LOST IN TRANSLATIONS #3 : rencontre avec Marie NDIAYE et Claudia KALSCHEUER – 6 février 2024
Le cycle “Lost in translations” vous propose d’entrer dans les arcanes de la traduction des textes classiques et contemporains à travers deux séries de rencontres : des entretiens avec des auteurs-traducteurs qui se sont emparés de grands classiques de la littérature étrangère ; des dialogues entre un auteur et son traducteur.
Marie NDiaye et Claudia Kalscheuer (sa traductrice vers l’allemand) étaient les invitées de “Lost in translations” le 6 février 2024, pour une rencontre qui se tenait à la Maison Heinrich Heine de la Cité internationale universitaire de Paris. Plongée dans l’antichambre de la relation entre une autrice et sa traductrice, cette soirée était une occasion unique de découvrir ou de redécouvrir la littérature de Marie NDiaye par le biais de sa collaboration et du travail de traduction vers l’allemand de Claudia Kalscheuer.
Plus d’infos sur les deux autrices et le cycle SGDl sur la traduction littéraire sur la site de la SGDL : https://sgdl.org/sgdl-accueil/l-actualite-sgdl/actualites-2024/4457-lost-in-translations-3-rencontre-avec-marie-ndiaye-et-claudia-kalscheuer
[Applaudissements] voilà bonne soirée et bienvenue à tous donc je suis Boris weisem le directeur de la Fondation Deutch de la murth et je coorganise ce cycle d’événements avec mon ami Christophe Hardy président de la Société des Gens de Lettres ça me fait énormément plaisir de pouvoir monter des projets avec des collaborateurs et donc aussi pour cette idée i aussi de pouvoir collaborer avec la maison Heinrich he et francisc hfri qui nous accueille très chaleureusement merci beaucoup francisc en imaginant ce cycle sur la traduction littéraire j’avais en tête le cadre de la Cité Internationale c’est évidemment très important je suis conscient que en anglais translation on entend à la fois le sens traduire des mots mais aussi déplacer des choses d’un endroit à un autre donc ça concorde très bien avec ce lieu qui accueille tous les ans quelques 7500 étudiants du monde entier euh et mon espoir est que de penser un peu à la traduction littéraire nous permettra de penser à ces translation euh plus large au sein de la cité universitaire et le sens qu’à la traduction au quotidien pour tous nos résidents euh voilà c’est un grand privilège d’avoir l’occasion d’écouter aujourd’hui Marie N et Claudia cchauer je prononce sans doute très mal mais vous vous me corrigerez oui je j’en suis conscient voilà et juste dis que j’ai noté que vous aviez été sagefemme dans une vie antérieur et le passage de sage femme à traductrice me saisie et j’espère que vous allez en parler parce que c’est c’est absolument fascinant comme translation justement voilà [Applaudissements] merci mon cher Christophe hard cher Boris cher public c’est un plaisir vraiment particulier de vous saluer au nom de la maison Heinrich he ce soir je me réjouis vraiment de pouvoir accueillir cette soirée ici chez nous et souhaite avant tout remercier tous ceux et toutes celles qui l’ont rendu possible donc notamment la Société des gens de lettre ce soir présenté par représenté par Christophe Hardy après la maison deut de la meut donc merci Boris de nous avoir associé à ce cycle et quand même aussi ma propre équipe qui s’est particulièrement investie pour organiser cette soirée qui nous est très cherre et avant tout bien sûr j’adresse mes plus chaleureux remerciements à Marie indille à Claudia K et àamille tominé d’être venu ici ce soir pour discuter avec nous je vous cache pas que je suis pas vraiment personnellement ému je suis c’est vraiment un plaisir de vous avoir un honneur je suis en même temps mon meilleur public parce que moi j’ai découvert votre votre livre madame DA par sa traduction par Madame Koy donc je sais de quoi je parle quand je vous dis que cet échange ce passage ici que qui va être au sujet de ce dialogue de ce soir est particulièrement passionnant et je remercie Camille tominet d’avoir accepté de d’animer ce débat qui n’est pas simple à à animer puisqueil joue sur plusieurs registres et profite pour vous la présenter elle est journaliste et critique littérair pour lire euh merci d’avoir accepter cette invitation je veux juste euh je vais tout de suite laisser la parole à nos invités je voudrais juste faire ou mentionner que cette soirée est importante pour la maison ma maison la traduction est un pilier important de notre maison aussi bien au niveau de ses pratiques puisque nous pratiquons la la le plur lingualisme et la traduction dans notre proposition de programme que au niveau de sa programmation ayant travaillé moi-même pendant oui une quin une quinzaine d’années maintenant dans le domaine de la traduction en tant qu’éditrice traductrice et chercheuse je peux Témo igner moi-même d’un déplacement important qui s’est fait au niveau de la traduction dans le au milieu dans le milieu dans l’univers discursif si la traduction a été pendant longtemps avant tout un un enjeu philologique il est devenu de plus en plus un enjeu véritablement épistémologique et politique et ces questionsl sont au centre d’un débat que nous souhaitons réfléter ici dans notre maison par notre programmation pour mettre au centre du débat certaines questions comme quel savoir produit la traduction quel concept engage-t-elle quel statut donné à cette chose très fragile et infiniment fascinante qui est la traduction ce texte tierce qui se joue quelque part entre le texte original et sa traduction donc le le dialogue auquel nous allons assister ce soir va donner une perspective particulièrement passionnante je pense à cette question et l’intérêt pour la traduction nous sensibilise euh pour la présence de la multitude des langues qui traversent toujours déjà nos langues nos langues qu’on appelle très vite nos langues maternelles et à partir de ce constat elle n’est qu’un petit pas vers le terrain hautement politique donc des appartenances des identités des identifications qu’on résume actuellement sous les noms de postmigration postcolonialisme et c’est avec ces mots que je vous invite de peut-être en partant prendre notre programmation puisque ça c’est le sujet principal de ce trimestre qui trouvera sa suite durant les prochaines semaines et maintenant il ne me reste qu’à dire bienvenue et bon débat et à vous rejoignez-nous dans la suite de cette de ce débat pour un verre d’amitié dans le foyer aussi pour une séance de signatur puisque aussi bien marine da que Claudia k accepté de signer des livres qui sont en vente par la Librairie des oiseaux bleu que je remercie également d’être venu ce soir euh et alors bon je sais pas comment dire onement on dirait FGE pas amusez-vous avec ce débat [Applaudissements] ah voilà pardon je je n’ai pas l’habitude de ce type de de micro mais je je vous salue tous à mon tour et je vous remercie tous les trois pour pour cette présentation je remercie bien évidemment tous les partenaires qui ont imaginé ce cycle et je vous remercie toutes les deux Marian et Claudia kalchoyer de nous faire l’honneur