chose dans l’ anthropologie chrétienne du corps qui ne s’arrête pas là justement et ce à partir du 12e siècle donc par conséquent la part qui
Est cédée à l’épou n’est c’est vrai guerre valorisée votre mari selon la chair et l’époux de votre chair votre Dieu et l’époux de votre âme pourtant aucune jalousie n’agite ni l’un ni l’autre pourvu qu’à l’égard de l’un et de l’autre vous demeuriez fidèle et chaste ainsi donc ma chère Mathilde
L’époux céleste n’exigera rien d’autre que la pureté de ton âme mais est-ceil certain n’a-t-il pas lu Jean-Luc marionion cet Adam de persigne Jean-Luc Marion qui affirme dans le phénomène érotique que Dieu nous surpasse comme amant que fait faisait-il la semaine dernière à Adam de persigne lorsqu’on éprouvait ici même le trouble de la
Charité la semaine dernière je promettais de développer un peu l’analyse d’un autre texte celui de Richard de Saint-Victor je le fais maintenant comme l’ont montré Damien boet et pirochkanadji ce moine écossa théologien mystique qui fut prieur de l’abaylie de Saint-Victor à Paris de 1162 à sa mort 173 Richard de Saint-Victor donc a
Travaillé à une mise en ordre morale des émotions depuis la crainte jusqu’à la contemplation en 12 degrés et ce dans un traité intitulé Les 12 patriarches qui classent les 12 fils de Jacob dans une dynamique spirituelle qui mène jusqu’à Benjamin chacun de ses fils étant associé à un affecte donc littéralement
Un homme d’ordre qui met en ordre les émotions et remarquons d’ailleurs que la honte ou en tout cas la bonne honte verra poudor y est traité comme une vertu spécifiquement féminine si les émotions sont ordonnées c’est que dans le domaine de la chair moins le désir est obsédant plus il est acceptable
Alors qu’à l’inverse dans le champ de l’esprit plus il est violent plus il est efficace on retrouve donc ici la mystique cistercienne des intensités d’un amour immodéré intense démesuré selon la formule célèbre de Bernard de clervveau la mesure d’aimer Dieu c’est de l’aimer sans mesure mais comment imaginer que ça puisse
Tenir cette ce cloisonnement dès lors qu’il y a l’intensité du désir telle est la véhémence de l’amour qui confère à la charité la même violence érotique que celle qui saisit l’amament courtoi et le rend esclave de sa dame ainsi la violente charité blesse avant d’enchaîner elle blesse quand le trait
Enflammé de l’amour pénètre l’âme humaine elle la lie sans répit lorsque je le cite encore elle ne peut oublier l’unique objet de son amour dans son sommeil elle en rêve éveillé elle y songe à toute heure alors et c’est le trisè degré de la violente charité plus de retraite possible l’âme s’anéantit en
Une totale longueur et ce n’est pas fini car il existe un dernier degré le 4e dans l’ardente l’ardent désir qui est celui de la défaillance celui qui en est atteint en est comme d’un malade dont l’état est désespéré difficile à la lecture d’une telle phénoménologie du mal d’aimer de
Penser que la Caritas puisse n’être qu’une force d’édification de la société chrétienne difficile d’oublier la formule de Jacques d’allarin le bois de la croix est à la fois la charpente et l’écharde des sociétés médiévales difficile d’oublier que le christianisme en somme a toujours une capacité de scandale qui en fait une
Religion dominante si peu armée pour la domination je lis à présent un passage incandescent de ces qure degrés de la violente charité grande est la force de la dilection étonnante la puissance de la charité elle comporte de nombreux degrés différant beaucoup l’un de l’autre qui pourrait les distinguer convenablement ou seulement les
Dénombrer on retrouve évidemment dans l’amour les sentiments d’humanité d’amitié d’affinité ceux que crée le sang la fraternité et beaucoup d’autres de ce genre mais au-dessus d’eux il y a cet amour brûlant et bouillonnant qui pénètre le cœur enflamme les sentiments et transpère si profondément l’intimité de l’âme qu’elle
Peut dire en toute vérité je suis navré d’amour je suis navré d’amour Cantique des Cantiques 4 9 nous y voilà je seraai presque tenté de dire cette autre Bible de l’Occident cette bible de la politique de l’amour le Cantique des Cantiques c’est là-dessus que ça débouche et c’est évidemment vers
Lui qu’il nous faut à présent faire porter nos effort qu’est-ce que le Cantique des Cantiques c’est un poème ou plutôt une suite de poèmes des champs d’amour alternés entre un homme et une femme qui tente de se rejoindre qui contourne des obstacles et qui parviennent ultimement à s’aimer à simer à combien combien
Sont-ils dans cette opéra biblique en forme d’épitalam on peut avoir le sentiment à certains moment qu’il y a plusieurs couples qui se disent l’époux et l’épouse qui prennent à témoin d’autres personnes le cœur assurément des filles de Jérusalem pour l’épouse des anges peut-être pour l’époux parfois même des éléments de la nature
L’un de ces nombreux commentateurs du premier tiers du 12e siècle l’abbé cistercien Guillaume de saint-tiierie insiste sur la théâtralité de ce récitatif qui joue de mimique in modum dramati et stylo comico personnages et sentiments je le cite comme au théâtre geste et acteur si concerte croirait-on pour mener au dénouement l’amour
