Enseignement 2022-2023 : Colonisation et migration
Séminaire du 05 mars 2024 : Conquête et décolonisation de l’Algérie – Les Algériens en France avant et après 1962 : retour critique sur l’histoire des migrations
Intervenante : Muriel Cohen, maîtresse de conférences en histoire contemporaine, université du Mans
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Chaire Migrations et sociétés
Professeur : François Héran, Collège de France
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[Musique] [Musique] bien bonjour à à tous à toutes c’est la dernière séance notre séminaire la prière fois qu’on se voit dans le cycle des cours et des séminaires cette année et je suis très accueil très heureux d’accueillir ici Muriel Cohen qui sera la l’unique oratrice Muriel Cohen est historienne agrégée d’histoire elle a
Enseigné comme beaucoup d’agrégé d’histoire en scène Saint-Denis avant de peu à peu progressivement rejoindre les centres de recherche du monde universitaire et elle est aujourd’hui maîtresse de conférence à l’Université duum alors leement université c’est la syntaxe angloïde qu’utilise maintenant l’administration française bon donc l’université duuman et elle a depuis longtemps et j’ai j’ai
Regardé ça et notamment sur la la houlette de marieclaude blanchaléard pendant une dizaine d’années du mémoire de de maîtrise au mémoire de DEA jusqu’au doctorat vous êtes intéressé au logement de l’immigration algérienne essentiellement dans euh et bien de de la guerre jusqu’aux années 80 disons euh
Et ça a donné lieu à une thèse magnifique qui a été publié dans une version a été publiée en 2020 les l’immigration invisible enfin il y a le mot invisible dans le titre et donc le sous-titre développe qu’il s’agit évidemment de du sort qui a été réservé à l’immigration algérienne vers la
France notamment la question du logement d’une part la question solidaire du regroupement familial et vous démontez vous allez y revenir je pense les idées reçues l’idée reçue selon laquelle le recroupement familial aurait été d’un coup décidé alors les versions varient par Jacques Chirac Giscard destin le Conseil d’État
Enfin il y a plusieurs coupable mais comme l’avait déjà dit depuis longtemps Patrick Veil l’immigration algérienne était déjà familial bien avant et ces dispositions juridiques ont plutôt enfin n’ pas eu l’effet considérable l’effet d’appel dont on parle si souvent euh les personnes voilà alors j’ai un un souvenir vous allez beaucoup parler du
Bidonville de Nanterre votre thèse publié en 2020 et d’ailleurs à une riche iconographie dont une partie se retrouve dans votre exposé et c’est un des souvenirs les plus marquants de ma jeunesse je devais avoir 13 ans je vivais en Alsace cétait un de mes premiers séjours à Paris et dans le
Cadre d’une association humanitaire peut-être le Secours catholique je me souviens plus très bien j’avais en autobus visité le bidonville de Nanterre qui était gigantesque c’était à perte de vue à perte de vue des cabanes des tôles il n avait pas de rue véritablement il y avait des chemins
Boueux où la pluie s’accumulait c’était très très impressionnant il y avait certes les Algériens mais il y avait aussi les Portugais par exemple c’était dans une petite partie du du milanville et c’est un des souvenirs les plus marquants de ma jeunesse j’avais pas imaginé que les gens puissent vivre dans
De tel conditions alors vous allez revenir sur tout ça et donc comme vous êtes seul aujourd’hui pour conclure cette série de de séminaire oh bah vous avez 50 minutes 1 heure quoi hein et puis on ensuite on discutera bonjour bonjour à toutes et à tous je suis ravie et honorée d’être ici
Et je remercie beaucoup François erand de m’avoir invité à à présenter mes travaux et plus largement à revenir ici sur la manière dont l’histoire de l’immigration algérienne a été écrite et diffusée depuis les années 80 90 en en effet l’histoire d’immigration algérienne a longtemps été une histoire à
Part surtout une partie de l’histoire de la guerre d’indépendance et de la colonisation les les travaux pionniers de Benjamin stor donc à à cette époque dans les années dans les les années 80 90 ont vraiment été les premiers à s’intéresser à à l’immigration algérienne vers la France ça pourrait
Être nuancé mais les plus les plus diffusés et et l’enjeu pour lui était notamment de faire émerger la participation des algérien en France à cette guerre de libération ce qui a fait que pendant les années 90 2000 de plus en plus de travaux ont été consacrés à l’immigration algérienne et
Ont repris ce cadrage historique en s’arrêtant donc en 1962 au moment de l’indépendance un peu comme si les Algériens avaient d’un coup disparu du territoire français et cette histoire ça a été évidemment beaucoup une histoire d’homme puisque la part des femmes dans la lutte pour l’indépendance est longtemps resté méconnu en particulier en
Métropole jusqu’au jusqu’aux travaux je dirais de de Marc André femme dévoilée qui qui élève un voile très intéressant là-dessus alors par la suite l’histoire de l’immigration algérienne c’est davantage inscrit justement dans le mouvement de l’histoire de l’immigration qui avait initié été initié par Gérard Noirel elle s’est intéressé à leur rôle comme
Travailleur et à leur de venir après l’indépendance bien sûr mais 1962 est toujours resté considéré comme une rupture capitale sans finalement qu’on interroge véritablement les effets pratiques de cette rupture sur les migrants ceux qui étaient déjà là et ce qui arrivait et donc mes travaux ont cherché parmi d’autres à mesurer les
Conséquences de cette rupture et en particulier donc sur l’immigration familiale comme vous la vous l’a dit déjà monsieur eran alors qu’est-ce que j’entends par algérien je pense que c’est un exercice à laquel auquel beaucoup de de mes collègues se sont prêtés mais il est toujours nécessaire d’y revenir euh ce
Que j’entends par là ce sont les populations qui étai considéré comme indigène avec des gumets bien sûr par l’état français et qui ont été saisis sous le statut de musulmans quel que soit leur pratique religieuse jusqu’en 1962 mais aussi au-delà puisque ces personnes ont d’abord été désignées à partir de 1865
Comme sujet algérien puis comme français nord-africains mais aussi Français musulmans Français musulmans d’Algérie quand on était en métropole après l’indépendance il a été fréquemment on a tendance à faire la différence entre donc les Algériens qui vivraient en France mais qui ont gardé la nationalité algérienne et les archis une catégorie
Assez complexe qui est une manière un peu rapide de désigner les personnes qui avaient pu travailler pour l’armée française pendant la guerre d’indépendance et qui sont parvenus à s’embarquer vers la France et qui sont toujours désignés notamment au recensement de 1968 comme Français musulmans donc voilà ça vous donne un
Cadre ça ça vous montre que je je je m’intéresse à une population large en fait à l’ensemble de la population originaire d’Algérie qui s’est installé en France mais donc considérer euh la population colonisée en fait ainsi ainsi qu’à leurs enfants c’est un groupe très large qui est traversé par de grandes