d’être là ce soir alors moi à titre d’introduction et peut-être plutôt que de retracer le le parcours de de marieanneille que je crois la plupart des lecteurs et la plupart des auditeurs ce soir connaissent bien je voulais peut-être vous raconter une anecdote il se trouve qu’il y a 2 ans je suis allée voir au cinéma un film magnifique qui s’appelle Saint-Omer un film le premier film de fiction d’une cinéaste qui s’appelle Alice Diop qui est inspirée d’un fait d’hiver et qui portait sur le procès d’une d’une mère infanticide et j’avais passé vraiment tout le temps de la projection à me dire mais c’est curieux on se croirait dans un livre de Marie enille c’est-à-dire que le le l’atmosphère les monologues le le le phrasé à la fois impeccable et cruel me rappelait beaucoup beaucoup les livres de Marie enille et puis j’ai découvert au générique que Marie enzille était tout simplement la coscénariste euh de de ce film et euh il me semble que ce ce moment révèle un petit peu ce que cette langue ce que votre langue marieia a a d’absolument unique c’est une écriture qui est qui est magnétique et immédiatement reconnaissable raffinée exigeante qui n’appartient qu’à vous mais qui en même temps ne montre jamais ses Games et c’est ce qui fait qu’on on imagine qu’elle est assez difficile à transposer cette langue et peut-être que Claudia calchoyer pourra nous en dire un peu plus à ce à ce sujet Claudia c’est vous qui depuis 2005 et depuis rosiearp avait traduit tous les livres de Marie enille rosiearp qui qui avait valu à Marie le le le prix féminin en 2001 eu vous traduiez donc vers l’allemand les livres de Marie en vous avez bien sûr traduit Trois femmes puissantes dry Stark fron qui avait reçu le Prix Gon courour en 2009 et pour citer les plus récents livres traduits vous avez aussi euh traduit la chef roman d’une cuisinière et euh la vengeance m’appartient dir RAR mine en allemand vous êtes également la traductrice par ailleurs de d’auteurs comme Sylvain prudom comme Laurent mauignier vous avez traduit certains textes de lisd Salvert ou l’anthropologue Nastasia Martin dans un autre dans un autre registre et euh vous le signaliez tout à l’heure Claudia a également été sage-femme et moi je trouve l’idée assez belle puisque finalement vous permettez aussi par vos traduction à des livres de naître ou de ître à d’autres langues donc c’est peut-être pas aussi éloigné que que ça en a l’air alors justement le le le premier contact avec euh l’écriture de de MarieAnne diille je le disais c’était par votre lecture de Rosie carpe qui est sortie en France en en en 2001 euh et ce livre est-ce que vous vous rappelez peut-être euh quel effet vous a fait la découverte de cette écriture et ensuite quel souvenir est-ce que vous gardez de du premier corps à corps avec ce texte la première fois que vous vous êtes mis à le traduire c’était vraiment un corps à corp maintenant onentend euh oui c’était une expérience très physique en fait je je suis j’ai j’ai acheté le livre un peu par hasard j’avais lu un article ça m’avait attiré j’avais aimé les nom crosy carp marine di j’avais je trouvais ça ça beau et j’ai commencé à le lire et tout de suite je me suis sentie appé et puis j’ai eu l’impression alors que l’histoire est très loin de moi que que c’est une langue qui qui qui m’est proche et que si j’écrivais j’écrirais peut-être un peu comme ça donc ça c’était une impression euh très comment dire très très instinctive en fait et j’ai j’ai lu le livre et et j’ai réagit de manière physique à la lecture je me souviens de certaines scènes et ça c’était encore pire à la traduction après la première lecture évidemment il y a eu enfin il y a eu toute une histoire jusqu’à ce que j’arrive à jusqu’à ce que je puisse le traduire mais il y a y a il y a des scènes que j’ai ressenti comme très violentes il y a une scène dans la forêt d’une d’une agression d’un couple par deux jeunes hommes et puis ça me traversait c’était c’était épidermique et donc je j’ai voulu le traduire et le hasard a fait que le livre avait été proposé à une collègue très expérimentée qui avait refusé en disant c’est trop difficile c’est trop mal payé je le fais pas et j’avais entendu dire ça et je je me suis précipitée je me suis proposée à la maison d’édition qui était une autre maison d’édition que les pour les livres précédents d’ailleurs et puis il m’ont fait faire un essai et puis ça a marchait alors que je n’avais pas encore traduit beaucoup de livres c’était peut-être mon 6e 7e livre et voilà et puis à la la traduction ça cette expression ça c’est vraiment confirmé que même si le la langue est difficile d’une certaine manière les phrases sont très longues amples il y a beaucoup de vocabulaire il y a beaucoup d’adjectifs souvent par série de tris dans un dans un ordre parfois déconcertant mais mais c’était facile en fait c’était plus facile que des textes moins littéraires plus simples que j’ai pu traduire avant parce que je m’en sentais proche est-ce que vous vous souvenez combien de temps ça vous a pris cette première traduction quelques mois non je sais je saurai plus dur marieille Claudia nous parlait de sa plongée dans le texte sont entré dans le texte euh il se trouve que les ouvertures de vos romans euh nous aident à plonger de cette manière-là vous savez euh euh que bien souvent les livres de Marie Anne diille s’ouvrent comme au milieu d’une phrase ou comme au milieu d’une pensée euh je vous donne quelques exemples le le tout début de rosicar donc ce livre c’est mais elle n’avait cessé de croire que son frère Lazar et cetera donc on est vraiment plongé comme dans euh comme si on prenait un train en marche et on est donc d’autant plus rapidement appé que que le train est déjà lancé quel endroit est-ce que c’est pour vous les ouvertures de romans et quelle importance ça a dans votre écriture euh l’ouverture de roman euh pour moi elle est elle est elle est fondamentale euh l’ouverture de roman elle indique ce qui va nous arriver en quelque sorte et et et mes ouvertures de romans elles sont souvent je CIS croix un peu un peu tre pre abrupte un peu un peu bizarre mais c’est c’est comme une entrée en matière par rapport à ce ce qui va suivre c’est presque aussi peut-être même si maintenant je le fais moins mais à l’époque de rosicarp c’est presque une sorte de défi que j’avais envie de lancer au lecteur c’est-à-dire et bien si tu passes ce cap là si tu passes le cap de cette entrée qui est qui est qui n’est pas euh forcément agréable et bien c’est que tu mérites l’effort du reste enfin en quelque sorte mais mais maintenant je je je ne fais plus trop ça je crois parce parce que j’ai j’ai j’ai plus le besoin de de de de de de de donner ce ce ce défi au lecteur c’est j’ai plus besoin de ce genre de jeu de de de de bras de fer en quelque sorte avec le le le le lecteur mais euh avec Claudia on se connaît maintenant depuis une vingtaine d’années euh voir un peu plus et euh et ce qui ce qui m’a frappé tout de suite dans dans dans son travail et dans la relation qu’elle a établie entre nous c’est qu’elle me