Amoureuse intrigue et le nom même de ce livre biblique se dit en hébreux d’un superlatif Shir ahirim Shir achirim le plus beau de tous les champs la poésie par excellence les biblistes estiment aujourd’hui qu’il aurait été composé au 4e siècle avant notre ère en écho avec la poésie érotique du Proche-Orient
Ancien ce qui expliquerait lete texte pastoral dominant les métaphores amoureuses raconte-moi bien-aimé de mon âme où tu mènes pêtrre tes brebis dit la belle épouse pareil aux tentes de keddar que l’époux dit-elle soit pareil à la gazelle sur les chemins escarpés et quand il s’adresse à elle il dit ta
Chevelure un troupeau de chèvre qui dévale du galarade cette poésie trans transposerait donc dans le monde humain des textes épiques décrivant en Mésopotamie notamment les aventures de la déesse de la volupté ichtar et son amant tamous berger et roi ichtar était comme l’épousé du Cantique escorté des animaux
De la stepe lion et gazelle et son temple à Babylone se nommait lestour Kama la maison qui est la bergerie du pays la Michna qui est le premier recueil de la loi juive orale qui a été compilé au 3e siècle de notre ère de l’ère chrétienne la Michna témone des vif débats qui
Agitèrent les autorités rabiniques sur l’opportunité de rejeter comme profane ses champs d’amour qu’on entennait disIl dans les tavernes rappelons qu’en hébreu l’amour se dit d’un mot et d’un seul universel et univoque Ahava qui dit tout qui dit l’affection d’Abraham pour son fils Isaac celle de Jonathan pour son ami David celle du
Peuple d’Israël pour David celle de Dieu pour le peuple d’Israël et c’est un amour qui est inconditionnel c’est un amour qui est aveugle c’est un amour qui ne demande rien sinon un sentiment de loyauté qui entraîne des actions qui entre dans ce qu’on pourrait appeler une politique de
L’amour aimer c’est se préparé à craindre à suivre à servir à obéir on notera au passage que c’est ce seul mot hébreu de Ava que le grec biblique traduit par agapé même si on a vu la semaine dernière que cela ne pouvait le séparer de la pulsion érotique de
L’éros alors fallait-il rendre le Cantique des Cantiques à la littérature profane ou l’accepté dans la Bible hébraïque le texte fut finalement retenu au 1er siècle après notre ère la tradition juive les intégrants au cinq rouleaux ou mégilot avec les livres de Ruth d’Esther les lamentations et l’Ecclésiaste ces cinq rouleaux qui sont
Lus en public lors de certaines fête de l’année liturgique et pour le Cantique des Cantiques c’est pessar et voilà pourquoi c’est le soir de la Pâque juive que dans le film de Sergio Léon il était une fois en Amérique la jeune Débora récite à sa façon le poème amoureux à ce
Voyou de noodles et pourquoi pessar parce que l’interprétation allégorique que domine dans le monde qui domine dans le monde juif est que le poème est porteur d’une description de l’amour du Dieu d’Israël pour son peuple voilà mon bien-aimé voilà qui qu’il arrive bondissant au-dessus des montagnes serait une allusion au passage de Dieu
Dans la nuit pascale mais le texte hébreu ne comporte pas le nom de Dieu sinon sous sa forme abrégé fort comme la mort et l’amour dur comme le séjour des monts des morts pardon et l’envie ces foudres sont des foudres ardentes une flamme de Yod et Dieu on le sait est imprononçable
Dans le judaïsme son nom est une énigme et il est rendu dans l’hébreu biblique par le tétragramme conson consonantique y e vav translitéré en latin YH W h c’est seulement durant le premier millénaire de l’ère chrétienne que les savants juifs qu’on appelle massoretes gardiens en araméen établissent des règles de vocalisation
Du texte sacré et la prononciation dite massorétique prête au téragramme les VO les voyelles de adonet mon Seigneur donnant donc Yahé ou yéhova mais dans son grand livre paru en 2014 sous le titre l’invention de Dieu Thomas Romer a établi que la prononciation originelle a probablement été Yao ou Yu ce qui
Correspond à la forme courte du nom divin Yod et vave trois lettres or justement dans le Cantique des Cantiques elle est encore tronquée deux lettres seulement Yod he et cette forme exclamative donc y ne connaît que de rares occurrences dans la Bible hébraïque pour exprimer l’élan de la prière
Ainsi dans Exode 151 ma force et mon chant c’est y et on le retrouve surtout dans l’exclamation liturgique nous enjoignons à louer le Seigneur alléluia et si josais je vous renverrai volontiers ici encore à une chanson celle de Léonard Cohen devenu un hymne mondial cette balade puissante somptueuse sombre
Réjouissante dont personne au fond ne peut vraiment dire si elle est infiniment triste ou délicieusement joyeuse alleluia donc de Léonard Cohen joue de toute l’ambiguité des métaphores du Cantique des Cantiques qui le hantaiit elle commence par une méditation sur l’accord mystérieux que trouve sans le chercher le roi perplexe
David la carte la quinte le mineur tombe le majeur monte et s’achève par l’évocation d’une femme aimée et perdue enfin éperdument aimée puis perdu je me souviens quand je bougeais en toi comme bougeait elle aussi la colombe sacrée et chacun de nos souffles était un alléluia il faut sans doute l’avoir