Divisions notamment au point de vue de la nationalité et ces divisions elles reflètent à la fois des choix individuels et collectifs mais aussi les choix juridiques de l’État français et de l’État algérien face à la décolonisation de l’Algérie je vous renvoie d’ailleurs à ce sujet aux travaux en cours qui commencecent à être
Publiés d’Emmanuel Blanchard et Linda Guerry sur la question de la réintégration dans la nationalité française d’un point de vue chronologique je vais concentrer ma présentation sur la période 1945 jusqu’à aujourd’hui disons que je vais tirer quelques fils jusqu’à aujourd’hui parce que une des particularités de la migration algérienne c’est qu’elle est active vers
La France depuis plus d’un siècle ça veut pas dire qu’elle est linéaire mais finalement elle ne s’est jamais arrêté et je crois que c’est ce qui lui donne outre la densité des liens très concrets entre les deux pays qui s’incarnent dans les relations familiales Transméditerranéenne notamment une place vraiment
Particulière dans l’histoire et aussi dans l’actualité française et pour développer mon propos je voudrais m’appuyer sur une série de photographies de Pierre Boula vous en avait une ici qui date de 1955 pierre boulas je ne sais pas si vous le connaissez c’est un photographe de presse très très reconnu pas
Forcément très grand public mais mais reconnu qui a travaillé pour de grands magazines internationaux comme life mais aussi pour elle ou pour Paris Match et cette série de photographies qui a été prise dans le cadre donc d’un reportage sur les Nord-Africains de Paris elle a été présentée dans de nombreux cadres dans
Des livres alors y compris dans dans le mien dans des expositions et elle incarne en quelque sorte les Algériens qui ont réussi en métropole à l’époque coloniale alors on va regarder un peu cette photographie ce qu’on voit c’est une famille algérienne assez nombreuse qui est installée de manière très
Confortable semble-t-il à une époque où on est en pleine crise du logement qui paraît assez excep ce salon est meublé décoré à l’oriental on pourrait dire avec pas mal de guillemets mais la famille est vêtue là aussi avec des gumets à l’européenne donc a le signe sans doute d’une double
Culture moi j’ai utilisé cette photographie dans ma thèse pour illustrer le cas des familles algériennes donc arrivé en métropole avant l’indépendance et donc un groupe sur lequel je reviendrai maises de famillees urbaine qui était venu rejoindre des travailleurs qualifiés et pour moi il faisait aucun doute c’est pas forcément quelque chose
Qui apparaissait dans mon travail mais il faisait aucun doute que cette famille elle était restée en France après l’indépendance comme un grand nombre de familles algériennes qui éta arrivé avant 62 et que les enfants présents sur cette photo avaient aujourd’hui des enfants français et dont les liens avec l’Algérie seraient plus ou moins
Étroit mais euh grâce à Annie Boula donc la femme de Pierre Boula avec qui j’ai échangé sur des questions de droit d’auteur je suis rentrée en contact avec le fils d’une des petites filles de la famille alors je vais essayer de vous voilà celle-ci s’agit de Nour
Euh et je suis rentrée grâce au euh fils de Nour en contact avec nour et mon regard sur cette photographie a beaucoup changé et donc à travers mes recherches concernant l’histoire de cette photographie et des personnes photographiées je pense qu’il y a un fil conducteur intéressant pour revisiter l’histoire d’immigration algérienne en
Lien avec les évolutions historiographiques récentes concernant l’histoire des migration donc je vais essayer de revenir dans un premier temps sur alors quelque chose qui a qui a déjà abordé le professeur eran l’existence donc d’une immigration familiale algérienne bien avant le décret sur le regroupement familial de
1976 et je pense que c’est quelque chose qui mérite euh d’être redit euh la deuxème le deuxème point que je vais aborder c’est la variété des trajectoires des migrants Algériens en métropole je vais essayer de comme le dit it Emmanuel Blanchard redonner une épaisseur sociologique à cette migration
Sur laquelle il y a souvent un regard très homogène on va dire et enfin je vais essayer de voir ce que cette photo nous dit sur l’histoire des migrations algériennes et non plus de l’immigration algérienne c’est-à-dire une histoire qui prend en compte les étapes les circulation les retours au
Pays donc une histoire des Algériens qui ont vécu en France et pas forcément une histoire des algériens qui sont restés en France et qui sont devenus Français voilà euh alors donc dans un premier temps je vais revenir sur le mythe d’une immigration algérienne qui serait restée masculine en gros jusqu’aux années 70
Alors donc éventuellement jusqu’en 73 date où l’État algérien ferme l’immigration 74 date où c’est l’état français euh qui met fin à l’immigration de travail euh en tout cas voilà quelle que soit la la date retenue effectivement ce qui domine c’est l’image d’une migration composé d’hommes euh célibataire entre
Guillemets puisque souvent il y a l’idée qu’il serait marié en Algérie qui serait des ouvriers non qualifié euh ass signer donc au foyer Sonacotra ou au bidonville ce discours son Coré là c’est effectivement l’idée que les familles algériennes n’était pas présente en France avant la naissance donc du
Regroupement familial qui serait né à la suite de la fermeture de l’immigration de travail en 74 et notamment il y a un décret effectivement de 1976 qui instaore un droit au regroupement familial ça veut pas dire que ça n’existe pas avant en tout cas il y a une espèce de confusion qui règne
Avec une immigration familiale qui reste mal connue peu étudier euh et qui est à l’origine d’un certain nombre de représentations problématiques euh sur lesquelles je reviendrai puisque du coup semblent les familles algériennes semblent surgir dans l’actualité avec les émeutes urbaines du début des années 80 alors je vais je vais revenir sur cette
Photo euh elle est prise donc en 1955 et donc elle nous montre bien que il y a des familles algériennes en France euh avant les années 70 alors qu’est-ce qu’on qui voit-on sur cette photo un couple et ses enfants je vais vous les présenter donc le père c’est Abdelkrim
Bousekar il est né à klemsen en Algérie en 1913 et sa femme s’appelle Zulia elle est née en 1925 donc au moment de la photographie ils ont respectivement 42 et 30 ans sur la photographie il y a aussi six enfants les quatre premiers vous allez les je pense les suivre en fonction de
Leur taille euh sont nés en Algérie le premier un petit garçon qui s’appelle Mohamed Sharaf est né en 1943 la 2uxè Zaira est née en 48 c’est celle c’est la deuxème en partant de la droite et euh il y a nia donc né à Tlemsen aussi en 195 51
Le je suis désolée de vous dire que le petit garçon que tient monsieur bousécart il est né en 1950 et il est mort très peu de temps après la photographie de botulisme après avoir consommé une conserve contaminée euh la suivante la fille suivante donc c’est celle que je vous ai désignée
