“Après s’être penchés sur le cercueil de Bridgestone, on se penche sur le berceau d’une nouvelle économie qui sera productrice d’emplois et surtout de revenus et d’un meilleur vivre pour le territoire”. Olivier Gacquerre, vice-président en charge de l’emploi et des compétences d’Intercommunalités de France et président de la communauté d’agglomération Béthune-Bruay, Artois-Lys Romane, raconte la transformation à l’œuvre sur son territoire.
Une interview tournée le 12 octobre à Orléans, où se déroulait la 33e Convention des Intercommunalités de France.
Bonjour à totes, bonjour à tous ! Bienvenue ici à Orléans, au cœur de la convention des Intercommunalités de France. On va parler et on parle pendant deux jours des transitions, une question politique. Bonjour Olivier Gacquerre. Bonjour. Ravi de vous accueillir, Monsieur le Président de la communauté
D’agglomération de Béthune-Bruay, Artois-Lys Romane, j’ai tout bien dit, dans le Pas-de-Calais, 280 000 habitants. Communes de 180 000 habitants. Et vous êtes par ailleurs maire de Béthune. On va parler avec vous transition et emploi, réarmement industriel et ces enjeux de transition qui portent des opportunités fortes. Quelles sont
Les problématiques dans votre territoire quand on parle de réarmement industriel ? C’est surtout pas une problématique. C’est une chance pour nos territoires qui sont des territoires dits périphériques, mais des territoires très industrialisés et qui, malheureusement, depuis les années 90, ont vu partir de bon nombre d’entreprises.
Symboliquement, nous en plus on 2021, fermeture de l’usine de Bridgestone qui a fait parler beaucoup et nous avons besoin de remettre sur un cycle positif nos bassins d’emploi. Et le réarmement industriel, finalement, la situation géopolitique, l’après covid, nous montre que finalement, ça a du sens de repartir à la fabrication
Et au made in France, en particulier, sur des territoires qui savent faire parce qu’on a la culture industrielle chez nous ancrée. C’est un terreau, si je puis dire, d’opportunités, vous positivez les choses et vous avez raison. Quelles sont les conditions de succès, si je puis dire ?
Qu’est-ce que vous mettez en place ? C’est quoi les méthodes pour que ça marche ? D’abord, nous, on s’est appuyés sur la fermeture de Bridgestone pour voir comment nous pouvions à la fois reclasser les salariés, plus de 800 salariés à reclasser. Deuxièmement, comment nous pouvons transformer le site de Bridgestone,
Donc reconvertir les sites aujourd’hui qui sont laissés parfois à l’abandon, en friche. Troisièmement, c’est comme on peut revitaliser le territoire en tant que tel. Les clés du succès sont simples. D’abord, une bonne gouvernance locale, à la fois l’agglomération, la ville, la Région qui est cheffe de file pour le développement économique.
L’accompagnement aussi des services de l’Etat pour nous permettre d’identifier nos atouts. Je l’ai dit, on a une culture industrielle. C’est une vision économique et sociale, mais surtout, nous avons du foncier, des friches ou en tout cas des sites clés en main. Nous avons des ressources naturelles.
L’eau, c’est très important, les sites de production, comment on va pouvoir se tourner vers l’écologie industrielle. Nous avons également un bassin d’emplois où il faut penser formation en tant que tel, plus de 55 formations. Il a fallu aussi identifier les manquements. On a créé rapidement, on a une école de production,
Mais aussi l’ouverture récemment depuis septembre, d’une école d’ingénieurs pour venir alimenter des filières stratégiques et enfin de l’énergie verte, décarbonée, renouvelable. Ce sont là les atouts compétitifs d’un territoire. Mais il faut aussi pouvoir capitaliser sur ce qui existe chez nous des filières stratégiques la plasturgie par exemple,
L’automobile, même si depuis dix ans, ça a dévissé de moitié. On voit bien qu’avec l’arrivée chez nous d’ACC, la Giga Factory, première Giga Factory de production de batteries pour les véhicules électriques, c’est une opportunité pour nous finalement de nous réinscrire aux nouvelles filières d’électromobilité. Donc vous voyez, c’est ça les atouts, aujourd’hui,
C’est l’écosystème qu’il faut créer pour aller de l’avant. L’écosystème à créer, vous l’avez dit, un pilotage et un pilotage transverse parce que vous avez abordé finalement différentes politiques publiques locales, différentes actions. Il y a de l’aménagement, on parle d’attractivité économique, on parle de transition.
Justement, ces enjeux de transition, comment vous les incluez dans ce développement ? J’ai cru comprendre, en préparant nos échanges avec vos équipes que vous étiez très vigilant sur les projets que vous retenez pour vérifier qu’ils soient bien conformes à ces enjeux, à ces exigences de transition.
Effectivement, l’idée, c’est de ne pas remplir pour remplir, se disperser, mais de pouvoir avoir un écosystème qui se suffit à lui-même. Quand on parle de la batterie, par exemple, ça pose la question des matières premières, l’approvisionnement. Ça pose la question de la fabrication de la batterie, de sa seconde vie, de son recyclage.