Seulement entendu d’une oreille distraite dans Shrek ou ne pas vouloir comprendre ses paroles pour le choisir comme c’est le cas aujourd’hui comme chanson de mariage ça dit love is not Victory March and broken alléluia car revenons au texte du Cantique des Cantiques fort comme la mort et l’amour dur comme les séjour des
Morts et l’envie ces foudres sont des foudres ardentes une flamme de y l’amour n’est pas plus fort que la mort non aimer c’est se placer devant la mort de s’y placer crânement souverainement librement je reprends la lecture de Thomas Romer mais cette fois-ci à partir d’un article où il étudie le passage du
Motif du jardin des dieux tel qu’il se développe notamment dans l’épopée de gilgamche ce motif du jardin céleste évidemment de la Genèse à celui du Cantique des Cantiques là dans le cantique du Cantique tout s’ouvre tout s’offre ce n’est pas dans le petit jardin clos que se déploie le rapport
Érotique entre l’époux et l’épousé qui dit je suis à mon je suis à mon bien-aimé et son désir se porte vers moi et elle poursuit viens mon bien-aimé sortons dans les champs passons les nuits dans les villages au petit matin nous irons dans les vignes voir si la
Vigne bourgeonne si la fleur s’ouvre si les grenadiers fleurissent là je te donnerai mes caresses ou mes seins parce que selon la manière dont on le vocalise caresse et saint peuvent se dire de la même du même mot en hébreu je n’ai pas besoin de relever ici tout ce que la
Poésie amoureuse du 16e siècle fera de ce thème mignonne allons voir si la rose en imaginant le corps blasonné de la femme aimée comme un paysage immense replié où la MAN pénètre nouveau Guliver pour jouir de ses paradis artificiels comme l’a montré Françoise Zukovski dans dans son livre sur les poètes de la
Playéade le bel objet cette érotisation d’un jardin clos euh qui prend la dimension d’un monde je la cite abouti à une sorte de paysage humain qui a sa végétation le jardin bouquetier des lèvres ses astres les deux yeux ses moissons la chevelure mais dans le Cantique des Cantiques C cette
Intériorisation du jardin d’Eden a évidemment des conséquences immenses sur l’économie de la chute l’épouse et l’époux partent s’aimer au large en grand dans les champs les vignes les villages ils sont sortis du jardin clos et on ne les y reverra plus mais que dit l’amoureux tu es un
Jardin clos ma sœur ma chérie une fontaine close une source scellée j’entre dans mon jardin ma sœur ma chérie je recueille ma mire avec mes essences odoriférantes je mange mon rayon de miel avec mon miel je bois mon vin avec mon lait alors bien entendu que
Ce qui s’entend là est aussi une prise de possession à la paysane dirait George dub qui n’est pas moins violente à se dire avec les accents irrépressibles d’une prière de l’élan d’une prière mais c’est le prix d’une décision immense la sortie du jardin originel est pleinement accepté et avec
Elle la nature pécamineuse de l’être humain donc la légitimité des relations de pouvoir parce que c’est ça qu’il faut comprendre aussi une prise de possession c’est une prise de pouvoir parce que si on sort du jardin alors commence la politique car de quelle nature était le dominium d’Adam sur les êtres vivants
Est-il naturel que l’homme commande à la nature aux animaux quelle relation ce pouvoir entretient-il avec ce lac de nomé c’estes questions qui sont des questions pour aujourd’hui le moyen-âge chrétien se les posait déjà et à partir d’une réflexion sur la chute c’est-à-dire la faute d’Adam et le
Moment où il fut chassé du Paradis faisait-on de la politique dans le jardin d’Eden non sans doute on en avait nul besoin Marcil de Padou l’affirmait dans son défenseur pquist 1318 1324 s’il était resté dans cet état Adam donc s’il était resté dans l’état d’innocence il n’ut pas été nécessaire d’instituer et
De distinguer les fonctions civiles ni pour lui ni pour ses descendants mais il eu la chute et la politique vient après la chute et le pouvoir des laïque après la chute puisque selon Augustin c’est bien le péché originel qui instaure une séparation entre deux états deux cités
La Cité de Dieu et la kiwias terena qu’il appelle parfois kiwias diabolie la première incline vers l’amour de Dieu la seconde penseche vers l’amour de soi mais la première préexiste à la seconde et donc précise les commentateurs l’éclair évidemment pierre le chantre HUG de Saint-Victor la prélature existe
Antpekatum la la la l’aut épiscopale est avant le péché tandis qu’au contraire le pouvoir temporel naî de la nature pécheresse de l’homme voilà disent l’éclair l’origine honteuse de tout pouvoir on l’exerce ù on le subit malgré tout faute de mieux en attendant mieux voilà en quoi dans le Cantique des
Cantiques ce nou politique et poétique de l’amour et le lieu de ce nouage qui le traverse et le transporte c’est le corps il n’y a pas de retour possible dans la Bible sinon dans cette intériorisation aller chercher le jardin clos dans le corps de l’être aimé une