posait des questions très précises sur le sens d’un mot sur sur sur sur une phrase qui qui était bizarre mais est-ce que c’était exprès qu’elle soit bizarre ou pas ENF ces questions étaient d’une d’une méticulosité d’une précision qui me passionnait parce que parce qu’elle mettait aussi en lumière les les les les imperfections d’un texte c’est-à-dire dans un roman long il y a plein de de de trucs qui vont pas aussi il y a des phrases euh qui tombent plus ou moins bien il y a des a il y a des mots qu’on a mis là mais ça aurait pu être un autre et la traductrice enfin en tout cas de de de de de euh de de de du genre de Claudia la traductrice Claudia elle veut savoir si c’est exprès ou pas si c’est si si c’est une erreur ou pas et c’est ça qui était qui était passionnant dans le travail avec elle c’était euh la mise en lumière aussi de tout tous les manquements mais mais mais mais pas que évidemment mais le le l’obligation en tout cas de regarder en face ce qu’on a fait et et ça c’est passionnant et et c’est c’est c’est très rarein tu m’as dit une fois que je te faisais un peu peur oui oui presque mais mais mais mais dans le bon sens du terme euh un peu peur parce que je je je savais que tu es une lectrice si euh comment si si exigeante enfin si précise que que je pourrais pas tricher dans les phrases avec toi et et et ce ce qui m’étonne c’est que tous les traducteurs ne le fassent pas très loin de là mais mais mais une traductrice comme l’ Claudia c’est c’est c’est la lectrice la plus oui la le la plus précise en fait parce que parce qu’elle passe au crible de son de son travail chaque mot presque chaque virgule ce que ce ce que ne font pas évidemment les lecteurs et puis c’est pas le rôle moi non plus comme comme lectrice je je je je je je fais pas de tout ce travail là mais c’est c’est c’est ce que ne peuvent euh même pas faire euh les gens de la maison d’édition c’est-à-dire il font un un travail remarquable mais qui qui n’est pas aussi euh oui aussi aussi fin aussi euh délicat ouais que que le travail de traductrice que Claudia en tout cas ce que je voudrais dire c’est que les questions souvent elles viennent de l’allemand enfin elles sont dues à la différence entre les langues les questions je les poseraiis peut-être pas si je ne faisais que lire le texte je’y confronter quand je dois passer les choses dans l’autre langue et c’est là où ça frotte parfois ù c’est o et où ça reste toujours insatisfaisant d’une certaine manière parce qu’on trouve jamais à 100 % le bon mot juste un exemple le mot complaisant je je t’ai posé la question à chaque livre en fait parce que tu l’utilises presque dans chaque livre à chaque fois je sais pas exactement ce que tu veux dire parce qu’il n’y a pas d’équivalent direct en allemand donc ça peut être villef ça peut être zelsf ça peut être justf ça peut être plein de choses différentes et ça à chaque usage que à chaque fois que tu l’emploies ça peut être quelque chose de différent donc à chaque fois je suis obligée de creuser mais c’est pas un manquement de ton texte c’est c’est juste que je vient d’ailleurs mon regard vient d’ailleurs je me rappelle d’ailleurs pas pas précisément pour ce mot là mais mais mais en général quand tu tu me demandais mais alors est-ce que je choisisis euh si ou ça comme moi je n’en ai pas la moindre idée je te disais mais mais mais mais mais fais comme tu tu tu le sens quoi enfin te comme comme tu le sens sera juste de toute façon et puis je je je je ne peux pas malheureusement euh t’aider de ce point de vue-là parce que parce que parce que ma connaissance de la langue allemande est bien trop basique donc je je je je te disais mais mais mais mais fais comme tu penses quoi hmm ou mais je peux faire comme je pense quand je sais ce ce que tu en penses parfois parfis après il y a plein de choses que voilà que je résous sans te demander aussi quand même mais des fois je je je me rappelle justement que tu que tu me mettais par tes questions si si pertinent en face de de de mon incapacité de penser c’est-à-dire par rapport à tel mot ou ou telle phrase je savais plus que j’avais pu vouloir dire 2 ans avant donc c’est pour ça aussi que je je je te disais mais fais comme tu le sens parce que moi je je sais je sais plus vraiment en fait je je je sais moins que toi ou certain on pense toujours que l’aeur c’est tout mais parf ah ben non ben non non pas du tout sur son propre texte mais je ne sais pas si vous avez eu sous les yeux le petit texte de présentation de cette soirée où justement Marie enz essayé de caractériser la nature de leur collaboration et de leurs échanges et elle parlait de questions troublantes parfois troublantes qui invite à vous poser des questions que vous ne vous seriez pas posé dans un autre contexte pour qu’on comprenne très concrètement comment ça se passe quel est le le le à quel moment déjà est-ce que vous posez ces questions est-ce que vous les posz au fur et à mesure au fil de la de la traduction ou est-ce que vous vous en faites un tout un un paquet et et quel est le le peut-être aussi le volume de ces échanges est-ce que euh je l’ai fait je les pose pas au fur et à mesure je je les rassemble enfin je fais un premier jet et je relis une fois entièrement je et puis après j’ai bien conscience de toutes mes questions pas avant parce que voilà il faut faut laisser murir déjà un peu avant de poser les questions sinon vraiment il y en aurait beaucoup beaucoup et puis après il y en a je sais pas euh entre 30 et 50 je dirais et et puis non moins non c’est pas 50 quand même non moins qu même entre 20 et 30 là il y en a beaucoup hein pour la la vengeance m’appartient C ah non pas tant que ça c’est une page et demi de voilà il y a peut-être une vingtaine et puis je les écrit en général enfin c’est pas c’est pas à chaque fois pareil mais mais en général quand je suis bien organisée je les écris et je les envoie à ma HM tu y réfléchis et puis après on se parle quand on peut se voir c’est bien sinon c’est par téléphone et en tout cas on s’en euh on s’en parle au téléphone c’est-à-dire les questions que que me que me pose Claudia je je ne réponds pas euh par écrit quoi on s’en parle oui dans mon souou oui oui oui parce que ça permet d’affiner encore oui c’est mieux il y a d’autres auteurs qui me enfin je pose pas autant de questions à tous les auteurs mais ceux à qui j’en pose parfois ils répondent par écrit il y en a qui écrivent des romans il y en a d’autres qui disent je sais [Rires] pas et alors j’imagine que ces échanges très directs que vous avez par téléphone ça vous apprend aussi des choses sur votre propre texte Marian est-ce que vous découvrez des choses oui vraiment oui oui oui je je je découvre surtout des choses [Musique] euh sur ce que je n’aurais pas dû faire en fait parce que il y a mais le roman c’est c’est c’est une forme si si si impure si si si bizarre si faite aussi de de de de de briquet de broc que que bah des fois il y a y a il y a des mots qu’on a Mila mais ça aurait pu être un autre ou il y a il y a plein de de de de scorie oui dans un roman c’est