Et donc dans l’écosystème par exemple, nous avons demandé à nos centres de ressources, qui sont donc le Critt M2A ou le Crepim, deux centres de recherche locaux, de se tourner vers la batterie pour les normes, pour l’efficacité énergétique, pour le feu, la sécurité en tant que telle de la batterie.
Et puis on s’est tourné vers les filières d’avenir, notamment autour de l’habitat. C’est quoi la seconde vie de la batterie, c’est peut-être une batterie stationnaire qui pourrait être dans les maisons. Et puis le recyclage bien évidemment. Et pour cela d’ailleurs, je pense qu’on pourra, avec un peu de bonheur dans quelques semaines,
Faire de belles annonces sur cette notion d’économie circulaire, de recyclage. Donc oui, il faut faire des choix sur le type d’activité que nous voulons soutenir. Il y a des filières historiques pour la mécanique, la plasturgie, mais on a aussi des filières à soutenir, à développer.
Et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons entamé même l’ouverture de corridors internationaux avec le Québec. On est en train de regarder là, avec le Portugal sur le lithium. On est en train de regarder aussi du côté de la Chine, puisque Minth est arrivé chez nous
Avec Renault ElectriCity, pour faire les bacs support des batteries. Donc je pense qu’il y a des perspectives. Et après s’être penchés sur finalement le cercueil de Bridgestone, on se penche sur le berceau, la naissance d’une nouvelle économie, j’espère, qui sera productrice d’emplois et surtout de revenus et d’un meilleur vivre pour le territoire.
Vous avez le sens de la formule, au service de vos territoires et de vos habitants. Quels sont les points de vigilance ? Vous les avez évoqués en creux la question des compétences, de bien former, ces enjeux d’équilibre aussi. S’appuyer sur l’existant, s’appuyer sur les atouts et les contraintes de votre territoire.
La question du pilotage, vous l’avez dit, c’est tout cela les points de vigilance ? Surtout, si on peut partir d’une expérience, c’est d’avoir une stratégie en tant que telle. Et on a écrit un CRTE, un contrat de relance et de transition écologique à l’échelle de l’agglomération, un projet de territoire, ça,
Ça nous donne une perspective et surtout un cahier des charges précis. Je pense que c’est un enjeu majeur de l’animer et d’embarquer tout le monde. C’est la raison pour laquelle, d’ailleurs, on est en train de réfléchir à la création d’une fondation territoriale. J’allais vous poser la question.
On réfléchit à la création d’un comité Grand Béthunois, comme il existe sur Lille, un comité Grand Lille, où l’on peut réunir tous les acteurs en tant que tels pour échanger sur l’attractivité, le rayonnement, le positionnement, le besoin d’infrastructures publiques. Parce qu’il y a aussi cette notion de désenclavement.
Et puis plein de sujets annexes, quand vous faites de l’industrie, il faut la logistique. Donc comment là aussi on repère nos zones et puis demain le transport décarboné, et à ce titre-là, on a identifié nous la voie fluviale, la logistique verte finalement, qui est aussi une stratégie pour nous importante.
On a un canal à grand gabarit d’un côté qui va être connecté au canal Seine-Nord Europe et de l’autre qui va jusqu’à Dunkerque, jusqu’à la façade maritime. Donc on voit bien qu’on a d’autres aussi inspirations dans lesquelles on peut se glisser, notamment la dynamique ou le redéploiement autour de Patrice Vergriete sur Dunkerque.
Oui, et une question, dernière question pour celles et ceux qui nous regardent, vous parlez de projets extrêmement structurants. Parler d’un canal notamment, c’est des enjeux aussi de financement. Pour avancer concrètement de manière pragmatique, il faut mobiliser tous les acteurs, travailler États, services de l’État, collectivités, acteurs privés, acteurs de la recherche
Aussi., vous l’avez mentionné, c’est une condition importante pour ça ? Je pense que d’abord, il faut amener des idées et donner de l’envie. Moi, je ne connais pas un bon projet qui n’a pas trouvé de financement en réalité. Donc il faut commencer par susciter l’envie et amener le monde
Des idées, l’innovation en tant que telle et avoir un coup d’avance. Le coup d’avance c’est aussi pour nos entreprises la robotisation. On a refusé d’en parler en France et aujourd’hui on a pris du retard sur l’intelligence artificielle qui arrive aussi chez nous,
Qui va bousculer à la fois les façons de faire, les métiers. L’arrivée aussi de nouveaux métiers dans les entreprises, la cybersécurité par exemple. Donc ça, c’est notre rôle aussi à nous, élus au sens large du terme, de donner les conditions de la réussite en appui et à l’écoute des entrepreneurs qui savent faire.
Merci beaucoup pour cet éclairage très pertinent. Donc vous intervenez aujourd’hui sur dne table ronde Transitions et emploi, et peut-être sur des enjeux d’acceptabilité aussi, comme c’est une problématique importante. Merci beaucoup. Olivier Gacquerre, vous êtes président de la communauté d’agglomération de Béthune-Bruay, Artois-Lys Romane dans le Pas-de-Calais et par ailleurs maire de Béthune.
Merci beaucoup. Et merci pour votre invitation. D’avoir témoigné ici sur Acteurs Publics TV à Orléans, au cœur de la convention des Intercommunalités, avec cet enjeu, ce fil rouge, “Les transitions, une question politique”. A très vite.