Femme ici mais est-ce toujours une femme pour peu qu’il y consente car elle est la loi du désir elle s’exprimait de manière impérieuse avec après l’expulsion du jardin originel et s’imposait à la femme t désir sera vers ton homme et lui règnera sur toi Genèse 31 et c’est la
Réponse le consentement qu’on entend dans le Cantique des Cantiques 71 celle que j’ai déjà cité je suis à mon Bienaimé et son désir se porte vers moi or ce désir comme dans le jardin d’Eden est aussi un désir de connaissance voilà pourquoi le Cantique des cantiques reçu au Moyen-Âge comme une poésie
Sapientiale poésie de sagesse et voilà pourquoi on l’attribue à Salomon son nom latin cantium cantiorum salomonis incite donc les commentateurs à en faire une leçon de sagesse et cette sagesse de l’amour ne peut se penser que poétiquement puisque là encore ce nous poésie et savoir et que c’est même la
Poésie de ce champ qui pour les docteurs et déjà pour les Rabin au 3e siècle de notre ère c’était sa poésie qui militait pour sa canonicité il serait évidemment inconvenant alors de prendre ce texte au pied de la lettre on doit avoir recours pour la le comprendre à l’allégorie c’est-à-dire littéralement l’autre
Interprétation Salomon s’y montre théologien en traitant de l’amour de Dieu et Pierre de Jean Olivi l’affirme encore avec vigueur au 13e siècle est hérétique est blasphématoire celui qui pense que Salomon aurait écrit ce chant pour la fille de Pharaon bien au contraire le Cantique des Cantiques enseigne à
Ramener à Dieu les réalités sensibles à y être conduit charitablement par la main le mot est manuduco et si l’on y voit de l’amour charnel bah c’est votre problème voil c’est du fait de notre propre vice pourtant comme le démontre les travaux de Gilbert Daan si aucun glosateur
Médiéval ne propose une lecture érotique du Cantique des Cantiques aucun non plus ne l’occulte absolument et c’est ça évidemment la clé la clé de de cette vogue extraordinaire des commentaires du Cantique des Cantiques qui commence précisément au 12e siècle on connais 113 témoins manuscrits des extraordinaires sermons de Bernard de clerveau qui qui
Glose pied à pied chaque verset du texte biblique mais le commentaire de celui qu’on appelle Honorius d’utin don mais on sait aujourd’hui qu’il est de ratisbon et sans doute aussi lu puisqu’on en connaît 114 manuscrits cette extraordinaire fortune exégétique concerne aussi bien des théologiens connus comme Rupert de Deutz
Ou Guillaume de sainttiierry et d’autres qui le sont moins comme le moine cistercien Thomas persig qui rédige son commentaire dans les années 118 et les 87 manuscrits 87 quand même c’est beaucoup hein que l’on conserve de son œuvre et que le médiéviste David Bale un autre David Bale que celui dont nous
Parle Antoine Lilti a fort bien étudié ce ces commentaires en font une véritable encyclopédie des exp allégorique le texte de Thomas persing d’ailleurs il est réimprimé à Paris en 1521 puis à nouveau à Lyon en 1571 parce que le temps des commentaires du Cantique des Cantiques il configure
Précisément du 12e au 16e siècle cette séquence des politiques de l’amour dont je tente d’imaginer ici l’histoire ça veut dire que Martin Luther Calvin s’inscrient pleinement dans cette tradition et la traduction des livres de Salomon par Sébastien Castellon en 1555 et les livres de Salomon c’est proverbe Ézéchiel Cantique des Cantiques
L’amène lui à repartir de l’hébreu de la Bible rabinique de Jacob benahim ce qui lui vaut les foudres des ministres jeune voie et de Théodore de Bez donc c’est aussi un grand enjeu de de la réforme toujours d’une réforme à l’autre mais au 17e siècle Bossuet prétend ne plus lire le Cantique
Des Cantiques autrement que comme le champ des noces de Salomon avec la fille du pharaon donc il est hérétique pour pour Pierrede Jean olivie et où d’une certaine manière il en fait à la manière de l’astré le sorte de poésie où le roi se déguise en berger et son
Amoureuse en bergère de comédie Balet alors j’en parlais tout à l’heure il y a une minute le lundi c’est Lilti moi j’écoute Antoine mililti vous aussi peut-être et hier il nous a parlé de ces râtons voltriens de ses opuscul que Voltaire don Voltaire inondait ses amis et peut-être la terre entière alors
J’ai j’en ai cherché un j’ai trouvé hein évidemment parce que de cette tradition enfin évidemment pas parce qu’il a écrit à peu près sur tout et et et et que Voltaire a aussi c’est aussi inscrit dans cette tradition bucolique de la pastorale sacrée mais justement qui commence avec
Bossouet et que alors il en a traduit seulement ce qui comprenait ou seulement ce qui l’amusait de ce qu’il appelait le poème le plus tendre et même le plus se et même le seul de ce genre qui nous soit resté de ce temps reculé et il l’a fait pour Madame de
Pompadour qui voulait se faire dévote sans en être incommodé entendez sans changer de mode de vie et pour ça le Cantique des Cantiques c’est pas mal parce que elle lit ce qu’elle a l’habitude de lire de la poésie galante et on lui dit mais en fait ça ça ça va
Vous élever vers Dieu bon euh l’opuscule est intitulé précis du Cantique des cantiques et paraît en en 1759 et Voltaire prétend y revenir à la lettre du texte mais en fait il parodie la philologie en appelant l’épou le chaton faignant de le tirer du mot hébreu Aton