c’est c’est une forme oui c’est c’est une sorte de bric à braque aussi des fois le roman mais mais le mais pour la traductrice le bric àrac à un moment il doit quand même trouver son ordonnancement ça ça peut pas rester le bric à brac et et et quand Claudia donc me questionne précisément sur sur le sens d’une phrase ou d’un mot ben des fois vraiment je sais pas je sais plus quoi c’est parce que mais mais mais c’est pas ça me ça me trouble parce que je me dis que qu’il faudrait que je sois plus rigoureuse mais en même temps j’aime bien cette idée là là que que cette forme du roman soit soit aussi tellement imparfaite mais sauf que la traductrice elle l’imperfection elle sait pas trop quoi en faire il faut un moment qu’elle a qu’elle a qu’elle a traduise en quelque chose qui soit pas nécessairement plus parfait mais mais mais mais il faut qu’elle qu’elle trouve un sens n’importe quoi elle peut pas fa faire avec ça toujours et et c’est ça qui est qui est qui qui est très intéressant c’est c’est que c’est c’est que c’est que la traductrice elle met le doigt sur ce qui ne va pas alors ce qui ne va pas euh c’est pas forcément ce qui pourrait être modifié mais des fois si des fois le ce qui ne va pas c’est c’est c’est pas très intéressant donc ça ça aurait pu être autre chose et elle elle doit savoir si le si le ce qui ne va pas est intentionnel ou pas et ça c’est c’est passionnant même si c’est douloureux des fois mais mais c’est passionnant et j’aimerais ajouter que ce que tu appelles l’imperfection ou l’impureté ou le bruit ça se double de l’imperfection de la traduction en fait parce qu’ a une traduction non plus n’est jamais parfaite n’est jamais aboutie il faut vivre avec ça que c’est voilà à un moment on rend c’est on a fait de son mieux mais on peut pas être perfectionniste j’imagine ni en écrivant ni en traduisant sinon euh la folie bouquette enfin c’est c’est on peut pas c’est c’est jamais fini c’est jamais parfait c’est jamais à 100 % puisque les langues sont différentes et que voilà et je pense que cette différence entre les langues et la différence entre ce que tu veux dire et et ce que tu écris c’est c’est un peu enfin c’est similaire c’est on c’est sépar oui ça raisonne tout à fait avec ce que borgz disait de de la traduction à savoir que une traduction finalement ne serait qu’un des brouillons que l’une des versions d’un texte un écrivain à un moment donné élabore plusieurs versions de de de son roman et se décide pour l’une d’entre elles et la traduction n’est qu’une de ces versions qu’une des versions possibles puisque il n y a pas de texte parfait et que tout texte est condamné à être un un éternel brouillon on parlait tout à l’heure du du du défi que vous posez à vos lecteurs pour entrer dans dans vos livres et je crois que ce qui nous emporte lecteur c’est d’abord peut-être la musicalité de de de la langue c’est la longueur des phrases c’est leur circularité ce sont les T tous ces échos qui se propagent à travers les lignes et parfois à l’échelle même du du texte tout entier avec des DESS mots des motifs qui se répètent puis qui se transforment tout au long d’un tout au long d’un texte quelle importance est-ce que vous accordez marieannille à la composition sonore de de vos romans et est-ce que vous travaillez par exemple à l’oral ou ou à l’oreille en tout cas non pas du tout je je le le le le le je je je travaille uniquement mentalement jamais je ne me relie à voix haute ça me fera un effet euh un effet de de de de de fausseté enfin non je jamais le la musique s’il y en a une elle est dans ma tête mais mais pour moi c’est pas vraiment une question de musicalité c’est c’est ce qui m’importe avant tout c’est c’est la forme la composition parce que l’histoire l’histoire d’un roman elle est elle est elle en quelqu ligne mais mais mais mais mais mais mais ce qui fait que c’est quel que lignes puisse avoir un intérêt c’est c’est c’est la la composition c’est la manière dont on les dont on les traduit stylistiquement et puis puis puis oui c’est c’est c’est c’est c’est de la forme euh finalement parce que parce que l’histoire elle-même c’est c’est pas grand-chose enelle enfin c’est pas grandchose en soi et mais mais la musique non j’ai pas les phrases la manière dont dont dont je me relis chaque chaque jour c’est c’est c’est vraiment mental quoi c’est pas vraiment c’est pas du tout une question de de de de musique c’est vraiment une question de forme de forme qui qui je sais pas qui qui qui qui prend sens dans la tête à un moment je sens que cette femme la forme de cette phrase elle est elle est bonne mais mais mais le rapport avec la musique je sais pas trop c’est ce c’est le rapport avec la langue quoi le la structure de la langue française plus que qu’avec la musique je pense et précisément la structure de la langue française elle est très différente de la langue allemande j’imagine que vous le savez mais dans la langue allemande on place le verbe à la fin notamment ce qui ce qui évidemment pose certains défis de de traduction j’imagine Claudia parce que il arrive dans les phrases parfois très amples de marieia que un mot tombe à la fin et pour une raison bien précise et c’est ce qui euh c’est ce qui le rend d’autant plus frappant euh je vais vous lire juste le par exemple le tout petit euh premier paragraphe de la vengeance m’appartient vous allez voir pourquoi euh l’homme qui le 5 janvier 2019 entra timidement presque craintivement dans son cabinet maître Suzanne sut aussitôt qu’elle l’avait déjà rencontré longtemps auparavant et en un lieu dont le souvenir lui revint si précisément si brutalement qu’elle eu l’impression d’un coup violent porté à son front le fait que le coup violent porté au front arrive à la fin R ce coup d’autant plus violent on se le prend soi-même en tant que lecteur alors comment on fait pour transposer C ces structures là quand on a pas la même syntaxe et pas les mêmes sonorités non plus à disposition euh c’est du bricolage en fait c’est c’est enfin cette première phrase la vengeance m’appartient je je tenait beaucoup à ce qu’elle commence par l’homme et qu’elle finisse avec le front parce que j’ai trouvé ça important et puis j’ai dû tordre un peu la langue allemande j’ai commencé avec un tatif donc c’est particularité de la langue allemande il y a les les cas les déclinaisons et donc j’ai commencé pour l’homme qui euh j’ai mis des Man en je sais pas si si vous parlez allemand mais bon je va pas je vais pas entrer dans les détails mais en tout cas j’ai un peu j’ai ça ça ça commence de manière un peu bizarre en allemande c’est très étrange de commencer par un tatif un livre entier enfin une phrase mais un livre entier c’est je sais pas si ça a été fait très souvent mais j’ai osé et c’est passé j’étais pas sûre que ça passerait à la maison d’édition les correcteurs et tout ça mais personne n’a rien dit et j’étais très contente d’ d’y être arrivé et puis après à l’intérieur de la phrase j’ai un peu voilà j’ai j’ai déplacé les éléments jusque ce que jusque ce que ça marche est-ce que vous voulez lire