C’est Nour elle elle est née en France elle est née à Saint-Denis en 1953 et enfin le petit dernier dans les bras de sa mère c’est abdouatif il est né en 1954 dans le 20e arrondissement donc on a une famille dont on peut déduire qu’elle est arrivée en métropole entre 51 et
53 par la date de naissance des enfants donc elle a eu des enfants sur place elle a eu des enfants en Algérie et évidemment la question que ça pose c’est est-ce que cette présence familiale est-ce que cette photo elle elle elle est unique est-ce qu’elle c’est un cas à part ou est-ce qu’elle
Nous dit finalement elle est le signe d’un phénomène plus large alors je vous donne quelques chiffres j’ai pas voulu je suis désolé pour cette slide mais normalement il y voilà je vais je vais pas vous assommer de chiffres euh le nombre d’Algériens en France il est connu par les recensements
De l’INC il y a toujours évidemment un certain nom de précaution à prendre ça donne quand même un ordre de grandeur assez fiable donc il y a pas de de de raison de pas s’appuyer dessus donc effectivement on recense 22000 Algériens en 46 10 fois plus en 1954 350000 donc
Une augmentation pendant la guerre qui fait qu’on est à 350000 en 62 et la croissance continue 550000 en 68 700000 en 75 et même 800000 en 82 trouver les chiffres des femmes est plus compliqué d’abord euh les femmes algériennes n’étaient pas autorisées à s’installer en métropole pendant l’entre de guerre jusqu’en
1947 et donc ça veut pas dire qu’il y a pas quelques femmes qui sont venues en France éventuellement qui s’y sont installés mais c’était un phénomène assez rare donc c’est après la zone guerre mondiale et l’instauration du statut des Algériens qui sont désormais des citoyens français que
On ne peut plus évidemment empêcher les femmes de circuler le ministère de la santé publique et de la population en recens à peu près 3000 en 1952 sur ces cartes euh bon qui valent ce qu’ell valent mais ce qu’on peut voir sur la carte dénommée carte 4 c’est en tout cas que la
Concentration des femmes dans les centres urbains est clairement plus importante que les Algériens qui sont sont un petit peu plus dispersés eux-mêmes étant déjà quand même très concentrés sur les zones urbaines et industrielles les chiffres d’André Michel une sociologue qui a beaucoup travaillé sur l’immigration algérienne
Dans les années 50 alors elle elle avait bien noté qu’au reensement de 54 on avait dénombré à peu près 9000 enfin à peu près 10000 femmes musulmanes établies en France en 55 on considère qu’il y en a à peu près 10000 donc effectivement ça ça fonctionne aurit à
Peu près 25000 femmes algériennes en 62 et près de 50000 en 68 donc on voit bien que l’idée de l’arrivée de l’immigration familiale algérienne dans les années 70 ne fonctionne pas vraiment mais ce qui est intéressant c’est que on a ces chiffres malgré ces chiffres ces chiffres qui en réalité étai toujours
Disponibl l’invisibilité des femmes des familles des enfants a persisté dans les représentations et on va essayer un peu de comprendre pourquoi en fait dans l’entre de guerre et jusqu’à la guerre d’indépendance on peut dire jusqu’aux années 56 57 il y a des familles qu’on peut qualifier d’algériennne en métropole
Mais en réalité c’est la plupart du temps des couples mixtes composés d’un homme algérien et d’une femme française ou européenne je vous donne un exemple celui d’Aubert Villier où on voit dans l’état civil effectivement des familles mixtes qui se forment dès l’entreux de guerre il y a un premier enfant avec un patronyme
Magrébin qui est reconnu par son père en 1921 alors il y a des petites Louise et Lucienne qui naissent là de père marocain en 1927 mais aussi des René et Roland qui sont les enfants de Ahed aid Sliman qui est venu de kabili et de Marie paolella qui est venu d’Italie qui
Sont nés en 1926 et 1932 voilà c’est seulement quelques exemples on voit aussi dans les recensements euh des hommes qui viennent avec leurs enfants souvent avec leurs fils donc on peut parler là aussi hein d’une population familiale à partir des années 50 dans certains cas en fonction de l’âge des
Enfants c’est pour scolariser ses enfants pour leur permettre d’être scolarisés vous savez qu’en Algérie euh cette scolarisation était très limitée très inégale en particulier dans les zones rurales et donc c’est finalement une motivation qui est assez peu mise en avant mais qui était vraiment fondamental il s’agissait aussi dans
Certains cas de faire rentrer un double salaire puisque jusqu’en 1959 la scolarité n’est obligatoire que jusqu’à 16 ans il y a un tournant ensuite euh avec la gare d’Algérie et l’ouverture des camp de regroupement à partir de 1955 et à partir de là on va assister à une
Immigration familiale de refuge en fait là aussi qui a rarement été désigné comme tel euh qui part en particulier des auress et donc il y a des femmes beaucoup beaucoup de femmes je reviendrai qui arrivent sans forcément avoir le temps de prévenir leur mari pour fuir les régions qui sont les plus
Marquées par la guerre et ces arrivées se poursuivent après 1962 dans un contexte à la fois de déstabilisation et économique de l’Algérie euh et voilà de de croissance économique du du côté du côté français et après 62 va y avoir un changement progressive dans la législation avec une volonté de limiter
Les arrivées des familles algériennes en France à la fois de la part du gouvernement français mais aussi du gouvernement algérien et en 196 64 65 et mis en place un certificat de logement pour les familles qui va bloquer très largement les départs de familles algériennes vers la France ce qui peut vous paraître
Contradictoire avec le fait que je vous ai dit que la population familiale algérienne continuer à progresser et en fait c’est ce sur quoi je veux insister qui me paraît très important c’est de comprendre que cette croissance de la population algérienne à partir de l’indépendance évidemment il y a
Toujours une immigration mais il y a aussi beaucoup de naissance sur place voilà il y a beaucoup de naissance sur place comme dans la famille bousécart vous avez vu que c’était une famille nombreuse et c’est une situation qui est répandue entre 56 et 62 il y a eu 58000
Naissances d’enfants de mère algérienne en France et je vous demande de me croire sur parole ou d’aller lire mon livre mais euh pendant la période des années 60 70 la croissance du nombre d’Algériens d’enfant algériens excusez-moi en France est davantage lié aux naissances sur place qu’au sold de
Migratoire notamment parce qu’il y a des blocages qui ont été mis en place des restrictions à l’immigration au recensement de 75 il y a en France 130000 enfants qui sont nés de père algérien en France entre 1946 et 1966 et donc ce qui est vraiment étonnant c’est qu’il reste largement invisible et
N’apparaissent au grand jour que lors des émeutes donc de villeurbane de vétieux par exemple en région lyonnaise au début des années 80 et puis évidemment avec la marche aussi pour l’égalité 1983 sur lesquels je vais pas revenir mais qui apparaissent dans un contexte de discrimination policière dans l’accès