Aton qui signifie le fiancé ou le gendre mais qui de toute façon n’est pas employé dans le Cantique des Cantiques bref il y a là un geste de rupture qui surjoue l’ on de ce monde médiéval de la glose on s’est abstenu surtout écrit-il de toucher aux sublimes
Et respectables allégories que les plus graves docteurs ont tiré de cet ancien poème on s’en est tenu à la simplicité non moins respectable du texte alors que dire justement de ces sublimes et respectables allégories il est impossible de rendre compte de la complexité de la profusion de cet immense travail exégétique
Que Paul Ricker qui cherchait pour lui à ramener strictement tout ça à un sens nuptial désignait comme aussi exubérant qu’encombrant l’une de de de de ces constantes et que toutes ces gloses procèdent de la lecture d’origè théologien grec du 3e siècle qui est considéré comme le père de l’exégèse
Biblique et de ces quatre degrés sens littéral allégorique tropologique anagogique et donc je le dis au passage euseb de Césaré affirmait qu’il s’était autocastré en lisant littéralement l’Évangile selon Matthieu sur ceux qui se sont fait eunu pour accéder au royaume de Dieu et puis à la fin de sa vie bah il
L’avait il regrettait un peu en disant bah finalement c’est ça le sens littéral ça littéralement ça vous coupe vos effets et donc il faut au fond saisir l’ensemble de ces de ces quatre degrés on aura d’ailleurs à revenir sur cette question de la castration et pas seulement avec
Abella pour orig pour Origène la parade amoureuse de l’époux et de l’épouser ne peut être interprété qu’au degré le plus haut de l’anagogie qui engage sur la seule voie du perfectionnement spirituel de l’accomplissement eschatologique et ce que l’on y doit lire c’est donc le dialogue entre l’âme et Dieu et chaque
Lecteur homme et femme est invité à s’identifier à l’amoureuse qui s’offre à l’amant divin d’autres métaphores évidemment viennent s’articuler par emboîement successif sur ce déplacement analogique si l’époux est Dieu et l’âme l’épousé alors l’épousé est aussi l’église donc c’est aussi la Vierge Marie ce qui explique pourquoi on parle
De son jardin clos et on retrouve ici la puissance analogique de la matrice eclésiale dont nous parlions la semaine dernière mais nous dont nous disions aussi qu’on se doit de constater qu’elle ne recouvre pas tout je vous lis le passage clé car il est assez beau euh
Euh comment comprendre ce verset je suis navré d’amour qui est traduit pudiquement dans l’édition des sources chrétiennes par je suis blessé de charité mais la Vulgate donne plus nettement siya amoré langueo là pour le coup même la vulgade dit am bon elle se languie bien de la maladie d’amour s’il
Est quelqu’un quelque part qui a été parfois je cite donc origè 3e siècle s’il est quelqu’un quelque part qui a été parfois consumé par cet amour fidèle du Verbe de Dieu s’il est quelqu’un comme dit le prophète qui a reçu la douce blessure de sa flèche de choix
S’il est quelqu’un qui a été percé par l’aimable trait de sa science au point de soupirer de désirer vers lui jour et nuit de ne pouvoir parler de rien d’autre de ne vouloir entendre rien d’autre de ne pouvoir penser à rien d’autre de ne prendre plaisir à désirer
Souhaiter espérer rien d’autre que lui cette âme dit avec raison je suis blessé de charité elle a reçu la blessure dont parle Isaïe il a fait de moi comme une flèche de choix il m’a caché dans son carqui Isaïe 492 il convient que Dieu frappe les âmes d’une telle blessure les
Perses de telle flèche de tel trait les triste par des blessures salutaires afin puisque Dieu est charité qu’elle dise elle aussi je suis blessé de charité en entendant cela qu’est-ce que vous allez imaginer je veux dire quelle image s’invite sous vos paupière je veux pas vous forcer mais pour moi
Irrésistiblement celle du ravissement mystique de sainte Thérèse d’Avila qui palpite sous les plis cassants du marbre tel que Bernand l’a sculpté dans la chapelle Cornaro de Santa Maria de la vctoria à Rome une femme de marbre nous y revenons mais d’un marbre qui souffre et qui exulte puisque dans son extase la
Sainte a vu l’ange jeune et beau la transpcé de sa lance la douleur était si grande qu’elle me faisait gémir écrit-elle en 1556 dans son livre de la vie et pourtant la douceur de cette douleur excessive était telle qu’il m’était impossible de vouloir en être débarrassé car poursuit-elle c’est une
Si douce caresse d’amour qui se fait alors entre l’âme et Dieu alors écoutez à présent bougonet le bon docteur Jacques Lacan lors de la séance du 20 février 1973 de son séminaire publié sous le titre encore évidemment qu’elle jouit ça ne fait pas de doute mais la question est de quoi
Jouit-elle sinon d’un langage qui lui fait éprouver ce qu’elle ne veut pas comprendre c’est comme ça je cite que chez l’être parlant la jouissance est appareillé écrit-il et le langage est son unique appareil ce qu’ a compris origè mais un peu tard il est facile de trouver dans le flot