peut-être ce premier paragraphe parce que j’ai l’impression à vous entendre que certains parlent allemand donc peut-être que c’est intéressant DEAC man januar 201 kanzlei betrat war metre Susan wie sie sofort wusste schon einmal begegnet vor langer Zeit und an einem Ort an den Sie sich so genau so erinnerte dass sich anülte wie ein heftigerlag GEG ihre stir stir qui tombe bien il yit lai dans mon souvenir quand on parlait de tout ça avec Claudia la question de la traduction de de maître euh maître Suzanne en en français c’est évident que ce ce maître veut dire avocate et euh c’était une interrogationuss oui parce que en en allemand on n pas de on on nomme pas une avocate par son titre enfin ça se ça ça existe pas euh et du coup j’ai fait le choix de garder maître et puis on comprend au fur et à mesure que ce que c’est donc c’est pas c’est pas expliqué il y a pas de note il y a rien c’est juste mais ce qui marrant c’est que c’est que dans le texte en français des la première phrase on sait que Maître Suzanne est une avocate alors que j’imagine dans le texte allement ça se comprend plus tard puisque maître n’est pas compréhensible immédiatement comme étant le titre d’une avocate mais après en allemand on a un mot pour le c’est le cabinet en en français et en allemand c’est dit Canel et ça c’est un mot spécifique aux avocats donc je sais pas si c’est je crois que c’est utilisé pourun autre métier donc c’est c’est c’est tout de suite clair aussi que c’est qu’ est avocate ouis je rebondis sur le mot de maître parce que euh moi ce qui m’avait beaucoup frappé en lisant la vengeance m’appartient c’est que précisément cette maître Suzanne elle est et peut-être de moins en moins au fur à mesure du roman de moins en moins maîtresse d’elle-même euh et on n’a pas cette ambiguïté de sens évidemment puisque maître n’existe pas en allemand et ça j’imagine que c’est un cas de figure qui se qui se reproduit suvent cette ambigué des mots qui qui qui qui créent quelque chose d’assez énigmatique dans les romans de mariean Zille je pense à un autre exemple euh toujours dans ce texte c’est le terme de ravissement qui a aussi une double entente en français parce que vous savez que le ravissement donc c’est le personnage de maître Suzanne qui dit avoir vécu une sorte de scène initiatique dans son enfance elle en parle comme d’un ravissement mais le ravissement en français c’est à la fois ce qui désigne le bonheur ce qui ravi et en même temps ça peut désigner le fait d’ d’enlever d’enlever avec force donc il y a cette cette ambiguïté là et je pensais à un autre exemple qui est cette expression la fille alors ça c’est dans un autre roman c’est dans la chef la fille la fille la fille c’est un une expression qui revient beaucoup et dans ce texte ça désigne à la fois l’affiliation la fille de de de de cette cuisinière qui qui en qui en est la mère mais c’est aussi à d’autres endroits du texte euh la fille de maison c’est-à-dire la la un peu la bonne à tout faire enfin l’ARE cuisinière et donc cette ambigué là je crois que vous en jouz beaucoup marieendia et comment on fait Claudia pour rendre cette incertitude là dans la traduction les ambiguités elles même si elles sont pas à l’endroit même euh que que vous dites par exemple là elles sont ailleurs enfin il y en a tellement des ambiguïtés dans les texte que c’est pas grave s’il y a un mot qui est ambigu en français il n’est pas en allemand mais il y en a d’autres où ce sera l’inverse et mais il faut jouer sur cette ambiguïé et puis voilà mais ça se rattrape en fait il y a il y a des des des formes de compensation parfois je peux j’ai pas d’exemple malheureusement je je peux ajouter quelque chose qui va tout à fait dans le sens mais qui n’est possible qu’en allemand et voilà oui ça c’est un une notion vraiment de traduction que j’ai découverte il y a pas long que je trouve absolument passionnant cette notion de compensation peut-être que vous pourriez développer un petit peu c’est-à-dire que ce qui n’est pas transposer à un endroit vous le rattrapez ailleurs parfois oui plus par exemple enfin il y en a peu dans les livres de marineille mais de manière générale les les jeux de mots c’est très difficile à enfin voilà on narrive jamais à les traduire tel quel et parfois même on narrive pas à faire un jeu de mots au même endroit dans le texte mais on peut peut-être en faire un que la langue allemande facilite un autre endroit et du coup le caractère du du texte euh est respecté même si ce n’est pas euh exactement le même Jose h j’avais j’avais vu ça avec mon précédent livre enfin qui date de quelques années déjà Trois femmes puissantes et quand j’ai reçu les traductions je me rendais compte en en tout cas pour pour euh les langues que je pouvais à peu près traduire allemand italien espagnol anglais et cetera que euh trois femmes puissante cétait toujours traduit ce terme de de de puissante par forte en fait [Musique] draar et puis puis c’était la même chose dans les autres langues européennes et et ça me troublait parce que ce qui m’avait plu justement enfin ce qui m’avait fait choisir ce titre c’était que ce soit pas trois femmes fortes que ce soit puissante et retrouver ce terme euh de puissante presque réduit à forte mais je je j’entendais bien que que que peut-être dans dans ces autres langues il y avait pas il y’y avait pas l’équivalent de puissante mais ça ça me ça me chagrinait un peu parce que ça me semblait réducteur en quelque sorte par rapport à puissante forte en plus en en français mais là là c’est je je sais pas sil y a si ça fait la même chose dans les entre langues dans les autres langues mais trois femmes fortes en plus fortes des femmes fortes ça veut dire aussi des femmes rondes et cetera enfin ça ça ça rien à voir quoi ça rien à voir avec avec avec euh euh puissante mais mais mais peut-être mais mais sans doute que que pour euh que que pour euh les lecteur dans dans dans dans dans ces autres langues il peut ça ça peut faire le même effet ce mot que que enfin forte que que puissante mais j’étais pas sûre de ça absolument moi je me souviens très bien des discussions avec l’éditrice à l’époque qui euh qui voulait absolument que ce soit TR fr donc forte les femmes fortes ENF forte au sens puissante mais voilà c’est c’est très compliqué parce qu’en fait en allemand quand on dit TR fr ça ça peut être des femmes corpulentes et mais alors que c’est plus proche de puissant il y a la Marte la puissance enfin c’est c’est l’inverse en fait ah oui ah oui c’est marrant ça moi j’aurais pris le risque et je parce que je tenais aussi à leur puissance intérieure qui est une puissance étrange en fait mais mais bien réel mais voilà c’est c’est c’est pas les traducteurs traductrices qui décidont des titres c’est comme ça on a parlé de cette notion importante en traduction qui est la compensation mais il y a aussi la la notion de trahison hein vous savez c’est un peu un lieu commun quand on parle de traduction mais vous connaissez sans doute ce dicton italien traduor et traditor cette idée que le traducteur est est aussi