Au marché du travail et au logement de ces jeunes qui sont à l’origine de ces différentes formes euh de revendication donc voilà j’ai je termine là-dessus mais l’idée reçue de l’arrivée de famille algérienne à partir de 1976 est fausse euh elle est fausse et elle pose problème
Euh sa mise en avant systématique pose problème parce que de mon point de vue il s’agit d’une forme d’instrumentalisation politique la plupart du temps quand on insiste sur la naissance du regroupement familial en 1976 ça va être pour dire que quelques années plus tard apparaissent les premières difficultés dans les B lieux
Dans les grands ensembles et justement donc les les les ameutes urbaines donc c’est une façon d’associer naissance de l’immigration familiale et notamment en provenance des anciennes colonies et dibut de ces difficultés or j’espère vous avoir montré que cette immigration est en réalité plus ancienne donc de ce
Point de vue je trouve que la photographie de Pierre Boula elle incarne un aspect important de cette histoire de la migration algérienne en France maintenant dans une deuxième partie je vais revenir sur les représentations de l’immigration algérienne du point de vue de leur situation socio-économique dans
Les années 50-70 donc je l’ai déjà dit cette représentation c’est des travailleurs surtout éventuellement des familles de sous-prolétaires qui vivent dans des logements insalubres des bidonville faute de revenu stable euh aujourd’hui les bidonvillees de nanther sont devenus et peut-être que j’en suis en partie responsable mais euh dans l’Emmanuel scolaire mais c’est
Intéressant hein vraiment le symbole des limites des 30 glorieuses mais du coup ils sont aussi devenu très souvent la seule manière de percevoir la condition algérienne à l’époque euh alors essayons de de de voir ce qu’il en est la la situation des Algériens euh donc cé libataire qui
Arrive en métropole au début des années 50 est effectivement très difficile parce qu’au début des années 50 la reprise économique n’est pas vraiment là donc en fait ils sont souvent au chômage ils sont pas protégés comme les autres travailleurs étrangers par des accords bilatéraux et en relisant André Michel
Euh j’ai été attiré sur ce qu’elle elle parle d’un bidonville algérien quand même le long du boulevard montparnass en face de la gare Montparnasse et donc il y a effectivement un article du Monde daté de Novembre 54 signé deugen Manoni qui évoque bien ce ce bidonville et donc
C’est vrai que c’est impressionnant elle rappelle aussi dans son ouvrage Les travailleurs immigrés algériens parus en 56 que lors de l’hiver 54 donc l’appel de la baie pierre en fait c’est les Algériens qui forment la majorité des sansabriis et euh elle dit donc sur 1600 personnes secourues d’urgence à la suite
De cet appel 67 % étai des Algériens h excusez-moi toujours selon elle 20 % des locataires de garni de la Scine vous savez hein le l’ancien département de la scinene qui a existé jusqu’en 68 et qui comprenait Paris et sa petite couronne donc 20 % des locataires de garni de la
Scène étaient d’origine nord-africaine ce qui désigne très largement les Algériens soit 80000 sur 400000 et elle dit tous ces garnis se caractérise par leur vêtuseté leur délabrement et leur surpopulation la discrimination dont font preuve les hôteliers européens à l’égard des Nord-Africains les a forcé à s’installer dans des hôtels tenus par
Des compatriotes ou bien des hôteliers européens dont les chambres sont vetust choisissent délibérément la clientèle nord-africaine plus rentable puisqu’on peut entasser plusieurs nord-africains dans une chambre et que chacun paye un loyer vous pouvez remarquer la modernité de son travail qui parle déjà des discriminations alors la situation de l’emploi des
Algériens va s’améliorer avec le redémarrage industriel à partir de la moitié des années 50 mais ce qui est sûr c’est qu’effectivement les Algériens sont restés durablement assignés à des formes d’habitat spécifiques comme notamment les foyers Sonacotra sur lesquel a travaillé chourimed et sur lesqueles je ne vais
Pas revenir ici on pourra en reparler si vous le souhaitez dans les questions donc tout ça est attester est une réalité bien sûr mais il me semble que cette réalité a tendance à dissimuler la diversité des parcours des Algériens qui s’est manifesté en réalité dès l’entre de guerre et cette diversité des parcours
Elle est liée en fait aussi à une certaine diversité sociale au sein de la population colonisée en Algérie et ça c’est quelque chose dont témoigne le cas de la famille Bécart donc sur lequel je vais revenir à nouveau on va repartir de ces familles tel qu’ellest enfin de ces photographies plutôt excusez-moi
Telleles qu’elles ont été publiées sur plusieurs supports qui se complètent et qui se contredisent à la fois donc je vais vous emmener un petit peu dans l’enquête que j’ai mené pour essayer de de comprendre qui qui était cette famille où elle habitait à l’époque et cetera alors moi le mon entrée enfin la
Première fois que j’ai pris connaissance de ces photographie en fait c’est dans le catalogue de l’exposition viexil donc qui avait eu lieu à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration en 2012 et et donc dans le catalogue qui avait été dirigé par Benjamin Stora et Linda amie
Il y a cette photographie donc assez extraordinaire avec cette légende famille nouvellement installée dans un appartement neuf à jeunevillier bon et puis donc en en en en essayant de chercher un petit peu plus je suis tombée sur le site internet donc animé par anni Boula qui euh qui
Qui qui conserve les photographies de son fils et de sa fille Alexandra et sur cette photographie qui apporte quand même plus d’éléments qui on voit que c’est la même série alors on ne sait pas où a été prise la photo par contre vous pouvez lire vous pouvez le
Lire deux fois j’avais peur que vous arriviez pas à lire que Monsieur Abdelkrim bousekart gardien d’usine a réussi il a fait venir sa famille et grâce auprès de l’association d’aide aux familles nord-africaine il a pu acheter cet appartement qu’il pra en 20 ans donc très bien et finalement la photographie elle est paru
À l’origine dans Paris Match en 1955 à l’occasion d’un article consacré à l’émeute de la Goutte d’Or qui a été d’ailleurs étudié qui a fait l’objet d’un d’un article d’Emmanuel Blanchard et là je vous fais le zoom évidemment donc vous voyez qu’il y a la photographie de gauche la photographie de
Droite et donc photographie de gauche cette famille cabille habite à jeunevillier une cabane de planché de tôle ils sont huit grands-parents parents et quatre enfant dans une seule pièce et à droite Abdel Krim bouekar est un riche entre guillemets gardien d’usine il gagne 29000 francs et à 6
Enfants il a acheté à tempérament donc pour les plus jeunes je traduis à crédit un trois pièces a choisi le roi alors on voit qu’il y a un certain flou dans ces légendes qui qui qui est pas étonnant en fait qui qui traduit souvent euh le le le peu d’attention alors je crois
Que c’est vraiment quelque chose qui est en train de changer mais qui a qui a été porté aux photographies comme source historique le fait qu’elles étaient souvent réduites à un statut illustratif qui faisait qu’on bon voilà on allait pas voir de de de très près de quoi il s’agissait hein ce