Exégitique qui inonde le sens du Cantique des Cantiques depuis le 12e siècle qui l’inonde oui mais qui ne parvient pas à nouer à noyer sa flamme érotique il est facile d’y trouver la source de la fable mystique qui embrase à nouveau le 16e siècle et pas seulement
Chez les femmes on pense évidemment à Jean de la Croix dont le cantique spirituel composé entre 1573 78 pardon et 1585 sous le titre en quel lieu t’es-tu caché cherche dans la nuit obscure la voix qui mène à l’exercice d’amour entre l’âme et son épou divin sa poésie
Mystique réécrivant le champ de l’épouse du cantique des cantiques mais revenons à présent à ces commentateurs médiévaux parmi les nombreuses conséquences exégitiques qu’il tirent de leur glose deux méritent d’être relevés pour mon propos et toutes deux ressortent déjà des catégories mystiques de l’expérience et de la démesure c’estàdire d’un
Exercice spirituel qui se laisse déborder par la violence de l’amour la première concerne ce queétienne Gilson appelait le socratisme chrétien c’est que l’amour est ce qui nous rapproche de die et de nous-même c’est un moyen de connaissance en premier lieu de connaissance de soi et on le comprend dans un passage saisissant du
Commentaire du du moine cistercien Guillaume de saint-tiierry qui est relevé par Rudy imbar lorsque la femme dit raconte-moi bien-aimé de mon âme où tu mènes pêtre tes brebis et lorsqu’il répond si tu ne le sais pas au belle entre les femmes va dehors sur les traces du troupeau comment comprendre ça
Guillaume de Pierry glose ainsi si tu ne te connais pas sors veut dire si tu sors de chez toi c’est que tu ne te connais pas connais-toi donc oh mon image c’est Dieu qui parle connais-toi donc oh mon image c’est Dieu qui parle à l’homme ou
À la femme connais-toi donc oh mon image ainsi me pourras-tu connaître moi dont tu es l’image au fond de toi tu me trouveras écrivant la vie de son ami Bernard de clairveau Guillaume de saint-tiierry c’est assez beau raconte comment en 1124 malade tous les deux et au chevet
L’un de l’autre de l’infirmerie de clairveau il se consolait en discourant des vertus comme remède aux maladies et de la nature spirituel de l’âme c’est alors écrit Guillaume de saint-tiierry c’est alors qu’il m’expliqua le Cantique des Cantiques dans son sens moral seulement autant de temps que le permis
La durée de ma maladie alors il faut dire que Guillaume et Bernard entretenaient une amitié dévorante au point que Bernard avait cru devoir l’éloigner de clairveau en 1121 mais là il se retrouve pour partager une commune vulnérabilité au fond c’est l’histoire de deux hommes qui font les femmes au
Sens ils font l’expérience pour les médiévaux de la faiblesse du corps et de la force du texte la première ouvre à la seconde et c’est ainsi comme l’a bien montré le philosophe et théologien Emmanuel Falk que cette expérience du Cantique se m progressivement en cantique de l’expérience parce que pour Bernard pour
Bernard de clerveau on ne sait rien si on ne l’éprouve pas ainsi débute son 3ème sermon sur le Cantique des Cantiques aujourd’hui nous lisons dans le livre de l’expérience mais ce livre de l’expérience c’est ce que ça lui a fait à lui dans cette de fragilité de s’ouvrir de s’offrir au
Quantique le sens de l’expérience il n’est pas délimité par le champ clot du texte à déchiffrer il s’ouvre au monde de la vie tel que la vie est transformé par le texte autrement dit si le Cantique des Cantiques est un champ d’amour c’est parce qu’il est le champ
De la connaissance de soi de l’expérience que son herméneutique réside moins dans un sens caché que dans l’effet qu’il produit et cet effet c’est celui d’une d’une déflagration d’une explosion de désir quel que soit le soin des glosateurs à le contenir ou à le circonscrire par l’allégorie car à lire
Le sermon 83 que le réformateur de CO consacre au dialogue entre l’époux et l’épousé on est saisi par l’expression d’un amour immodéré inconditionnel qui emporte tout cui amat amat et aloud niil novite celui qui aime aime et ne sait rien d’autre et encore j’aime parce que j’aime j’aime pour
Aimer savez-vous le moyen de résister il faudrait donc dit Grégoire de Nice avoir le courage de découvrir l’impassibilité derrière les paroles qu’on pense être celle de la passion mais personne n’y arrive Paul Claudel n’y parvenait pas lui qui en 1943 alors qu’il cherche à à commenter le Cantique des Cantiques est brutalement rappelé
Par une représentation du partage du midi au souvenir longtemps refoulé de la violence du désir et alors il se dit mais pourquoi une aspiration si pure à la connaissance de soi à l’élévation de l’âme vers Dieu pourquoi doit-elle se dire dans le langage si cru de l’amour pourquoi écrit-il cette insistante
Fatigante sur les idées de parfum mais parce que parce que il y a ces mots si ancien dont le feu couvere toujours sous la SRE des commentaires à les mieux ordonné et par parce qu’il y a ces corps traversés par les mots ces corps parlants qui portent une part irréductible inséable irrécupérable et
Et tout était déjà là bien avant nous parce que ça commence ainsi qu’il me baise d’un baiser de sa bouche dans le latin de la Vulgate auoscou tour mais oscouo horis Suiss et si le baiser est substantif commande Saint-Bernard c’est parce qu’il est le Christ lui-même