un traître et que pour bien euh traduire il faut aussi trahir ou en tout cas s’écarter de de la lettre du texte pour finalement lui être plus fidèle dans quelle mesure est-ce que justement vous avez parfois l’impression de trahir le le le texte pour mieux y revenir jusqu’où vous vous autorisez à aller évidemment que je m’écarte du du de la lettre enfin chaque lettre change en fait dans une traduction euh et chaque mot change et j’ai une grande liberté pour trouver une forme équivalente plus ou plus mais je sais pas la trahison c’est c’est pas une notion qui qui me parle j’essaie évidemment de d’être fidèle mais ça la fidélité c’est pas tout faire de manière littérale enfin c’estou dans dans le dans le mot de trahison il y a il y a l’idée d’une mauvaise intention ce qui ce qui qui tout le contraire dans le travail de traduction donc c’est pas de la trahison moi je parlerai plutôt de comme je le disais tout à l’heure de l’imperfex inévitable euh mais c’est pas une trahison enfin non bien sûr on on parlait aussi tout à l’heure des mots à double entente à double sens il y a ça qui qui qui entretient l’ambiguïé le mystère du du texte mais il y a aussi les mots qui en sont absents les nonits le secret j’ai l’impression qu’il faut travailler beaucoup coup autour de ça marieille et que votre écriture souvent tourne autour d’un terme qui n’est jamais énoncé par des périphrases ou voilà des des des formulations un peu intrigantes quel quel ingrédient est-ce que c’est dans votre écriture C cet indiciible est-ce que parfois vous travailler non pas à remplir la page mais au contraire à la à la creuser enfin à enlever des mots euh j’ai l’impression que que que mon travail il il consiste beaucoup alors pas tout le temps hein parce que parce que des fois c’est c’est très réaliste et et et frontal et simple et tout ça mais mais quand ça ne l’est pas j’ai l’impression que mon travail il consiste à essayer de s’approcher de de de de de de d’un noyau euh d’un noyau de mystère d’un noyau de de de nit d’étrangeté et et de s’en approcher par euh par des CIRC volution par par comme un serpent de de de mots qui qui qui essait de de de de se serrer au plus près de de de de ce noyau de de de de de de secret et euh il n’y parviendra pas complètement mais il essaiera de de de Sen approcher le plus possible et et les phrases ce serait ça quoi des des des un un moyen de de de de d’essayer de de de comprendre euh d’une manière oui euh euh circulaire et constrctive bois constriuctor en tout cas le le le le ce qui le secret quoi mais mais mais tout en sachant que que qu’il pourra s’en approcher donc ce ce bois euh au plus près mais sans sans jamais vraiment l’atteindre enfin je vois mes phrases ainsi quoi des des des sortes de de de de cercle qui se resserent autour de quelque chose dont on sait pas forcément ce que c’est mais des fois on le sait mais quelque chose comme ça vous nous parliez de d’étrangeté à l’instant ce qui ce qui fait le sentiment d’étrangeté aussi quand on quand on vous lit je crois que ça tient beaucoup au contraste justement entre ce style ces phrases très tranquilles très tenu sans débordement et la grande violence Claudia nous parlait tout à l’heure de la de la la violence de certaines scènes de ce qui est raconté donc le contrast entre ce qui est dit et la et la manière dont dont c’est dit qu’est-ce que ça raconte ce décalage pour vous ah bah le le le je je ne pense pas que que la la violence en littérature doivent nécessairement s’exprimer par par qui serait euh euh comment déstructuré qui serait à l’image de la violence qui ser enfin ça peut aussi hein enfin tout tout tout peut se faire en littérature c’est ça qui est merveilleux mais mais mais mais euh dans ce que je fais la la le le euh la violence ou ou ou la douleur ne euh nonont pas de raison d’être exprimé par un langage qui serait pas le plus doux le le plus correct et cetera parce que parce que la langue la plus pure la violence elle l’exprime aussi bien en fait mais mais c’est pas c’est pas vraiment un choix je je je suis ainsi faite et puis il y a il y a des textes merveilleux de de de puissance qui qui qui qui exprime la douleur par par par par des get de mots et cetera donc c’est c’est pas c’est c’est il y a il y a pas du tout de de de de hiérarchie euh esthétique par raort à ça mais mais c’est pas mon voilà moi je c’est ainsi euh que je m’exprime en fait il y a autre chose dont on parle assez peu souvent je crois et qui tient aussi à une forme de décalage euh qui est très présente dans vos livres c’est le ce sont les pointes d’humour et l’ironie très forte qu’il y a dans dans vos textes avec parfois des situations euh assez cocasses ou des formules assez subtilement ironiques or je crois que l’humour l’ironie ça fait partie des choses les plus difficile à traduire comment vous vous en sortez Claudia de ces passagesl je peux pas dire ça de manière générale en fait je je est-ce que c’est réellement le plus difficile ou pas nécessairement h non non je je trouve pas en fait je je suis le texte et quand je trouve quelque chose d’ironique et de et de drôle j’essaie de d’accentuer ce ce moment mais je il y a pas de recette pour ça je sais pas est-ce que ça fait partie des des discussions que vous pouvez avoir l’une avec l’autre que de discuter sur as-tu voulu vraiment à cet endroit je me souviens sur l’ironie je je je pense pas euh sur le M tu m’as demandé ou mais estce que tu l’as trouvé drôle livre mais je sais plus duel sagissait et j’ai dit oui et tu étais ça t’a rassuré parce que tu disais qu’il y avait eu des lecteurs qui avaient pas trouvé ça drôle du tout qui avait pas ressenti ça et que moi je si j’avais ri ENF souris plus que rie mais si si moi je je ressens ce regard mais mais grâce au regard de Claudia et puis à ces questions ça je je comprends que que tout est traduisible en fait tout est traduisible même même ce qui même même entre des cultures euh tellement différent même je je je je suis sûre que de tout tout tout trisit parce que certes certes les Français les Allemands sont sont proches sont sont sont des des des frères ou des cousins et cetera on se sent pas on on on se sent pas froncièrement h différent mais mais mais mais je suis sûre que que que mes traducteurs euh [Musique] euh coréen japonais et cetera de de de de donc qui qui qui qui vivent dans dans des pays des des cultures qui qui sont tellement plus éloigné je suis sûr qu’il TR trouve le moyen de de de de de de de traduire évidemment non seulement la langue mais mais l’esprit aussi de ce qui est dit enfin j’en suis vraiment sûr enfin il y a il y a tout est traduisible je pense tu penses pas moi jeussi entre tout est traduisible et rien n’est jamais traduisible ça dépend des jours Marie vous parliez là des des des traductions coréennes culture parfois plus plus lointaine de la nottre quel rapport est-ce que vous vous avez justement à ces traductions très très nombreuses qui existent de de vos livres vous me disiez tout à l’heure que vous vous ne savez même pas dans combien de de langues vous êtes traduite