Qui est d’ailleurs le cas finalement dans mon livre puisqueà ce moment-là je n’ai je n’ai pas conscience de tout ça euh et donc ce qui est intéressant c’est de voir que la source d’origine indique que la famille n’habite pas à jeunevillier mais a choisi le roi en
Banlieu Sud ce n’est pas tout à fait au même endroit alors ce qu’on comprend du coup quand on regarde les pages de Paris Match c’est sans doute qu’au moment du catalogue il y a eu une confusion euh voilà mais qui est aussi euh un espèce de enfin voilà qui traduit aussi des
Associations d’idées peut-être un peu inconscientes euh entre cette famille qui a choisi le roi et la photo d’à côté qui a été prise à jeuneviler en tout cas voilà la la cette confrontation des sources elle est elle est intéressante mais il y a encore des des question donc qui pardon pardon qui
Demeure euh comment un gardien d’usine parvient à bénéficier d’un crédit donc on a une partie de la réponse hein il y a un prêt de l’association d’aide aux familles nord-africaines donc c’est c’est spécifique aux familles africaines est-ce que c’est une pratique courante voilà on a envie d’en savoir plus et
Puis quand même on se dit ce logement il est vraiment il a l’air très beau il est merveilleusement meublé avec des tapis des divans les meubles coûtent coûtent cher à à l’époque et donc bon ça paraît quand même assez exceptionnel même pour une famille d’ enfin à une époque où les
Ouvriers français sont majoritairement eux-mêmes logés dans des dans des logements insalubres je vous rappelle que la moitié de logements français n’ont pas all au courant en 1948 et les 3/4 n’ont pas de salle d’eau donc il y a vraiment un enjeu à essayer de compr prendre cette situation ces conditions
De logement en 1955 est-ce que c’est exceptionnel voilà ou quand même dans un contexte où la situation coloniale induit des rapports économiques très déséquilibrés en défaveur des Algériens et donc il faut essayer de comprendre le parcours de cette famille donc ce parcours j’ai pu quand même le reconstituer en parti à partir
D’entretien donc avec la fille d’Abdel Krim bousécart donc qui s’appelle nour dendan et son fils Mohammed dendan et puis aussi la consultation d’arché je vois que il faut que je ne perde pas trop de temps mais je vous je vous présente quand même un petit peu le le parcours de cette famille donc
Monsieur bouséard il est né à thlemsen en 1913 il s’est marié avec Zulia en 1941 et euh donc lui il avait 28 ans elle en avait 16 son grand-père à lui était maréchal ferrand ce qui est déjà un statut social relativement favorable c’est pas un f là
C’est pas un petit agriculteur qui est soumis au capric du climat et aux confiscations de terres il a reçu une éducation primaire ce qui est rare même en ville à l’époque où il naît pour les Algériens et il en a conservé semble-t-il une belle écriture euh c’est sa fille qui
Dit ça que c’est c’était quelqu’un voilà qui écrivait très bien qui était très ordonné et cetera néanmoins il est devenu orphelin à l’âge de 12 ans et s’est retrouvé chargé de famille de son frère de sa sœur donc il a fait des petits métiers notamment il aurait vendu
Des oranges et voilà fait plein de petits métiers àlemsen la suite de l’histoire je l’ai trouvé dans son dossier du ministère du Travail qui nous renseigne sur sans doute son parcours tel qu’il l’a présenté lui-même et ce qui est intéressant c’est que là donc voilà clemsen on apprend qu’il a travaillé à
L’hôtel de la Compagnie Générale Transatlantique de Tlemsen où il a été serveur apprenti serveur puis chef de rang entre 1929 et 1935 donc à partir de ces 16 ans il a une expérience de la fréquentation de la population européenne d’Algérie et même des métropolitains qui viennent faire du
Tourisme dans ces hôtel de la Compagnie générale transatlantique en Algérie euh par la suite il a été engagé volontaire dans l’armée à partir de 1935 jusqu’en 1940 il est allé en Tunisie au levent et de 40 à 43 il est maître d’hôtel au messes des officiers du 2e Spay algérien
Puis rappelé en 43 sous les drapeaux jusqu’en 45 après la guerre il est toujours en Algérie il devient gérant d’un hôtel restaurant pendant 5 ans et puis peut-être que celui-ci fait faillite et il devient maître d’hôtel à Alger à l’hôtel Albert premier qui est un hôtel de luxe pendant 2 ans et
Finalement il est ensuite commerçant d’articles indigènes entre 51 et 53 et donc c’est toujours ce moment où on sait pas s’il est entre métropole s’il est en métropole ou en Algérie ce qui est sûr c’est qu’en 53 il est en métropole puisque sa fille né à Saint-Denis et qu’apparemment la famille vivait alors
Dans un hôtel à aubervillier en 53 il devient magasinier en France donc dans un centre de la FPA c’est la formation professionnelle pour adultes et donc en fait c’est sans doute qui explique ce qui explique qu’il soit présenté sur la photographie euh comme un gardien d’usine ça a dû être une façon de
Simplifier plutôt que de dire magasinier pour la FPA de devoir expliquer ce que c’est que la FPA ils ont dû dire gardien d’usine bon euh 53 c’est l’année où il s’est installé dans ce logement qui se trouve je suis désolée cette photographie est vraiment pas belle mais c’est pour vous
Donner une idée de à quoi ressemble le bâtiment dans lequel la photographie a été prise l’adresse c’est 24 rue Albert prier donc là il y a écrit 20 mais je vous demande de me croire il y a bien écrit sur le panneau 20 22 24 rue Albert prer à choisi
Et du coup se repose cette question comment est-ce qu’il a obtenu ce prêt alors qu’il était magasiné en fait sa fille Nour a mentionné le fait que son père il avait des amis français euh un peu haut placé euh mais des vrais amis des gens avec qui il fêent le réveillon comme monsieur
Bouséard a été cuisinier dans des hôtels de luxe il fait visiblement très bien la cuisine et donc il invite ses amis français euh pour le réveillon il prépare le repas pour tout le monde on peut se demander si c’est pas ses amis qui ont aidé la famille à obtenir le
Prêt peut-être en se portant garante on peut aussi se demander si l’origine de ces très beaux meubles c’est pas cette période où il a été commerçant d’articles indigènes voilà est-ce que c’est pas ça qui lui a permis de se procurer ses meubles en tout cas une chose intéressante c’est que la
Toile désolé je que vous voyez en arrière-plan euh elle a été réalisé par son frère dilali qui était artisan tisseur et qui avait reçu une médaille du gouvernement français comme meilleur artisan de France voilà donc ça aussi c’est des éléments qui nous permettent de comprendre qu’il y a un statut social de
Cette famille à l’origine en Algérie même s’il y a eu des formes de déclassement lié au fit qui soit qui soit devenu orphelin et donc la fin du parcours c’est qu’en juin 1955 mais donc sans doute après que la photographie est été prise excusez-moi il est embauché comme contractuel en tant que contrôleur