Et ça commence comme ça sans crier gare qu’il me baise d’un baiser de sa bouche on entre dans l’amour sans approche sans préliminaire puisqu’il est toujours déjà là on saute dans le train on marche Bernard de clervvou ne dit pas on saute dans le train en marche c’est vrai il
Dit quelque chose comme on entre dans une conversation infinie celle entre Dieu et le peuple qu’il sauve mais celle aussi entre l’homme et la femme qui a commencé avant nous et don nous procédons tout de même bon et de fait écrit-il comment ne nous rendrait-il pas très attentif un tel commencement sans
Commencement et une telle nouveauté de l’expression dans un livre si ancien quand même assez beau comment ne nous rendrait-il pas très attentif hein ça veut dire que c’est au fond à la fin c’est aussi une un texte sur l’amour des textes un tel commencement sans commencement et une telle nouveauté de
L’expression dans un livre si ancien cette volupté elle s’apparente au fond davantage à l’analogie poétique que décrit André Breton dans la clé des champ qu’à l’analogie mystique parce que l’analogie poétique elle ne déchire pas la trame du monde visible elle la laisse miroiter et agir et il en va ainsi ai de
La beauté des corps précist-elle euh préexiste-elle au mots qui la font advenir poétiquement c’est tout l’enjeu de la discussion de cette parole mystérieuse de la fiancée du Cantique des Cantiques qui s’intéresse qui s’adresse ainsi au au au au cœur des filles de Jérusalem nigra sum CED Formosa je suis noir mais je suis
Belle ce verset a plonger les exégètes occidentaux dans un certain embarras pour autant que les exégètes puissent être par quoi que ce soit embarrassé écrit finement jean- Yve tiliet c’est que tout clair qu’ils étaient ils étaient habitué à lire de la poésie hein c’est bien on en parlera
Voilà au 12e siècle ils lisent en même temps des poèmes où les gorges sont d’oir les seins immaculés et les coups de neige si la chair n’est pas ici lactessante l’explication ne peut venir de la couleur de la peau quoi qu’en dise l’amoureuse elle-même qui se dit brûlée
Par le soleil et quoi qu’on puisse tirer de l’histoire biblique après tout Salomon s’est uni à la reine du Midi et Moïse eu pour épouse une éthiopienne non non cette peau ne peut être noircie que par le péché et ce sont les compliments de son amant qui la lave de cette nature
Pécamineuse et la rendre toute belle ainsi la beauté n’est pas la cause de l’amour comme dans le ban Platon mais son effet la bien-aimée n’est pas préalablement belle elle est belle d’être aimée d’une beauté survenant par-dà sa noirceœur initiale et c’est son amant qui lui dit alors que tu es
Belle ma bien-aimée et alors son chant d’amour convoque un à un tous les éléments de son monde propre alors ses yeux sont des colombes ses cheveux un troupeau de chèvre ses dents des brebis tondues ses joues des moitiés de grenades ses seins de fan l’époux est
Comme Adam dans la Genèse il nomme ce que Dieu a créé silencieusement c’est lui qui a donné leur nom aux bêtes et d’ailleurs il ne les a pas dit il les a crié car si Dieu parle aux hommes il leura surtout donné le don de la parole
Qui est celui de faire advenir les choses en les nommant on se tue à vous dire que l’inconscient est structuré comme un langage ainsi que le précise l’exégèse juive du Midrach rabat les anges chant mais ne nomme pas l’homme lui a dénommé les bêtes dans le jardin originel et voilà que maintenant
Maintenant qu’il sait qu’il n’y reviendra pas il détaille le corps de l’aimé il le blasonne c’est-à-dire qu’il le dit à la découpe on lui donnant justement mais ce don est comme tous les dons un poison des noms de bêtes dans un livre magnifique et surprenant qui s’appelle symbolique du
Corps la tradition chrétienne du cantique des qutiques Jean-Louis chrétien a entrepris lui aussi de blasonner ce corps porte-parole d’une interprétation spirituelle qui invite à la fois à la magnification amoureuse et à je veux pas dire une désincarnation mais disons une allégorisation incorporelle avec une conviction à la fois phénoménologique et théologique je
Le cite il n’est rien que la saintillante lueur du corps humain ne puisse éclairer mais si on l’idolâtre pour lui-même on le profane en même temps qu’on le plonge dans l’insignifiance aussi suit-il toute la tradition exégétique de ce corps aimé du Cantique des Cantiques en le détaillant chapitre par chapitre et les chapitres
S’appellent les dents le nez les lèvres le cou les yeux les joues la chevelure les seins le ventre le nombril les jambes les pieds les mains enfin miroir de l’homme et chemins de ses œuvres que l’on s’arrête un instant sur les seins huit occurrences dans la Vulgate
La bien-aimée est comme un bouquet de mire entre les seins de l’épouse le bien-aimé pardon ceux-ci sont comparés à deux cabriis de chevreuil des fonds des grappes de raisin palmiers au mur d’une tour le vœu est fait d’un frère qui ttait les seins de sa mère et il est
Question d’une petite sœur qui n’a pas encore de sein mais déjà au 14e siècle Nicolas de lire allait chercher l’hébreu sous le latin et je l’ai dit d’autres mots peuvent se vocaliser différemment amour caresse et on en trouve alors trois occurrences supplémentaire aussi est-ce l’épousé qui dit à l’époux car