est-ce que c’est encore votre livre ou estce parce que finalement c’est un nouveau texte pour vous bah c’est c’est c’est c’est le le le rapport de confiance absolue que j’ai en tant que lectrice je je je ne lui je ne puis lire malheureusement qu’en français je je je je ne puis lire des livres étrangers que traduit en français et et et ça m’a jamais empêché d’fin je je j’ai lu j’ai une grande passion pour la littérature japonaise américaine aussi mais mais enfin de de de toutes toutes les de de de de tous les pays et et et c’est ces livres ne m’arrive que que dans ma langue et et et et ça ige je je je leur Enis une une gratitude infinie ça m’oblige avoir une confiance totale envers les traducteurs puisque je je je je pourrais jamais vérifier de toute façon donc et mais mais ça m’importe pas euh tout ce tout tout tous ces livres mon mon mont formé m’ont aidé à à à à écrire grâce au truchement de de de la traduction et ça veut dire que c’était réussi d’une manière ou d’une autre et vraiment mais j’ai une oui une une une une énorme connaissance envers les traducteurs parce que sans eux je serais euh réduite à à à à ma langue et et et ce serait déjà bien parce que parce que voilà mais mais mais ce serait pas suffisant je poursuis un petit peu sur la manière concrète dont vous collaborez dont vous échangez ensemble je me souviens que à l’époque où était sortie la chef roman d’une cuisinière on avait eu un entretien toutes les deux Marie et de manière peut-être un peu facile ou rapide je sais pas moi j’avais tout de suite vu ce livre comme une sorte de porte ouverte sur votre propre processus créatif avec cette cette sorte d’artiste de la cuisine qui est un personnage très précoce très précise mais aussi sobre discrète raffinée qui refuse la facilité qui refuse les effets et et vous m’aviez répondu non non non moi je n’avais pas du tout l’intention d’ouvrir une porte sur ma propre cuisine au contraire ça me contrarie un petit peu alors je me demandais si vous faisiez exception avec avec vos traducteur vos traductrice et si Claudia vous aviez peut-être davantage pu entrevoir ce qui ce qui de quoi procède l’écriture et par exemple je sais pas les lieux qui qui inspirent marie en Z les personnages qui inspirent marie en non en fait moi je parle vraiment du texte on parle très peu enfin en dehors des questions que je pose à chaque fois on par parle très peu de de tes livres en fait moi je les prends comme ils sont et h je me sentirais indiscrète de poser des questions qui iraient plus loin qui iraient creusé d’où ça vient enfin non h je pensais par exemple à ces débuts de livre où on a l’impression de prendre le texte en cours et mais qu’en fait quelque chose précède et que peut-être une image euh est antérieure à à tout ça ça non plus vous n’allez pas vous n’avez jamais eu de discussion sur l’image qui déclenche tout le roman non parce que j’ai une image en fait enfin je je c’est l’image c’est celle qui qui se forme dans ma tête quand je le lis euh je sais pas mais mais je je je j’adore les questions aussi très précises je je sais pas si si tu t’en souviens Claudia mais pour euh la vengeance m’appartient euh euh pour le monologue de la la mère infanticide qui commence presque toutes ces phrases par mais mais mais et cetera tu tu tu m’avais tu t’interrogeais sur euh euh àur et et et et j’avais adoré ça parce que tu tu m’avais dit euh en allemand ce ce sont deux syllabes alors qu’en français c’est juste une et tu avais l’impression que que le mais est plus plus plus brutal et et et et que que qu’en allemand les deux syllabes étaient moins h moins révélatrice en tout cas de ce que disait le personnage j’adore ce genre de question c’est passionnant je trouve oui je m’étais vraiment posé question parce que deux syllabes à chaque fois ça faisait beaucoup pour le rythme ou parce que moi j’entends quand même une musique quand tu dis que tu n’y penses pas beaucoup mais moi quand je je te lis j’ai une musique dans la tête et notamment dans ce passage là qui est très très rythmé euh ça m’embêtait après je m’y suis faite et j’ai trouvé que ça ça faisait un sens aussi parce que le AR c’est un peu plus doux et puis ça d’une certaine manière ça colle bien avec le le personnage de Marl dit que voilà qui qui n’arrête pas de contredire quelque chose en elle-même ou ou quelqu’un d’autre qui lui poserait des questions on sait pas trop et mais le ma en effet il est plus il est plus plus dur quoiou mais c’est c’est aussi par rapport au au car de de son marie parce qu’il y a le monologue de chil principaux qui commence presque toutes ces phrases par car donc lui il explique elle elle se défend le car tu l’as tu l’as traduit par par va va je pense ou ah je sais plus je vais regarder je vous je vous cite juste une petite phrase pour plus dou hein c’est plus dou V que car car car ou c’est dur V je sais pas c’est ça me semble plus doux c’est moins culturel oui je vous cite une tout une une un tout petit extrait de de de ce long monologue de la merère infanticide pour que vous ayez en tête à quoi ça ça ressemble mais je ne sais plus démêler mais je le plain mais je le ai mais j’ai honte devant lui et tout c’est comme ça sur plusieurs pages cette femme qui commence toutes ces phrases PARM et vous m’aviez dit Claudia quand on s’est parlé au téléphone avant cette rencontre que vous pour traduire vous aviez imaginé une autre voix qui pas inventer cette voix parce qu’elle est elle est dans le texte attendez je vais le retrouver rapidement je crois euh parce que juste avant le le monologue la situation est POS c’est maître Suzanne qui posa de nombreuses questions auxquelles Marline répondait sans rétisence manifeste mais de la façon la plus brève et de sorte que qu’il semblerait à Maître Suzanne plus tard qu’elle avait parlé davantage que Marline donc dans ma tête le monologue enfin ce qu’il y a un monologue dans le livre est c’est c’est ce sont en fait les réponses misise bout à bout aux questions de maître Suzanne et ça ça m’a beaucoup aidé à à a placer ces mais ENF c’est en l’occurrence parce que j’imaginais pas de manière très concrète mais les questions et à quoi elle répondaient à chaque fois voilà c’était mon mon procédé intérieur pour pour m’aider à traduire ça alors que voilà enfin dans dans le texte c’est c’est juste un un monologue je il y a une chose dont on n pas encore parlé mais qui je crois a beaucoup d’importance dans les livres de Marie ce sont les les choix des des noms à la fois les les noms de lieu et les noms des des personnages des noms qui sont souvent répétés martelé à travers tout le texte qui parfois change aussi se métamorphose un petit peu un nom qui se transforme en un en un diminutif ou en un en un surnom ou des personnages qui choisissent volontairement de changer de nom si on pense pour les noms de lieu à Brive la Gaillarde vous voyez que tout de suite il y a des résonances des connotations qui qui qui s’ouvrent de la même manière pour les noms de personnages la divine en madame Le Marchand dans ce texte de théâtre qui s’appelle Hilda ça ouvre