Social de la main d’œuvre nord-africaine et donc là il y a quand même un changement de statut social puisque son travail consiste à prospecter pour du travail dans des usines pour des demandeurs d’emploi nord-africain et à les plac donc il devient une sorte de cadre un employé qui ne fait plus un
Travail manuel voilà et du coup la photographie évidemment elle est très réductrice par rapport à la trajectoire ce parcours d’Abdelkrim Bekar il est pas exceptionnel mais il est remarquable c’est celui d’un Algérien urbain alors que la majorité de la population algérienne est quand même rurale et qui travaille donc au sein de
La société européenne d’abord dans l’hôtellerie puis au sein de l’armée et qui réinvestit les compétences qu’il a acquises donc il va travailler au MES et cetera et son départ en métropole dans un contexte où l’administration française cherche du personnel d’encadrement qui parle arabe et qui est considéré comme loyal évidemment d’un
Point de vue politique donc lui il a fait l’armée il a obtenu le grade de maréchal d’élogis nous amène à faire l’hypothèse que son parcours en fait lui a permis d’intégrer les codes de cette société européenne mais aussi un peu des élites parce qu’il a servi dans ses
Hôtels prestigieux et cetera et que c’est ce c’est ce qui lui a permis d’avoir ce parcours mais ce parcours il est pas inédit encore une fois il faut le réinscrire dans la temporalité de l’immigration familiale de l’époque et comme je vous l’ai dit en fait en 1955
C’est pas inédit qu’il a des femmes il y en a 3000 4000 5000 qui vivent en métropole et ces femmes elles vivent dans des conditions relativement favorable dans le sens où les familles qui viennent s’installer en métropole à cette date-là c’est parce que leur mari a une position stable et bien rémunérée
Voilà et ça toutes les sources le disent je vous donne un exemple c’est une assistante sociale qui dit en 1956 les musulmans qui font venir leur famille sont en général des Nord africain bien adaptés à la vie européenne et qui ont un salaire sûr et donc il y a un basculement qui se
Produit avec la guerre comme je vous l’ai dit tout à l’heure qui est que en fait ça devient face à à aux violences face au déplacements de population les familles arrivent de manière précipitée c’est une immigration refuge au chef auprès de chefs de famille qui eux N n’ont pas de revenus
Suffisant sont pas forcément stabilisés et qui donc ne vont pas pouvoir les accueillir autrement notamment que dans des logements insalubres et dans des bidonvillees comme ceux de Nanterre donc je vous donne quelques chiffres les bidonvillees de nanter qui sont je le précise tout de suite donc pas les seuls
Bidonvilles en France il y a pas que les Algériens qui vivent dans des bidonvilles à cette époque les Portugais comme vous l’avez dit euh sont nombreux également sont même plus nombreux que les Algériens quasiment dans les dans les années 60 euh et la majorité des Algériens ne vivent pas en bidonville
D’accord pour autant évidemment que ce cas des bidonvillees de nan c’est spectaculaire euh il y a 200 familles qui vivent en 1959 pour à peu près 6000 célibataires 2 ans plus tard en 61 il y a 800 familles qui vivent dans ces bidonvillees euh tandis que le nombre de
Célibataires a diminué et cette croissance elle va continuer jusqu’en 1965 jusqu’à atteindre à peu près 10000 habitants mais vraiment j’insiste sur le fait que ces bidonvillees ne représente pas la situation de la majorité des familles algériennes à l’échelle nationale c’est sans doute 10 à 15 % évidemment c’est considérable mais c’est
Loin d’être la majorité de la situation des familles algériennes pourtant voilà il y a cette association qui était très présente et cette association elle est liée notamment au fait qu’il y a énormément de photographies et ce dont vous avez témoigné dans votre expérience le fait que voilà il y avait des enfants qui
Venaient faire une forme de travail social euh dans les bidonville de dare c’était c’était voilà vraiment devenu un espèce d’emblème un point de cristallisation notamment euh pour la pour la gauche sociale pour la gauche catholique et euh et il y a énormément de photographies qui ont été réalisé là-bas qui ont été
Diffusé avec une vision souvent très empathique mais de mon point de vue assez misérabiliste parce que c’est des photographies qui ont été la plupart du temps prises par des gens extérieurs qui venaient là pour quelques heures qui pouvaient pas se lier avec les habitants qui rentrai pas dans les logements même
Dans les cours euh et qui donc donne ce type de photographie qui traduisent bien une réalité hein euh évidemment mais donc voilà où on va voir des enfants qui joue sur sur les terrains vagues ce qui est intéressant c’est de confronter quand même ces photographies à d’autres
Euh à d’autres qui sont moins connus qui ont moins circulé notamment les photographies de Monique harveau euh et celle de de CGE Santelli donc à droite qui sont des photographies qui sont réalisées par des gens qui ont passé du temps sur place qui sont proches des familles et qui donc sont intrés dans
Leur intimité qui les connaissent euh et voilà qui qui donne accès un mot sur Monique Herveau bien sûr Monique harveau c’est c’était une une travailleuse sociale mais indépendante je je je la qualifie parfois d’établi donc c’est quelqu’un qui s’est installé dans les bidonville de dterre dans le bidonville de la folie
À partir de 1959 dans le cadre du service civique international qui était un peu une association de chantier construction elle a rompu avec eux pendant la guerre d’indépendance sur des questions justement politiques de rapport avec le FNN et elle elle est restée sur place et pas seulement jusqu’en 62 elle est
Restée jusqu’à la résortion totale desbinonville en 71 par la suite elle a rejoint la simade elle a elle a continué à militer pour le le droit au logement des étrangers et elle est décédée l’an dernier qui a été oui oui ça ça a été quel quelqu’un de fondamental dans mes
Pour mes travaux et et et quelqu’un dont j’étais proche et que je regrette euh en tout cas voilà et par ailleurs parmi ces nombreuses qualités même si elle avait un très mauvais caractère moniqueo a fait des très belles photos parce qu’elle avait commencé par une formation au beauart et
Donc elle a laissé des milliers de photos qui sont disponibles à la contemporaine et voilà notamment des des portraits de famille et des portraits de famille qu’elle fait euh par comme elle prend des amis quoi en fait comme elle prend des proches euh sur les photos de
Droite c’est un peu différent c’est des c’est des photographies qui ont été réalisées en fait par des étudiants en architecture en 1968 euh dans un autre binonville et et voilà et ces photographies sont aujourd’hui disponibles aux archives départemental et c’est aussi des photographies très intéressantes parce que Monique Herveau
Elle était très proche des familles mais elle avait av une pudeur qui faisait qu’elle ne prenait pas de photographie à l’intérieur des baraques parce qu’elle trouvait que voilà c’était c’était une trop intime et ces jeunes étudiants avec la fou de la jeunesse ne se posent pas ces questions et eux ils photographient