Tes sains sont meilleurs que le vin l’épousé à l’époux et encore beaucoup de nombreux enfin tous les commentateurs modernes ou presque s’en étonnent en disant bah les hommes n’ont pas de Sein ah bon faut sortir un peu enfin ou en tout cas je sais pas lire le nouveau désordre amoureux mais bon
Euh il y a là quelque chose qui est euh fascinant enfin je dire lutherè lui-même n’ignorait pas cette difficulté euh évidemment il se raccrochait à l’allégorie bon bah les sains et les mamelles de l’église qui ne peuvent couler que de ces mamelles que le lait de la doctrine bed le vénérable ne
Disait-il pas c’est à bon droit que les saints sont comparés aux deux petits d’une gazelle parce que les docteurs véritable empreunte tout ce qu’il prêche aux paroles de l’un et l’autre testament oui sans sauf que dans le Cantique des Cantiques ces deux fonds qui pèsent dans l’élice sont insaisissables lorsque tu veux les
Saisir écrit dans la seconde moitié du 12e siècle le moine clunisien Gilbert folio personnage très politique qui devient é de Londres émissaire du roi Henri I adversaire acharné de Thomas Becket lorsque tu veux les saisir écrit-il compré il s’enfuit aussitôt loin de toi et tu les vois s’élever vers les hauteurs
Dans la glose biblique comme en amour tout fuit tout s’échappe parce que les mots sont comme les corps qu’ils exaltent en les masquant ils vivent de leur vie propre sauvage intranquille et jamais on ne les domestiquera en les assignant à la résidence du sens et à lire ce livre je parle toujours de
Symbolique du corps de Jean-Louis chrétien on reste quand même ébahi par l’inventivité des auteurs chrétiens pour voir autre chose que ce qu’ils ont sous les yeux pour tronquer l’ivresse poétique pour celle de l’interprétation car tes seins sont meilleurs que le vin mais reste l’essentiel ce quelque chose ils l’ont sous les
Yeux il ne le quitte jamais du regard il les déborde et les dépasse et ils savent que si le champ du corps n’a pas de fin c’est que ainsi que le disait Spinoza nul ne sait ce que peut le corps le Cantique des Cantiques écrit Jean-Louis
Chrétien est une Bible dans la Bible car il est la faille en elle la déchirure de cette blessure d’amour qu’il nomme et c’est en cela qu’on retrouve effectivement ce double mouvement d’édification et de sédition il raconte une histoire qui est toute l’histoire chrétienne mais il la raconte dans le
Langage de l’amour qui ne se laisse circonscrire par rien ni par une théologie politique même si Luther tentera de faire de cette pensée du corps collectif une doctrine ni par une inspiration allégorique car elle ne peut fonctionner comme parabole que si elle ne le voile pas tout à fait du sens qui
La dépasse c’est ce qu’écrivait Franz rosensweig dans l’étoile de la rédemption il ne suffit pas que le rapport de Dieu à l’homme soit présenté à travers la parabole de l’amant et de l’aimer la Parole de Dieu doit contenir immédiatement le rapport de l’amant à l’aimé il faut qu’il y ait le signifiant
Sans la moindre allusion au signifié entendez que ces seins sont aussi des seins et l’ouverture des lèvres le plus grand et le plus beau des risques voilà ce que j’avais envie de vous dire aujourd’hui peut-être pour calmer l’inquiétude l’angoisse de George dub face à cette femme de marbre qu’il
Imaginait figé dans l’amour de Dieu les yeux cloués au ciel pour tout dire je n’y crois guère c’est étrange quand on y songe d’ailleurs le le choix que j’ai fait aujourd’hui et je m’arrête là de vous laisser sans image espérant peut-être que d’autres plus puissantes ou plus inconvenantes intempestiv se
Lèveraient dans votre imagination plus troublante encore que la Thérèse du Bernin on aurait pu on aurait dû sans doute évoquer la mise en image du Cantique des Cantiques dans l’an luminure où elle se fait évidemment inévitablement explicite sur surtout dans les manuscrits du quatroocento italien mais allons un peu plus loin
Encore et évoquons pour terminer tout à fait toujours sans laavir mais il suffit de fermer les yeux pour la voir la Vénus de botitchelli peinte vers 1485 pour les Médicis une femme de marbre elle aussi impénétrable ciselée à la manière d’un bas relief botitelli était considéré
Comme un peintre or Fèvre car son dessin était stylet tranchant qui détachait les figures virilement disait-on ce nu est si ciselé en somme que les historiens de l’art il ont vu un un idéal transcendant de la nudité aussi pétrifié qu’il était échevelé et que le recours au textes
Anciens ceux du néoplatonisme et bien parvenait à voiler métaphoriquement mais enfin il faut savoir dénuder cette nudité comme le suggère George didber uberman ouvrir Vénus c’est-à-dire accueillir cette renaissance d’un corps qui revient d’un passé ancien où on l’a fubla sans doute d’un nom de déesse mais
Il n’y a pas de déesse de l’amour il y a seulement cette rémanence d’un désir de beauté qui ne sait dire qu’un mot encore et d’accord si vous voulez si vous en voulez encore et ben on se retrouve la semaine prochaine [Musique]