aussi un un imaginaire mais c’est difficilement traduisible alors quel quel choix est-ce que vous avez fait pour la transposition de ces différents noms de lieux de personnag moi je les ai simplement gardé les les noms propres autrefois ça se traduisait souvent et je pense que la convention un peu générale maintenant c’est de garder les noms tels qu’ils sont h h et et euh et est-ce que et est-ce que quand quand on lit en allemand maître Suzanne on entend que que ça peut être aussi un prénom oui oui c’est pareil h mais c’est ça qui qui est qui est merveilleux c’est-à-dire que dans dans des traductions euh d’autres langues complètement différente de de du français je je je peux pas me représenter si si Suzanne ça ça ça a aussi le sens d’un prénom ou pas mais mais mais mais peut-être que que les traducteurs du coup changeent ce ce ce nom pour pour qu’il fasse l’effet aussi d’un prénom dans dans la langue de oui ou s’il y a dans Rosie carp par exemple cette idée d’un personnage un peu muique enfin moi j’ai forcément on a tendance peut-être parfois à interpréter sur interpréter les connotations réson dans ce cas-là je crois qu’il y a un passage dans le livre où il est où il est question d’une carte enfin le nom est devient sujet de ou du texte et du coup j’ai traduit ça et puis après on le sait et puis le lecteur ou la lectrice remplie et ça c’est quelque chose que je peux faire quand c’est un un nom vraiment qui a un sens je peux faire une petite incise et préciser une fois et puis après c’est c’est introduit et puis le lecteur l’ dans la tête mariean vous nous aviez vous nous avez dit que vous ne pouviez lire que le français et et je crois que vous ne maîtrisez pas très bien le l’allemand et pour autant c’est l’Allemagne c’est le pays où vous avez choisi de vivre pendant plusieurs années en 2007 vous vous êtes installé à Berlin vous ê resté une dizaine d’années alors quel est le votre rapport à cette langue et aussi à cette ville parce que cette ville Berlin elle a fait l’objet de plusieurs textes elle est au cœur de plusieurs textes dont celui-ci ce très joli texte y pensa sans cesse paru à l’arbre vengeur qui est un texte en version bilingue avec la traduction mise en regard de de Claudia et et également des des photographies puisque les personnages sont dans le ring qui est ce ce ce de transport qui fait le tour euh de la ville alors euh quel est votre oui votre rapport à cette langue et à cette ville h mon rapport à l’Allemand il est c’est c’est c’est un rapport euh euh de chagrin euh en quelque sorte parce que parce que j’ai jamais réussi à appr prendre vraiment l’allemand pour oui oui pour pour pour des choses de tous les jours mais mais mais mais mais mais mais rien de plus rien de mieux et c’est un rapport de déception de vis-à-vis de moi-même euh je pensais que que en arrivant à Berlin ben je j’apprendrai la langue naturellement et et facilement et j’ai j’ai pris des je ne sais que combien de de dizaines et de dizaines VO de centaines d’heures de cours je pense sans grand résultat et plus je piétinais plus plus j’achetais de méthodes et de j’ai j’ai j’ai des maîtres et des maîtres de gramire de méthodes et cetera mais ce n’était que le que le que la le la marque de de de mon euh de mon insuffisance en fait c’est ça c’est pas fait et et c’est pour ça que j’ai j’ai oui voilà ça ça reste ça reste une déception mais mais plus que ça je je pense une sorte de peine et rattrapé rattrapé légèrement par grâce à mes enfants qui sont tous les trois parfaitement germanophone mais mais mais moi je je je sais que je ne le serai jamais donc ça reste ça reste une forme de de de de de oui de de de chagrin et est-ce que le rapport est aussi déceptif à la ville à Berlin parce que ah non du tout non non dans Berlin mon garçon qui est cette pièce de théâtre une mère de famille va chercher son enfant qui a disparu dans Berlin mais elle sa pas très bien où vous avez des mots assez durs sur cette sur cette ville ah non non non non du tout h Berlin reste reste euh bien que je n’y habite plus depuis quelques années mais Berlin sera toujours ma ma chère ville ma ville là oui non non non non il il y a pas c’est c’est pas h oui non Berlin enfin l’Allemagne général d’ailleurs reste dans mon cœur absolument malgré malgré voilà le le le le fait que que ma maîtrise de la langue sera toujours vraiment nul quoi en fait oui alors peut-être une ou deux dernières questions parce qu’après je voudrais que vous aussi vous ayez la parole et que vous puissiez poser les vôtres Claudia à force de fréquenter cette œuvre de Marie de de la connaître de de mieux en mieux est-ce que vous avez impression d’être plus efficace plus rapide dans votre traduction et est-ce que d’une manière plus générale ça a une incidence sur votre manière de traduire d’autres textes est-ce que ça va induit chez vous d’autres réflexes de traduction peut-être est-ce que ça a fait sauter certains verrous pour applicable dans d’autres traductions dans d’autres traductions je sais pas parce que chaque auteur a son univers et c’est non je ferai pas de parallèle mais par contre quand je traduis un nouveau livre de Marie c’est un peu comme rentrer à la maison enfin je me sens très à l’aise en fait c’est c’est un grand plaisir et bizarrement je même si d’une certaine manière euh ce sont des textes difficil je ne mets pas plus de temps que pour d’autres qui peuvent être écrit de manière plus simple plus voilà plus enfin avec moins de de serpentement et et de construction et tout ça mais voilà pour moi ça ça me convient et c’est vrai que au au début je je repassais plus souvent il y avait plus de de relecture il en avais 5 6 et maintenant à la 3è en général ça va donc voilà on se re on imagine que la traduction il y a une il y a une une part de casse-tê et de challenge c’est c’est Jean-Philippe toussin qui à la rentrée dernière a traduit tfeg le joueur d’échec et qui qui compare justement la traduction à aux échec en disant que la traduction c’est toujours un ensemble de contraintes qu’il faut tenir en même temps voilà une de trois contraintes à à combiner comme comme aux échecs donc il y a ce côtélà de la traduction mais malgré tout si vous poursuivez ce métier depuis des années j’imagine que vous en tirez aussi une grande satisfaction où il se situe le plaisir de traduire pour vous le plaisir est dans le casse-tête en fait et dans dans l’oubli de soi qu’il permet le casse-tête moi je ce qui me plaît dans la traduction c’est c’est l’état dans lequel ça me met ça me plonge euh c’est c’est entre deux enfin de de de nager entre deux rives en fait et puis de de d’un côé d’un côté en lisant de en d’un côé de l’autre en réécrivant et puis c’est c’est voilà je serpente entre les deux et puis j’aime j’adore ce cette troisième espace en fait entre entre les deux et et parfois j’aimerais pas finir une traduction parce que je suis bien tant que c’est pas fini et puis après quand je dois terminer c’est parfois c’est douloureux c’est c’est difficile mais je vous remercie beaucoup toutes les deux pour vos réponses merci