L’intérieur des baraque donc ça fait quand même une source assez assez extraordinaire et je vous montre une non je je confonds entre les deux ordinateurs une dernière photographie extraordinaire puisqu’elle a été prise par des habitants euh du bidonville de la folie dans leur baraque euh à l’occasion d’un anniversaire à la fin
Voilà c’est à peu près la fin de de l’époque des des bidonvillees ils vont bientôt disparaître mais ce qui est évidemment assez remarquable c’est que qui pourrait dire que cette photographie a été prise dans une baraque de bidonvier voilà euh dans dans ma thèse je vais pas l’illustrer ici mais j’ai une autre
Source qui a permis de faire émerger euh une couche de migrants plus favorisée à partir des années 60 c’est les dossiers de regroupement familial justement euh sur les 700 dossiers euh qui ont reçu une réponse favorable qui ont été déposés dans les hautes scènes entre 66
Et 76 euh et qui ont reçu une réponse positive alors où se logent ces familles pour un/ers elles sont logées dans des par des particulierers hein dans dans des dans le parc ordinaire dans des logements sains relativement confortables un/4 ont accédé à un logement social un/ cè sont dans des
Formes de location diverses et il y a pour aussi 10 % de propriétaires donc ce que je veux dire c’est que dans les années 60-70 coexiste des familles très mal logées en bidonville en ciété de transit dans des logements salure et aussi voilà des des ces différentes strates de familles qui
Sont arrivées au cours du temps et notamment les nouveaux nouveau venus qui sont aussi des jeunes couples issus des villes donc c’est pas l’époque de Monsieur bouséart c’est c’est l’époque postérieur avec des chefs de famille qui sont relativement formés qui viennent souvent avant même d’avoir eu des
Enfants ils viennent juste de se marier et qui parviennent aussi à se loger de manière décente donc mon propos n’est évidemment pas de minimiser les discriminations dont les algérien ont fait l’objet hein à la fois dans l’accès au marché du travail là-dessus vous avez les travaux de leur pit dans l’accès au
Marché du logement dans ce contexte colonial et post-colonial mais ce sur quoi j’essaie d’insister c’est l’importance de voir aussi la diversité de ces trajectoire et d’insister aussi sur ce qu’on appelle vous avez déjà dû en entendre parler l’agency la marge de manœuvre de ces migrants qui malgré un contexte extrêmement contraint au point
De vue économique et législatif par parviennent à partir de leurs propres ressources mais et des ressources encore une fois qui sont souvent cumulées avant leur départ qu”s ont qu’ils ont voilà qui tiennent à leur situation en Algérie et ils parviennent donc à améliorer leur situation et celle de leur famille donc
Dans une dernière partie si j’ai bien une heure comme on l’a dit au départ il me reste donc à peu près 10 minutes les je vais essayer de vous dire ce qui est devenu la famille Bécart et qu’est-ce que ça nous dit sur la condition des algériens en France et le relation franco-algérienne
Alors pendant longtemps je reviens à cette manière dont on a écrit l’histoire de l’immigration algérienne on s’est focalisé sur le processus de l’enracinement sur l’intégration c’était une question au moment où né justement c’est pour ça aussi que né l’histoire de l’immigration en France euh il y a voilà un discours
Qui se développe il y a la montée de extrême droite du Front National et et le développement d’un discours sur un des problèmes sur un supposé problème d’intégration des migrants issus des anciennes colonies et donc les historiens vont faire ce travail d’aller voir comment ça se passait avant comment
Ça s’est passé pour les Polonais pour les Italiens et cetera et essayer de comprendre voilà est-ce que c’est la même chose ou pas donc ils vont voir beaucoup de similar peut-être qu’il vont disons que la la dimension coloniale n’est peut-être pas encore suffisamment prise en compte voilà dans cette cet
Héritage et et et et la et la dans le poids des des discriminations disons intergénérationnel en tout cas aujourd’hui et notamment je pense mais peut-être que que François il reviendra mieux que moi mais face au au mouvement migratoir int P que connaît l’Europe depuis 2015 et aussi en appui
Je pense sur des travaux très intéressants je pense à ceux de de de Paul André Rosental ou de de de Jean-Claude Farcy sur les mobilités mmigratoire au 19e siècle on a repensé aussi la manière de de de de penser l’immigration avec une attention plus importante aux circulations aux étapes
Aux phénomènes d’All retours et donc c’est finalement là-dessus que la photographie des bousécarts est à la fois la plus contreintuitive et la plus importante peut-être parce qu’en fait contrairement à ce que moi j’avais imaginé en voyant la photographie le témoignage de Mohamed dendan m’apprend que la famille est repartie en Algérie en
1968 en raison pour différentes raisons des motifs qui se combinent qui tiennent à l’emploi à la maladie et au sentiment de discrimination donc évidemment il est difficile de faire la part des choses euh entre ces ces différents facteurs mais les documents administratifs viennent bien confirmer ses propos donc
En fait monsieur bouscard il entre en congé maladie à partir de 1967 et il a droit à un congé pour une durée maximale de 3 ans donc on comprend que la situation euh est grave et en 68 après 15 ans de vie en France toute la famille
Quitte choisit le roi pour repartir à thlemsen ce retour il est donc lié encore une fois à son état de santé mais aussi semble-t-il et ça c’est le témoignage de sa fille au fait qu’il ne peut pas devenir titulaire il peut pas devenir titulaire de son poste il est
Toujours contractuel au ministère du travail chargé donc de la population nord-africaine hein c’est toujours la manière dont on la désigne à peu près à ce moment-là et il peut pas devenir titulaire s’il prend pas la nationalité française mais lui il le refuse et il tire une grande amertume de cette
Situation euh sa fille mentionne également une montée du racisme elle dit qu’elle a été insultée par les voisins le jour de son déménagement le jour où elle quitte le logement euh de choisi le roi et donc à son retour euh il repart en Algérie et euh en soit 68 le wali
Donc l’équivalent du préfet confie ce qui est pas très étonnant étant donné les fonctions qu’il a eu lui confie deux usine à thlemsen et mais bon en fait monsieur monsieur Bekar il embauche des contrreemettes pour s’occuper de l’usine et il continue à faire des allers-retours vers la France notamment
Pour se faire soigner à l’hôpital la ENEC et il loge alors dans le 19e arrondissement il essaie de reprendre son poste mais il retombe malade il fait un infarctus et il repart en congé et là il donnera plus de nouvelles à son employeur il répond plus aux mises en demeure et
Finalement il décède en février 1971 à Mansoura à proximité de tlens donc relativement jeune sa mère euh la excusez-moi la mère de Mohamed dendan donc sa fille Nour elle elle a arrêté tôt l’école son père l’a retiré tôt de l’école et en Algérie arrivé en Algérie elle est néanmoins
Devenue trétaire de direction dans plusieurs entreprises et elle a pris sa retraite en 1996 quand l’arabisation a touché toute l’administration algérienne parce qu’à cette époque- làà elle ne parlait toujours pas arabe elle ne parlait que le français elle s’est mariée avec un musicien monsieur dendan donc avec
Lequel elle a eu deux fils don Mohamed qui a fait donc des études d’arabes et qui s’est marié avec une française d’origine algérienne et lui-même est parti s’installer en France où il en enseigne désormais l’arabe au collège à Paris et c’est pour ça que moi quand je
L’ai rencontré bah pour moi il est la famille était aussi resté en France tout du long j’avais évidemment pas en tête cet épisode et en fait c’est en visitant avec ses élèves l’exposition une exposition à la Philharmonie qui s’appelait almica euh que Mohammed dendan est tombé sur la
Photographie de Boula qui l’avait déjà vu dans sa famille en algé érie et dont sa mère lui avait déjà parlé donc pour finir voilà cet épilogue il nous renvoie à plusieurs points cruciaux de l’histoire franco-algérienne po-indépendance d’une part l’ambigué de la situation dans laquelle sont placés les Algériens de France au lemain de
L’indépendance à la fois par l’état français et l’État algérien ils sont enjoints de faire un choix entre nationalité algérienne et française en 6 65 puis en 67 au plus tard la plupart vont garder la nationalité algérienne d’abord bord en symbole de leur fidélité à la cause de l’indépendance on est
Juste après la guerre effectivement ça paraît très difficile de prendre la nationalité française donc celle de l’ancien ennemi euh mais aussi de manière plus pragmatique il y a la crainte de pas pouvoir retourner en Algérie d’être assimilé à des archis ce choix de la nationalité algérienne a amené beaucoup d’Algériens
Ça on le sait euh à perdre leur statut de titulaire alors lui l’a jamais eu mais du coup il n’a jamais pu l’être et il y avait des des des des des fonctionnaires des petits fonctionnaires des petits employés qui ont St perdu comme ça leur statut titulaire ce qui
Veut dire concrètement des pertes d’avantages sociaux de congés de points de retraite et cetera en France les enfants nés euh pardon les en revanche les enfants nés en France après le 1er janvier 1963 donc deux parents algériens ont été par le double droit du sol considéré comme Français de naissance et ça aussi
Ça crée une drôle de situation parce que dans une même famille on peut avoir des enfants qui sont nés en France avant le 1er janvier 1963 et d’autres qui sont nés après dans la famille bousekart la question ne se pose pas ils sont tous nés avant 63 donc ils avaient tous la
Nationalité algérienne mais en fait c’est une situation qui a concerné beaucoup de familles et surtout les familles n’étaient pas conscientes de cette situation donc lors des recensements de Linc avec les fameux chiffres que je vous ai donné et dont je vous ai dit qu’ils étaient fiables il y
A pas de problème en réalité il y a une surestimation du nombre d’Algériens parce que les familles déclarent les enfants je vous ai parlé quand même de 130000 enfants nés en France déclarent leurs enfants comme algériens et que Linc n’a pas redressé ces chiffres et la plupart du temps
C’est quand ils ont été appelés pour faire leur service militaire à 18 ans que ces jeunes hommes se sont rendus compte qu’ils étaient français et ils étaient Français de naissance ils étaient Français de naissance et ils devaient donc bien faire leur service et en fait ce ce clivage euh juridique il a
Traversé beaucoup de familles et il a eu des conséquences parce qu’évidemment en fait on n pas le même parcours professionnel et même les mêmes opportunités selon qu’on est français ou qu’on n’est pas français euh enfin l’histoire de la famille bousécard fait ressurgir donc très concrètement la question des retours vers le pays
D’origine qui reste assez mal connu hein il y a des travaux mais assez mal connus de manière générale faute là aussi de chiffres précis à ce sujet j’avais mené une enquête j’is participé à une enquête collective sur les anciens habitants des bidonvillees de NRE qui étaient repartis
Dans la région d’eloued dans le Sud algérien qui m’avait bien permis de mesurer l’importance de ses retours à la fois au lendemain de l’indépendance sur surtout pour les hommes puis à mesure qu’ils atteignaient leur retraite mais aussi pour des familles et vraiment dans les années 70 80 face encore une fois à
Ces difficultés à ces discrimination de plus en plus forte à un discours d’état de plus en plus hostile il y a eu plusieurs dizaines de milliers d’Algériens qui sont qui sont repartis alors même qui semblent avoir fait leur vie en France dans le cas de la famille bousécart c’est un peu
Anticipé mais à la fois les problèmes médicaux et les ressources encore une fois dont disposable delcrim bousécart euh lui ont sans doute permis de faire ce choix et le cas de cette famille montre bien que le retour au pays c’est pas un échec comme c’est parfois présenté enfin et je termine vraiment
Là-dessus l’histoire euh des bousécarts elle montre la permanence des circulations et des liens entre France et Algérie de la même manière qu’abdelkrim bouséekard continue donc après avoir ramené sa famille de venir en France pour se soigner pour travailler aujourd’hui voilà il y a plein de d’anciens travailleurs qui
Bénéficient de la carte de séjour retraité qui viennent chaque année passer plusieurs mois en France pas seulement pour se soigner mais parce qu’ils ont passé l’essentiel de leur vie ici et qu’ils y ont beaucoup de liens et qu’ils ont du mal certains lui disent en réalité euh à vivre ailleurs qu’en
France et finalement le mariage de Mohamed dendan le Petitfils d’Abdelkrim buekar avec une française d’origine algérienne il est aussi euh le fruit de ces liens et cette histoire elle permet d’expliquer pourquoi malgré tous les efforts de l’État français pour essayer de limiter cette immigration qui a été au lendemain de l’indépendance
Globalement jugée indésirable euh avec des pratiques je pourrais y revenir dans les questions si vous le souhaitez mais souvent discriminatoire toutes ces mesures ne fonctionnent pas parce qu’ell butent sur la densité de ces liens familiaux qui sont profondément ancré en raison de l’ancienneté de cette immigration familiale algérienne en France et parce
Que c’est ces liens cette migration elle reste dynamique en raison aussi des difficultés économique politique que traverse régulièrement l’Algérie qui fait queah il y a toujours des gens qui qui quitte l’Algérie et donc malgré les limitations croissantes dont la loi immigration votée récment est un dernier avatar les Algériens restent aujourd’hui
La deuxème nationalité la plus demandeuse des premiers titre de séjour en France après les Marocains donc 29000 parents ce qui est en réalité pas énorme et aussi la première nationalité a bénéficié de titre de séjour en France cette fois-ci devant le Maroc donc ça veut dire qu’il y a 627000 tit titre de
Séjour qui appartiennent à des algériens en France en 2022 [Applaudissements] [Musique] voilà